Enquête De mémoire de prospectiviste, jamais interrogation sur l’avenir d’une cité n’avait rassemblé autant de monde. Nantes propose à ses habitants "d’inventer" leur ville en 2030. Une idée qui semble les séduire.
EXERCICE de coproduction pour comprendre nos vulnérabilités et mobiliser les acteurs afin de les surmonter”, a expliqué le maire, Jean-Marc Ayrault. Et 10 000 personnes ont répondu. Par lettre ou via internet en écrivant des nouvelles, des poèmes… Une première lecture révèle neuf grandes interrogations: l’économie, les enjeux climatiques, se former et travailler, la ville nature, la ville active et à vivre, la ville en solo ou en collectif, les solidarités, les leviers d’action du local à la grande région, la place des nouveautés. “Mais la première inquiétude, systématiquement citée dans les témoignages, touche aux transports. Les Nantais pressentent qu’il faut changer de modèle”, remarque Jacques Degermann, prospectiviste, du cabinet parisien RCT.
Nantes est une des villes de France où les transports publics ont été le plus développés. Ils sont d’ailleurs massivement utilisés même si les usagers se plaignent d’être “serrés comme des harengs!” En parallèle, la circulation automobile a été rendue plus difficile. “Les gens perçoivent clairement les progrès du transport public en même temps qu’une dégradation des conditions de transport en général. Ils redoutent que cela se détériore davantage et de ne pouvoir conserver les mêmes facilités de mobilité”, détaille Jacques Degermann.
Outre les aspirations à davantage de confort et de sécurité, souvent réunies dans l’idée de ville “apaisée”, les transports concentrent sur eux des désirs de douceur et d’humanité dans la vie citadine. Ces moments de déplacement, subis, devraient devenir, sinon utiles, au moins agréables. “Les gens sont tout à fait prêts à faire des efforts pour utiliser les transports publics, le vélo ou marcher davantage à condition qu’en plus d’en bénéficier pour eux-mêmes en terme de santé ou d’économie d’énergie, pour la collectivité en moindres rejets de gaz à effet de serre, ces modes de déplacements apportent une certaine urbanité. Qu’ils soient l’occasion de rencontres, d’échanges entre humains”, indique Jacques Degermann. Car la ville d’aujourd’hui est perçue comme agressive à travers les déplacements que l’on y fait justement. Certains piétons pestent contre les cyclistes qui roulent trop vite sur les trottoirs. Une jeune femme avec son enfant en poussette ne s’est sentie respectée dans le tramway ni en tant que femme, ni en tant qu’être humain. Il faut dire que les transports ont leur rôle à jouer dans l’ambiance de la ville. À travers eux, l’âme d’une agglomération peut être remise en question. “Nantes reste loin des villes nordiques qu’elle prend parfois en modèle pour la performance de leurs systèmes de transport. À titre d’exemple symbolique, la gare de Bâle avec ses 1 500 places de vélos. Une autre part d’elle aspire à une qualité d’ambiance urbaine à rapprocher des villes du Sud”, analyse Jacques Degermann. Dans cette perspective, certains Nantais proposent d’ajouter de la poésie à la ville en transportant leurs concitoyens dans de gigantesques métronomes.
