Aménagements Le spécialiste Iséobus poursuit sa route malgré quelques dérapages survenus entre 2009 et 2010. La nouvelle répartition du capital intervenue en 2011 n’a rien changé sur le savoir-faire des équipes Iséobus. Il demeure intact.
SEO, ou Iséobus puisque c’est sa dénomination commerciale actuelle, est en France une forme d’institution. Quel autre carrossier aménageur sinon lui est en mesure d’offrir un tel niveau de compétences et de savoir-faire? Quasiment toutes les équipes cyclistes du Tour de France et de nombreuses associations sportives (basket avec l’Asvel, football comme l’OL, le FC Metz, ou le FC Montpellier, rugby) ont recours à l’entreprise drômoise pour aménager leurs autocars en salons VIP ou autres appartements mobiles. Mais la liste des clients est en fait bien plus vaste car elle compte des voyagistes et autocaristes privés (encadré Voyages Fayard), des grands groupes (Iséobus a effectué des transformations de véhicules pour le compte de Keolis, Veolia, Air France, etc.) et des constructeurs (Irisbus, Man Camions et Bus France, Volvo Bus France entre autres). Sans oublier des entreprises à la recherche de véhicules d’information (Ircem) ou de formation (le véhicule Cassiopée de Réunir) quelques particuliers (fortunés) désireux de “rouler dans un appartement”. Pour Éric Vial, à la direction opérationnelle d’Iséobus, “l’entreprise ne fait pas que de l’aménagement d’autocars sur mesure. À l’origine, le développement d’Iséo était dédié aux équipements hi-fi et vidéo.” La société distribue et installe entre autres les matériels Actia. L’expérience dans le domaine de l’équipement embarqué (du son à l’image sans oublier la réception télé satellitaire ou internet) a logiquement trouvé sa place dans d’autres secteurs de l’entreprise. Cette activité de négoce représente 20 % du chiffre d’affaires d’Iséobus. Laquelle évolue avec son temps et démarre à partir de décembre 2011 le montage des éthylotests antidémarrage. La société est en effet agréée pour la pose et l’étalonnage de ces appareils. La seconde activité s’apparente à celle d’un équipementier. Elle concerne la fabrication, et éventuellement le montage, des cabines toilettes. Une minichaîne d’assemblage est dédiée à cette activité. La croissance des cadences de l’usine Irisbus d’Annonay, située de l’autre côté du Rhône en Ardèche, est palpable: toutes les cabines toilettes des Irisbus Magelys sont fabriquées ici puis préparées en kit prêt-à-monter sur chaîne. Et le Magelys Pro a visiblement été un vrai détonateur pour l’activité d’Annonay. D’autres clients constructeurs passent commande ici comme Man Camions et Bus avec la réalisation de six cabines toilettes compatibles UFR pour Keolis Touraine. Autre activité “maison”, la conception et la réalisation (voire le montage) de centrales d’aspiration en soutes. Aujourd’hui, cette activité d’équipementier représente 40 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. C’est même la chasse gardée de Nadine qui supervise toute la chaîne de fabrication. La confection d’un kit cabine toilette complet représente près de six heures de travail. L’entreprise travaille actuellement à la façon de faciliter le transport et la manutention des collections de ce type de cabines à destination de la première monte constructeurs. Un “détail” qui prend toute sa valeur lors du montage des véhicules sur la ligne.
Troisième volet, le plus spectaculaire: les aménagements sur mesure. Cette activité représente 40 % du chiffre d’affaires pour environ 150 véhicules aménagés chaque année. Cela va de la pose de la réception internet à bord à l’équipement en 220 V des véhicules en passant par la réception de la TNT aux véhicules entièrement réaménagés. La société peut s’enorgueillir de livrer ses véhicules clés en main avec toutes les homologations requises. Ce savoir-faire intéresse également les constructeurs comme Peugeot, Durisotti ou Volvo Bus qui ont fait réaliser quelques “commandes spéciales” à Saint-Rambert-d’Albon comme ces sièges en configuration 2 + 1 sur Volvo 9900. Cette capacité à livrer des véhicules homologués et prêts à rouler constitue un gros travail administratif pour Erwan Ostins, directeur commercial, et Didier Balandrau, responsable du bureau d’études. “Nous nous posons d’ailleurs la question de savoir comment impliquer en amont dans notre process de conception et réalisation les représentants de l’administration (la Dreal Rhône-Alpes) afin d’éviter d’éventuels blocages lors du passage lors de la visite de conformité”, explique-t-on chez Iséobus. “La plupart des constructeurs fournissent des plans à destination des carrossiers et peuvent valider (ou pas) des modifications”, confie Didier Balandrau. Mais la généralisation des structures autoportantes ne facilite pas la tâche des aménageurs car toute atteinte à la structure du plancher induit une validation par les bureaux d’études des constructeurs avec des délais rallongés. L’aménagement sur mesure concerne aussi bien des véhicules neufs que des autocars ayant déjà roulé. La connaissance de la réglementation est là encore un atout. Exemple, cet autocar restaurant qui propose des balades gastronomiques: il fallait un car sans ceintures, donc un véhicule d’occasion antérieur à octobre 1999. “Quelques constructeurs peuvent livrer des véhicules nus, sans aménagements intérieurs”, explique Stéphane Guilloux, responsable atelier. C’est le cas (entre autres) d’Irizar. Un gain de temps appréciable pour l’équipe de montage. Les compétences d’Iséobus dans l’électronique et la vidéo sont aussi exploitées pour le département des véhicules aménagés. C’est Cyril Bert qui supervise cette partie liée à l’électricité et à l’électronique, y compris l’après-vente des matériels. Et, pour la “mémoire”, il est en binôme avec Philippe Mlynarczyk, responsable du service achats. Tout est répertorié, inventorié, afin d’assurer le suivi des véhicules dans le temps. La menuiserie (Gérard Fouche, Pierre-Yves Just, Cédrick Pascual) est intégrée et dispose des plans conçus avec le bureau d’études.
Une caractéristique d’Iséobus est de pouvoir assurer tout l’après-vente y compris sur ses aménagements sur mesure. Ainsi, Cyril Bert peut aller directement chez les clients pour des interventions. Pour ces véhicules “hors-série”, les délais, et le prix, sont fonction des demandes du client. Si certains ont une idée précise du travail que cela représente, d’autres, nouveaux venus, peuvent se bercer d’illusions. C’est d’ailleurs pour avoir tenté de satisfaire toutes les commandes dans les délais les plus rapides qu’Iséobus a failli disparaître. Pas en raison de la qualité, toujours excellente, mais à cause des coûts de personnel que cela représente. Aujourd’hui, l’équipe dirigeante se veut plus ferme. L’entreprise, qui compte 15 salariés, prendra six mois s’il le faut pour aménager un véhicule, et pas moins. Car à ce niveau d’excellence, le sur mesure, ça se mérite.
PUBLICATION IMMINENTE DU DÉCRET
Modifiant les conditions d’accès et d’exercice
de la profession, le décret transposant les trois règlements européens du paquet routier est prêt. Depuis le 4 décembre 2011, les conditions d’accès à la profession de transporteur de voyageurs obéiront à de nouvelles règles. Objectifs: renforcer la qualification professionnelle, rationaliser le marché, augmenter la qualité de service et améliorer la sécurité routière. Attendu pour la fin de l’été, c’est finalement dans les prochains jours que le décret relatif au “paquet routier” devrait être publié au Journal Officiel. Passé entre les mains du Conseil d’État le 25 novembre, cette version définitive ne réserve aucune surprise mais marque un nouveau tournant dans la vie de la profession.
Si trois décrets européens* définissent le contexte général, chaque pays de l’Union transpose ces textes dans leurs législations respectives. Un travail de fond qui, au niveau hexagonal, s’est traduit par plusieurs mois de “négociations” avec les principaux acteurs du secteur parmi lesquels les organisations professionnelles, les services régionaux de l’État et les ministères des Transports, de l’Intérieur et de la Justice. Une fois publié au Journal Officiel, ce texte devrait être complété par plusieurs arrêtés et circulaires au cours des prochains mois. De leur côté, acteurs de la filière disposent d’un délai de six mois pour régulariser leur situation. En clair, jusqu’au 3 juin 2012.
Bonne nouvelle : depuis le 29 octobre 2011 et en raison d’une nouvelle norme européenne d’homologation, tous les véhicules neufs peuvent (enfin) bénéficier en France du 220 V à bord. Malheureusement, l’installation en seconde monte sur un véhicule dont la première mise en circulation est antérieure au 29 octobre 2011 reste assujettie aux règles franco-françaises qui interdisent le 220 V à bord en roulant. Un non-sens technique qui n’a pas cours hors de nos frontières (un véhicule roulant étant naturellement isolé grâce à l’action conjuguée de la structure métallique faisant cage de Faraday et des pneus agissants comme isolants électriques). Pire encore : le 220 V n’était autorisé qu’à l’arrêt, portes ouvertes. Au moment précis où le véhicule peut potentiellement être relié à la terre par des câbles ou… les passagers. Pour une fois, la normalisation européenne a du bon.
