Irizar i6 Le carrossier basque a décidé de faire cavalier seul et de s’affranchir de Scania.
Sa gamme autoportante est commercialisée sur le marché hexagonal par Irizar Autocars France.
Le i6, son dernier-né, sert de rampe de lancement à l’activité. Il s’est invité sur le parcours de Bus & Car pour valider les désirs d’indépendance d’Irizar.
À LA DIFFÉRENCE de l’ETA, certains Basques ont assouvi leurs désirs d’indépendance sans même avoir pris les armes. Pourtant, quand Irizar avait présenté sa gamme autoportante à l’occasion de Busworld 2009, l’annonce avait fait l’effet d’une bombe. Aujourd’hui, Irizar Autocars France donne la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un pétard mouillé. La société basée à côté de Tours est pour le moment détenu à 65 % par GBB et à 35 % par Irizar. Mais une augmentation de capital est au menu du premier trimestre 2012. Cela entraînera une redistribution des cartes actionnariales avec une inversion des proportions. “Cela permettra à Irizar de se donner les moyens de ses objectifs à savoir atteindre le cap des 150 immatriculations annuelles dans les cinq ans”, explique Guénaël Bonneau, directeur général de GBB. Les débuts commerciaux semblent en ligne avec les ambitions basques. Après une année 2011 de mise en place accompagnée de deux livraisons de i6, la saison 2012 est déjà bien lancée. “Nous devrions avoir livré 24 véhicules d’ici à fin mai. Il s’agit essentiellement de i6 autoportants”, assure Guénaël Bonneau. Mais le Tourangeau propose également des modèles Irizar sur châssis Volvo. Une version inédite de coopération suédo-ibérique qui devrait permettre de satisfaire aux exigences en matière de volume. “Avec les Century sur base Volvo, nous bénéficions d’une offre assez compétitive sur le plan tarifaire. Ainsi, nous sommes en mesure de proposer l’ensemble des modèles de la gamme Irizar, soit en autoportant ou sur chassîs”, se réjouit Guénaël Bonneau. Et Scania dans tout cela? Pour Irizar comme pour le Griffon, il n’est pas question de faire table rase du passé. Si Irizar prend son indépendance, il conserve les relations avec son partenaire historique. Quant au Suédois, il assure ne pas avoir que des yeux doux pour sa nouvelle idylle chinoise et promet d’apporter autant de soin à commercialiser des autocars Higer que les modèles Irizar. Finalement, le Basque gagnera certainement sur tous les tableaux avec cette indépendance épaulée.
C’est l’un des deux véhicules livrés en France qui s’est présenté au départ du parcours. Le i6 de Bonneau Voyages (il y a bien un lien de parenté) affichait près de 19 000 km au compteur et s’était déjà prêté aux joies du voyage de groupes. Son moteur Euro 5 Daf MX 340 de 460 ch (une option) est associé à une boîte de vitesses robotisée ZF AS Tronic installée de série. Ce i6 ne manquait pas d’options: les sièges du PB en version cuir, la TNT, un système wifi, des toilettes, une caméra de recul, les porte-bagages type avion, un siège en cuir pour le conducteur… L’équipement audiovidéo est de série, tout comme le vitrage latéral surteinté. Irizar mise également sur la sécurité avec l’ESP et le contrôle de la température, ainsi que la pression des pneumatiques en équipement de base.
Avec le i6, Irizar n’a pas renié son style. Le véhicule fait une bonne synthèse entre le Century et le PB, ce qui lui donne une allure dynamique et agréable à l’œil. L’habitacle, malgré une élégante sellerie noire, reste assez lumineux. Cela est très certainement dû à l’éclairage par led des porte-bagages de type avion qui, ainsi illuminés, n’alourdissent pas l’intérieur comme c’est souvent le cas. La finition est bonne et l’impression générale penche plutôt du côté haut de gamme.
À l’occasion du Coach Euro Test 2011 (Bus & Car no 833), l’insonorisation du i6 avait été critiquée. Les oreilles basques ne se sont pas montrées hermétiques, 150 kg d’insonorisant ont été installés sur les modèles de Bonneau Voyages. L’amélioration est perceptible mais il reste encore de la marge pour offrir à nos oreilles une musique plus agréable. La sellerie du PB est des plus confortables, le revêtement cuir a le don de parfumer agréablement l’habitacle. C’est appréciable car le toucher est mis à l’épreuve avec des suspensions franchement perfectibles et des genoux compressés. Mais cette dernière critique est entièrement destinée au transporteur qui, en optant pour un aménagement en 55 places, impose un espacement réduit entre les sièges. C’est d’autant plus regrettable tant cette sellerie cuir donne un sentiment de luxe.
Visiblement, le i6 a le don de chatouiller les sens. Il ne manque que le goût. Lesté à près de 18 tonnes (93 % de son PTAC), il présente une consommation moyenne de 27,3 l/100 km sur le parcours. Il a notamment été particulièrement sobre sur la partie autoroutière avec une moyenne en dessous des 25 l/100 km. Le moins que l’on puisse dire est que l’amertume n’est pas au rendez-vous. Le i6 a le goût de l’économie, ce qui ne manquera pas de plaire au palais des autocaristes. Et ce résultat peut donner l’intuition qu’il ne passera pas inaperçu sur le marché. Cela fait un sixième sens au tableau de chasse du i6.
– Longueur/largeur/hauteur
12,92/2,55/3,734 m.
– Moteur
Daf Euro 5 MX 340 développant 460 ch.
– Boîte de vitesses
Robotisée ZF AS Tronic 12AS2700 avec intarder incorporé
– Freins AV et AR
À disques avec EBS, ABS, ASR et ESP.
– Suspensions
À air intégrales
– Réservoir
477 litres, remplissage des deux côtés (AdBlue 44 litres)
Un autocar peut-il se conduire sportivement? Idée incongrue pour un moyen de transport devant offrir un maximum de confort. Pourtant, après une journée de conduite, on se dit que l’on découvre peut-être le premier autocar "sportif" du marché: accélérations vigoureuses (460 ch tout de même dans le cas présent), reprises fulgurantes, freinage et ralentisseur puissants voire agressifs, grande maniabilité, position de conduite facile à trouver, direction précise et agréable donnent le sentiment que ce véhicule est fait pour les routes de montagne. À un bémol près: le rapport de pont choisi ici, très typé "autoroutier", génère un grand nombre de changements de vitesses inutiles autour de 90 km/h. L’insonorisation demeure perfectible (si les bruits de roulements sont dorénavant bien maîtrisés sur sol sec, on n’en dira pas autant de la climatisation ou des bruits mécaniques comme ceux provenant du ralentisseur). Les suspensions sont propices au tangage et peuvent parfois talonner. En fait, l’Irizar i6 souffre d’un manque de progressivité et de douceur dans les commandes, sans oublier une gestion de l’embrayage par la boîte robotisée parfois erratique (lente par moments, très brutale à d’autres). De même, si l’ergonomie générale est bonne, l’ordonnancement des interrupteurs est parfois peu évident. Péchés véniels pour un véhicule manifestement bien né qui sera probablement très apprécié des conducteurs… un tant soit peu joueurs! Vélocité et maniabilité caractérisent cet autocar "pas comme les autres".
• performances
• puissance du ralentisseur et du freinage
• rétrovision
• ergonomie générale
• qualité de la direction
• manque de progressivité des commandes
• tendance au tangage des suspensions
• visibilité directe moyenne
• ordonnancement des interrupteurs peu évident
• embrayage parfois très brutal
"Notre parc de 23 véhicules est essentiellement composé de véhicules Mercedes. C’est un ancien de la marque à l’étoile, passé chez Irizar, qui m’a convaincu de me tourner vers le i6. Mais ce véhicule correspondait avant tout à mon besoin de renouvellement du moment, et son design m’a séduit. Il tranche radicalement avec les autres véhicules de notre parc, il me sert de vitrine roulante. Il ne passe pas inaperçu comparé au Tourismo qui fait presque partie du paysage. Lorsque les gens le voient sur la route, ils retiennent plus facilement le nom de l’entreprise. Le fait qu’il soit doté d’un moteur Daf a également été déterminant. Le concessionnaire installé au Mans est très impliqué dans le domaine de l’autocar. Ce n’est pas le cas de certains autres constructeurs. Nous possédons un Temsa avec un moteur Daf, et nous avions déjà pu apprécier la qualité du service de cette concession.
D’une manière plus générale, le service après-vente d’Irizar est très appréciable. Notre i6 connaît des petits soucis de jeunesse. Irizar a prévu de venir le chercher pour le remettre à niveau à l’usine. Pendant ce temps, un autre véhicule va m’être prêté. On ne trouve pas cette qualité de service chez tous les constructeurs. Les échos sont également bons, tant de la part des clients que des conducteurs. Depuis six mois le véhicule donne satisfaction. Pour autant, il faudrait qu’Irizar fasse un effort sur son prix de vente pour que continue mon renouvellement avec eux. Le tarif est sensiblement identique à celui d’un Tourismo. En revanche, je crains que sur le marché de l’occasion, le i6 ne tienne pas la comparaison avec les Mercedes".
