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“Nous continuerons à financer l’économie réelle”

Interview La crise de la dette, la Grèce au bord de la banqueroute, un euro toujours plus menacé… Et les autocaristes dans tout ce marasme? Continueront-ils à trouver les moyens de financer le renouvellement de leur parc? Les financiers les regardent-ils toujours d’un oeil bienveillant? Il semblerait que la crise, tant qu’elle reste dans la sphère financière, ne touche pas de plein fouet la profession au quotidien, comme en témoignent François Camilleri et Claude Viallaneix de Natixis Lease*, un des principaux acteurs du financement des autocars dans l’Hexagone.

Comment jugez-vous la santé financière des transporteurs français?

– François Camilleri: Elle est globalement bonne. La précédente crise de 2008 et 2009 avait déjà donné des gages de la solidité du secteur qui avait bien mieux résisté que d’autres pans de l’activité économique. Seules les PME parmi les plus fragiles n’avaient pas passé l’épreuve. Les autres ont profité de la situation pour se restructurer et gèrent d’autant mieux les périodes de tension. Les transporteurs de voyageurs honorent des contrats de long terme. Leurs clients sont les collectivités qui, même dans le contexte actuel, apportent une bonne sécurité en matière de paiement.

– Claude Viallaneix: Un autre indicateur de leur bonne santé financière est leur rythme et volume d’investissement qui restent soutenus. En 2010, les immatriculations avaient connu un certain recul, mais les trois premiers trimestres 2011 montrent un marché à nouveau en hausse. Cependant, les tensions financières et économiques peuvent faire craindre un nouveau ralentissement de leurs investissements.

Selon vous, est-ce dû à une baisse de leur capacité de financement?

– F. C.: Ce n’est pas le cas. Les perturbations sur les marchés financiers n’ont pas d’impact sur les capacités de financement des transporteurs, pas plus que sur leurs besoins. On fait plutôt face à une réaction de repli sur soi. Les autocaristes ne sont pas immunisés contre la sinistrose. Et le matraquage médiatique sur la crise financière est un triste vecteur de ce sentiment. Or, il n’y a fondamentalement et objectivement pas de raison pour que les transporteurs de voyageurs revoient à la baisse leurs investissements. Bien souvent, la majeure partie de leur chiffre d’affaires est générée par des contrats réguliers. Cela constitue définitivement une sécurité.

Êtes-vous, dans cette période, plus stricts dans vos conditions d’attribution de financement?

– C. V.: Nous conservons les lignes de conduites et d’analyse financières que nous avons toujours appliquées. Nous n’avons pas attendu les tensions économiques pour être particulièrement attentifs sur la solvabilité de nos clients. Nous sommes bien présents, et depuis de nombreuses années, dans ce secteur. Cela nous permet de produire des analyses fines et de bien cerner les réalités des besoins des transporteurs.

– F. C.: Le crédit-bail et la location constituent plus que jamais un instrument de financement privilégié du transport de voyageurs. Nous continuerons bien entendu à financer l’économie réelle, et les autocaristes y jouent un rôle de premier plan.

La période impose-t-elle aux autocaristes des stratégies de financement différentes? Quelle est la plus sage manière de financer un véhicule?

– C.V.: Les grands principes restent les mêmes. La location est prisée et bien adaptée aux groupes cotés, alors que les PME se tournent plus volontiers vers le crédit-bail. Mais ce mode de financement doit être utilisé de manière raisonnable. Comme nous l’avons toujours préconisé, il est préférable d’opter pour une durée de financement maximale de sept ans, et de miser sur une valeur résiduelle minimale. Cela permet non seulement de limiter le risque financier tout en accroissant la pérennité de l’entreprise sur le long terme.

– F. C.: Une des raisons de la pérennité de ce secteur d’activité est la plus-value potentielle que les transporteurs peuvent obtenir en revendant leurs véhicules. Mais cela n’est valable que dans le cadre d’une durée de financement cohérente. L’allongement des durées de financement permet aussi de faire baisser les mensualités de remboursement. Mais les transporteurs qui veulent aller dans ce sens en profitent rarement pour accroître leurs marges. Ils sont à la recherche d’une solution pour faire l’offre la mieuxdisante à la collectivité. Cela nous semble une erreur car, au final, le transport ne sort pas gagnant. La plus-value potentielle du véhicule disparaît et la structure financière de son entreprise est fragilisée. Le matériel payé des entreprises équivaut à leurs fonds propres. C’est essentiel.

Le financement des véhicules dans le cadre de contrats pluriannuels semble aisé. Qu’en est-il des autocars de tourisme?

– C. V.: Nous les finançons également. Mais dans ce cas, nous regardons de près la répartition du chiffre d’affaires entre l’activité régulière et l’occasionnel. Il est évident qu’une forte implication dans le régulier ne manque pas de rassurer le banquier autant qu’elle sécurise l’entreprise. Mais pour ce type de matériel à obsolescence plus rapide, le choix d’une durée de financement un peu plus courte est conseillé.

Comment évolue la situation des taux d’intérêt?

– F. C.: Il est préférable de parler de conditions de financement. Elles avaient atteint un niveau exceptionnellement bas entre fin 2009 et 2010. Depuis, elles ont quelque peu augmenté mais restent encore à un niveau des plus raisonnables en regard de la capacité de remboursement des entreprises. La BCE n’infléchit pas ses taux directeurs, ce qui est de bon augure. Le maintien de conditions favorables est de l’intérêt de tous. Les banques centrales comme les États n’auraient rien à gagner en augmentant le coût des financements sous peine de léser davantage la situation économique.

Le démantèlement de dexia risque d’avoir un impact direct sur le financement des collectivités. Quelles répercussions cela pourrait-il avoir sur les transporteurs?

– F. C.: Cet événement est une conséquence directe de la crise de la dette souveraine que nous traversons. Or les dettes des collectivités pèsent dans l’enveloppe globale, la pression est plus forte que jamais. Mais si les dépenses des collectivités venaient à décroître, le transport ne serait certainement pas la première source d’économie visée, car il est un enjeu électoral. En revanche, cela augurerait certainement d’une pression plus forte sur les transporteurs pour qu’ils présentent des offres au meilleur coût et plus optimisées.

Dans quelle mesure les difficultés financières des collectivités pourraient ralentir les grands projets de développement du transport public?

– F. C.: Certains projets sont financés dans le cadre de partenariats publics privés. Il n’est pas illusoire d’envisager des retards de mise en chantiers ou des révisions à la baisse de projets, faute de financement. Mais je ne pense pas qu’il y aura des annulations pures et simples. Les besoins sont réels et les enjeux électoraux beaucoup trop importants.

Pensez-vous que le niveau d’endettement des collectivités soit compatible avec le développement des sociétés publiques locales notamment?

– F. C.: Cette tendance nous laisse quelque peu dubitatifs. Le niveau d’endettement des collectivités devrait au contraire les inciter à se tourner vers le privé pour assumer le financement et la gestion de leur transport collectif. Cela leur permet de ne pas assumer les risques financiers et de soulager leur niveau d’endettement déjà élevé. Je pense que les sociétés publiques locales ou la mise en régie répondent plus à une volonté politique. Néanmoins, cette tendance incitera peut-être les opérateurs à se montrer encore plus efficaces et innovants.

Risquez-vous d’être touchés par une contagion de la crise de la dette souveraine au secteur bancaire?

– F. C.: Je suis rassuré sur ce sujet. L’activité de crédit-bail en général et au sein du groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne en particulier n’est pas affectée par la crise financière. Le secteur bancaire dans son ensemble est sous pression. Cependant, nous avons défini une stratégie claire quant à l’affectation de nos fonds propres et de nos liquidités. Le financement de l’économie réelle et domestique est la priorité du groupe. Or, le crédit-bail est un des leviers du financement de l’économie réelle. Ainsi, nous ne risquons pas de moins accompagner les transporteurs de voyageurs dans le financement de leur matériel roulant.

Groupe Banque Populaire Caisse d’épargne

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Auteur

  • David Reibenberg
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