Toulouse Le 13 février prochain les fameux travaux du tramway Garonne débuteront enfin à Toulouse… avec quatre mois de retard sur le calendrier initial.
LE PROJET de ligne traversant le centre-ville sur 3,4 kilomètres, des Arènes au Palais de justice, avait rencontré l’opposition d’une association de riverains. Une décision en leur faveur du tribunal administratif avait stoppé net le lancement des travaux (mais pas la déviation de réseaux). Le Conseil d’État ayant finalement invalidé la décision du tribunal administratif, les travaux peuvent enfin démarrer. La collectivité sauve de justesse le financement de 10 millions d’euros de l’État prévu dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la date limite de lancement des marchés de travaux ayant été fixée au 31 décembre 2011…
La circulation des voitures et des bus sera déviée à partir du 10 février (date de démarrage des vacances scolaires à Toulouse), afin de lancer la réalisation des ouvrages d’art et la construction des plates-formes de voie à partir du 13. Toute la ville sera chamboulée jusqu’à la fin des travaux à l’hiver 2013 et la mise en service de la ligne annoncée pour avril 2014. Les automobilistes seront invités à éviter tout le secteur par des signalisations spécifiques depuis le périphérique. Plusieurs artères importantes seront mises à sens unique. Le pont Saint-Michel, qui traverse la Garonne au niveau du Palais de justice, sera entièrement rénové à cette occasion et la circulation limitée à deux fois une voie (contre deux fois trois voies aujourd’hui). Un passage souterrain automobile, “symbole d’une époque révolue”, sera définitivement comblé à la sortie du pont, sur la rive droite. Un autre sera créé rive gauche, sous la voie ferrée, mais pour le tramway et les modes doux. Les allées Jules-Guesde, aujourd’hui utilisées comme un vaste parking à ciel ouvert, seront aménagées en esplanade piétonne jusqu’au Grand Rond, même si le terminus du tram prévu initialement à cet endroit a été ramené 400 mètres avant, au Palais de justice, à la suite de l’enquête publique.
Après le retour d’expérience de la première ligne de tramway, des mesures ont été prises pour limiter la gêne des riverains, dans ce secteur urbain dense. L’équipe de médiateurs est passée de deux pour onze kilomètres à cinq pour 3,4 km. “On avait senti le manque car il y avait une grosse demande des riverains et des commerçants d’avoir un référent par rapport au projet, explique Marie-Hélène Laffont, directrice de la communication de la Smat, le maître d’ouvrage. Depuis le début des déviations de réseaux, on reçoit beaucoup moins de courriers de réclamation car il y a une écoute sur place. Les commerçants sont moins en colère.” Le démarrage des travaux proprement dit ouvre aussi à l’indemnisation des commerçants impactés. Celle-ci prendra en compte la période de déviation de réseaux.
Un règlement de chantier applicable à toutes les entreprises a été mis en place. “Sur la ligne T1, il n’y avait pas suffisamment de réactivité, se souvient Sophie Gérardot, responsable du pôle médiation à la Smat. Les entreprises négligeaient les aspects riverains, avec certains cheminements piétons pas respectés ou des chantiers sales. Elles finissaient souvent par rectifier, mais cela prenait du temps alors qu’il aurait fallu que cela soit fait dans l’heure.” Des délais de deux heures à deux jours ont été imposés, en fonction du niveau d’impact et de risque. Des pénalités sont prévues pour non-respect des règles: par exemple 1 500 euros en cas de mise en place ou changement d’emprise sans information préalable, de non-respect des créneaux horaires imposés pour certaines activités ou pour les livraisons de matériaux.
Selon le Plan de déplacements urbains (dont l’enquête publique vient de démarrer), ces 3,4 km de tram sont une étape dans le futur maillage, destinés à se connecter à un transport en commun en site propre vers la gare Matabiau via le canal du Midi et la banlieue Est (Saint-Orens) à travers le quartier de Montaudran.
D’autres chantiers se dérouleront à Toulouse en 2012, “année de concrétisation”, selon Joël Carreiras, le président de la Smat: l’amélioration des flux piétons dans le métro à partir de juin, à la gare Matabiau et Jean-Jaurès, station d’interconnexion entre les deux lignes de métro; les travaux préparatoires du prolongement de tram T1 vers l’aéroport à partir de l’été; l’axe bus Ramonville à partir de septembre et la VCSM (voie du canal Saint-Martory) avec un site propre bus à partir de la fin de l’année.
UNE BILLETTIQUE INTÉGRÉE
Prendre le bus à Quimper, le tram à Brest, le car à Paimpol ou le métro à Rennes avec le même titre de transport deviendra possible dès l’été prochain. Grâce à la charte d’interopérabilité des systèmes billettiques des réseaux de transports publics bretons signée le 20 décembre 2011, la carte multimodale KorriGo se développe sur tout le territoire breton, favorisant ainsi le développement de l’intermodalité entre les réseaux urbains, interurbains et TER. En février, c’est l’ensemble des trains express régionaux (TER) bretons qui se jetteront à l’eau suivis par Brest Métropole Océane, Cap L’Orient Agglomération, Quimper Communauté et le département des Côtes d’Armor au cours des mois suivants. Seuls hics: les tarifs et les politiques commerciales resteront fixés par les municipalités.
À ce jour, sept collectivités bretonnes adhèrent à KorriGo et plus de 250 000 cartes ont été émises.
UN LEVIER DE FINANCEMENT
Les 270 Entreprises des 14 communes de la Communauté de communes de Cognac (CdCC) doivent désormais s’acquitter d’un versement transport (VT) à un taux de 0,3 %. À la clé: un million d’euros de recettes qui seront notamment affectées au réseau de transport en commun Transcom exploité par Transdev depuis le 1er juin 2011. Le mécanisme est relativement simple puisque ce versement se fera par le biais des services de recouvrement de sécurité sociale et d’allocations familiales qui reverseront ensuite la somme à la Communauté de communes. L’institution de ce VT permet d’envisager une meilleure adéquation entre les services de transports et les besoins de la population et des entreprises.
CRÉATION D’UNE SPL EN RÉGION
Constatant que les tarifs de transport augmentaient régulièrement sur les mêmes lignes, les AO de l’Ardèche et de la Drôme ont décidé de s’engager sur une autre offre de transport. Pour l’Ardèche, qui ne dispose pas d’une régie publique de transport, l’enjeu est crucial puisqu’il s’agit de conserver un équilibre de l’offre pour lutter contre une concentration croissante des groupes de transport et maintenir sa qualité de service en dépit d’un contexte budgétaire contraint. De son côté, la Drôme a vite compris l’intérêt de repenser l’organisation de sa régie Drôme menacée suite au transfert des lignes départementales à Valence Romans Déplacements (VRD).
Les autorités organisatrices ont souvent intérêt à écouter les usagers. À Toulouse, le réaménagement de la ligne de bus 34 le 4 juillet 2011, complétée par une amélioration de sa fréquence de 15 à 10 minutes en heures de pointe, a fait passer en quelques mois sa fréquentation de 1 000/1 500 à 5500/6 000 passagers par jour. À l’été 2007, le réseau de bus avait été réorganisé à la mise en service de la ligne B du métro, faisant de nombreux mécontents, notamment du côté de Rangueil, au Sud-Est de Toulouse. "Quatre associations de quartier pas satisfaites de la réorganisation de 2007 sont venues nous voir avec des propositions de modifications des lignes de bus, se souvient Dominique Salas, responsable études et organisation du réseau à Tisséo. Nous leur avons fait des contre-propositions, puis nous avons décidé de redresser les lignes 2 et 34, supprimant ainsi des ruptures de charge. L’amplitude horaire a aussi été augmentée à 6 h-21 h. Aujourd’hui, c’est un succès."
Malgré ces très bons chiffres, cette modification ne plaît pas à tout le monde. D’autres habitants dénoncent le changement d’itinéraire de la ligne 2 début juillet "effectué brutalement, sans concertation ni véritable information." "Il n’est plus possible de trouver un bus après 21 heures et le dimanche après 19 h 30, se plaignait en octobre dernier dans La Dépêche du Midi le collectif des usagers du 2. Tisséo a bien mis en place la ligne 34 relais mais elle ne dessert pas la route de Narbonne." Il est décidément difficile de faire l’unanimité…
