Sécurité routière En Rhône-Alpes, plusieurs colloques sur la mobilité tentent de sensibiliser les entreprises sur les risques pris par le personnel qui effectue ses trajets domicile travail en transport individuel. Une brèche dans laquelle les autocaristes pourraient s’engouffrer.
LES chiffres et les arguments évoqués lors des colloques sur la mobilité représentent un formidable argumentaire pour les autocaristes qui souhaitent s’investir dans l’activité des déplacements au quotidien des collaborateurs en entreprise.
Exemple. Dans l’Ain, chaque jour, plus de 210 000 personnes parcourent quelque 7 millions de kilomètres pour aller et revenir de leur travail. Sur ce département, cela représente 700 000 euros par jour de carburant et l’équivalent annuel d’une journée de travail entière d’une entreprise de 21 000 personnes, passée derrière un volant. En moyenne, sur la période 2005-2009 (la dernière observée et pour laquelle des données sont disponibles), pour les seuls salariés affiliés au régime général d’assurance-maladie, ce sont chaque année plus de 500 salariés blessés, dont une trentaine gardera une incapacité permanente, et 4 à 5 décès. “Pour un chef d’entreprise, le décès d’un collaborateur présente un triple traumatisme: un traumatisme humain et affectif, tout d’abord, un traumatisme sur le business, ensuite, un traumatisme civil et juridique”, analyse Emmanuel Dupuis, directeur du cabinet du préfet de l’Ain. Or, au niveau national, les accidents de la route représentent 10 % des accidents du travail et près de la moitié des tués (49 %). Avec 80 000 accidents qui entraînent des arrêts de travail, ces derniers ont causé le décès de près de 500 salariés et l’invalidité de 9 000 d’entre eux en 2009. À la question: “Si les salariés de votre entreprise utilisaient les transports en commun pour venir travailler, quels seraient pour vous les avantages principaux?”, les employeurs citent en premier le moindre stress et la moindre fatigue (28 %). On peut rapprocher ces réponses du fait que le risque accident sur le trajet domicile travail est largement sous estimé: 10 % des employeurs citent “moins d’accidents, d’absentéisme et de remplacements temporaires.”
Alors, pour rendre ces déplacements plus efficaces, plus sûrs, mais aussi plus propres, il existerait de nombreux moyens d’actions qui sont entre les mains des collectivités et des employeurs.
C’est pour en débattre que l’association Pôle sécurité routière État/conseil général (PSRE) intervient régulièrement lors d’ateliers d’échanges, histoire de sensibiliser les chefs d’entreprise aux risques des trajets domicile travail. Sur la base d’un questionnaire, et à l’aide d’un boîtier électronique, les participants peuvent évaluer leur appréhension du risque en temps réel. Ces ateliers donnent lieu à des retours d’expérience concrets permettant ainsi d’enrichir les débats sur les intérêts que peuvent avoir les entreprises à s’engager sur ce sujet et les actions qui peuvent être conduites. De telles rencontres ont été organisées dans différents lieux de la région Rhône-Alpes et il est vraisemblable que les constats et les préconisations en la matière soient similaires à Bourg-en-Bresse. Ici, il est précisé d’emblée par la majorité des participants, chefs d’entreprises ou responsables des questions de transport, que pour les déplacements liés au travail, il n’y a pas que les classiques associations de vitesse et d’alcool qui représentent l’essentiel des causes de risque d’accident. Des éléments tels que la pression pour faire vite, la multiplicité des actions effectuées en conduisant (téléphone, SMS, lecture…), la fatigue, la déconcentration impactent significativement la sécurité, tout comme l’entretien défectueux, le gonflage des pneumatiques des véhicules. Les points marquants relevés en cette circonstance mettent en avant une bonne connaissance des trajets et des contraintes par les salariés des entreprises. En revanche, les participants témoignent de la non-implication des collectivités sur le sujet, tout en reconnaissant que celle-ci reste difficile à mettre en œuvre. Enfin, la collecte des informations sur les zones à risques lors des trajets et leur traitement restent médiocres. Pour la moitié des présents, la promotion des transports collectifs n’est jamais à l’ordre du jour. Et pour ceux qui en bénéficient, la représentante de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) souligne qu’il existe des journées “Au travail autrement”, organisées pour inventer des méthodes de transport autres qu’en voiture individuelle. Intéressant aussi, la moitié des participants ne sait pas où va le versement transport ou logement supporté par leur employeur.
Des constats qui tardent à trouver un prolongement dans la modification des pratiques pour les trajets domicile travail. Par exemple, toujours selon l’enquête menée par l’Ipsos pour le compte de PSRE, seul un employeur sur huit s’est déclaré intéressé par une démarche de Plan de déplacements d’entreprise (PDE).
Autre frein à la décision concernant la prise en compte des trajets domicile travail, les employeurs ne perçoivent pas quel acteur est le mieux placé pour prendre la tête de la concertation sur la réduction de ces risques routiers. Les opinions sont très dispersées entre la Région, les communes ou les intercommunalités, les associations de sécurité routière ou, dans une moindre mesure, les chambres de commerce, de métiers, les départements, clubs d’entreprise… Aucune de ces structures n’apparaît définitivement comme le véritable interlocuteur des chefs d’entreprise ou de leurs spécialistes transports, en la matière, laissant ainsi une belle voie au discours des professionnels des transports de voyageurs. Parmi les pistes évoquées pour la promotion des modes de transport collectif figure en tout premier lieu l’information des entreprises sur les offres existantes. Rien que pour le département de l’Ain, ce sont 16 000 entreprises qui sont concernées par ces questions.
Une meilleure connaissance des coûts réels des transports individuels, souvent sous-estimés par leurs utilisateurs, reste aussi indispensable. La négociation des tarifs d’abonnement avec les autorités organisatrices des transports reste également incontournable, en parallèle avec l’amélioration des dessertes et fréquences des entreprises par rapport aux lieux de résidence des salariés. Et, plus que jamais, la balle reste dans le camp des transporteurs et des collectivités.
NOUVEL ACTEUR À L’HORIZON
Un décret publié le 18 octobre dernier au Journal Officiel donnera, dès le 1er janvier prochain, naissance à la métropole Nice-Côte d’Azur, première du genre telle qu’envisagée par la loi de réforme des collectivités.
Regroupant 46 communes et 545 000 habitants, ce nouvel ensemble héritera des mêmes compétences que celles actuellement exercées par les quatre intercommunalités qui la composent. En revanche, un transfert entre le département et la métropole est prévu puisque le conseil général des Alpes-Maritimes perdra la main sur trois de ces compétences: la voierie départementale, les transports scolaires et la promotion économique du territoire à l’international.
LE TRANSPORT SCOLAIRE EN JUSTICE
Le conseil d’État a tranché: l’agglomération ne devra pas rembourser les 25 millions d’euros perçus du conseil général au titre de la prise en charge du transport scolaire depuis la rentrée 2005. Pour comprendre les faits, il faut remonter en 2004, date à laquelle la loi faisait obligation à la communauté d’agglomération de Perpignan d’assurer cette compétence sur la totalité du département à la place du conseil général. Du coup, le budget précédemment affecté par le conseil général pour ce service devait être logiquement reversé à l’agglo. C’est du moins ce que confirmait un arrêté du préfet daté de décembre 2004. En désaccord avec ce changement de compétence, le conseil général a donc saisi le tribunal administratif en avril 2008 qui lui a confirmé la validité de cet arrêté. Pas de quoi décourager le conseil général qui s’est ensuite tourné vers la cour d’appel de Marseille, laquelle est allée dans le sens du département. Dernière tentative du conseil général: le Conseil d’État sans plus de succès.
UN NOUVEAU PLAN BUS
Le réseau de transport de la Vallée de la Lys doit évoluer, c’est du moins l’avis de Lille Métropole qui dévoile les premières lignes de son nouveau plan bus relatif à la période 2011-2013. Pour l’heure, rien n’est définitif mais sur le principe, ce nouveau programme prévoit un projet de ligne entre Armentières et Tourcoing, via Comines et Halluin. Les autres décisions majeures portent sur le lancement des travaux pour la liane 4 qui assurera un trajet Halluin, Tourcoing, Roubaix, Villeneuve-d’Ascq, pour lesquels les premiers bus sont attendus en 2013.
"La construction de notre réseau s’affranchit des égoïsmes municipaux et des couleurs politiques", assurait Éric Quiquet, vice-président de Lille Métropole.
LES RÉGIONS NE METTRONT PAS LA MAIN À LA POCHE
Faisant front commun, Maurice Leroy, ministre de la Ville en charge du Grand Paris, et Philippe Richert, ministre des Collectivités territoriales, ont assuré que les ressources fiscales du Grand Paris proviendraient exclusivement de la taxe sur la location de bureau, de la taxe sur les équipements, de l’impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux et de la redevance pour la création de bureaux. Affichant un besoin de financement de 32 milliards d’euros, "aucun amalgame ne doit être fait entre les sources de financement du Grand Paris et la dotation de péréquation de la dotation générale de fonctionnement des régions", assurent-ils dans un communiqué désamorçant ainsi la polémique déclenchée par Pierrick Massiot, vice-président du conseil régional de Bretagne, selon laquelle la réforme fiscale pour les collectivités pourrait creuser un différentiel entre l’Île-de-France et les autres régions françaises.
TCSP EN LIGNE DE MIRE
Le 21 octobre, le conseil de la communauté urbaine de Marseille a dévoilé un rapport sur les "prospectives et orientations de développement des Transports en commun en site propre (TCSP)."
Objectif: faire un point sur les projets en cours et le développement futur du réseau. Avec deux lignes de métros et autant de tramway à son actif, la cité phocéenne travaille également au prolongement du métro 2 afin de desservir toute la partie centrale d’un axe Nord-Sud.
Conclusion: il s’agit maintenant de compléter cette partie centrale au sud et au nord. Parmi les pistes envisagées par l’autorité organisatrice (AO): l’extension du réseau tramway d’ici à 2018 renforcée par un bus à haut niveau de service (BHNS). En parallèle, ce document vise aussi à nourrir les réflexions autour du futur plan de déplacement urbain dont la révision de la version 2006 a été adoptée dans la foulée.
Au programme: circulation, stationnement et transports doux.
L’association PSRE a été créée en 1998 par des entreprises signataires des premières chartes de Sécurité routière avec l’État, pour la maîtrise du risque routier en entreprise. PSRE est une association à but non lucratif qui s’est donnée pour mission de réduire les accidents de la circulation liés aux déplacements professionnels. Pour faire référence en matière de promotion de la sécurité routière en entreprise, PSRE concentre les “retours d’expérience”, tels que ceux établis à Bourg-en-Bresse. Ceux-ci associent des spécialistes de la sécurité routière, d’entreprises de tous secteurs d’activité, de transporteurs routiers, de collectivités et coopératives, de compagnies d’assurance et d’organisation professionnelle. PSRE est aussi partenaire des pouvoirs publics, de la Fédération française des sociétés d’autoroute, des agents généraux des assurances et de nombreux autres promoteurs de la sécurité routière…
