Innovation Le 16 décembre dernier a vu la publication de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) relatif aux "véhicules lourds routiers". L’Assemblée des Départements de France (ADF), en partenariat avec la FNTV, a défini dans ce cadre un cahier des charges portant sur l’autocar du futur, pour l’instant baptisé @-Car. Explications.
Le programme gouvernemental “véhicule du futur” est doté d’un budget de subvention d’un milliard d’euros, dont 750 millions destinés au seul transport routier. Ce programme vise à promouvoir des technologies et organisations moins consommatrices d’énergie et moins émettrices de gaz à effet de serre. Cet effort financier de l’État doit permettre de lever les incertitudes technologiques, et d’anticiper les premiers déploiements pérennes. Les fonds dégagés financeront donc des programmes de recherche & développement et de mise en fabrication débouchant sur l’industrialisation de nouveaux produits (ou services), et sur la création d’emplois sur le territoire. C’est dans ce cadre que l’ADF (Assemblée des Départements de France), un certain nombre de départements volontaires
En substance, @-Car se présente pour l’instant sous la forme d’un cahier des charges fonctionnel définissant très précisément l’autocar du futur. L’objectif du duo ADF/FNTV consiste à faire développer un prototype d’autocar à haut niveau de service (AHNS), qui servira à assurer des prestations de transport routier de voyageurs, en site propre, ou non. Sans trop rentrer dans le détail, il concerne “un véhicule de transport en commun routier, intermédiaire entre l’autocar et le tramway sur pneu, qui doit permettre de transporter rapidement et confortablement un grand nombre de voyageurs, en respectant l’environnement”.
Les industriels porteurs de projets peuvent se faire connaître d’ici au 23 janvier, afin de monter le consortium d’entreprises qui déposera son dossier avant le 16 avril 2012, date limite des dépôts de candidature à l’AMI. “En accord avec l’ADF, il a été convenu que la FNTV deviendrait le facilitateur des relations avec le monde industriel, poursuit Philippe Fénart. Le champs des possibles est d’ailleurs assez vaste, car ce projet consiste avant tout en une superposition de technologies, le tout à un niveau de prix en adéquation avec le marché. Clairement, nous sommes plus dans une logique de pré-série que dans celle d’un prototype trop éloigné des réalités”.
L’Ademe étudiera chaque dossier pour que les services de l’Etat décident dans le courant de l’été de la distribution des subventions. Les premiers prototypes sont attendus pour 2016, et les préséries en 2017. Selon les estimations de l’ADF, le marché potentiel pour @-Car serait de l’ordre de 100 à 400 unités sur une période de trois à neuf ans.
Dans ce projet, l’objectif de l’ADF est clairement exprimé par son Président, Claudy Lebreton: “il s’agit d’inciter les industriels et les opérateurs à développer des services de transport interurbains correspondant davantage aux besoins des territoires”. Si la relance économique et la création d’emplois apparaissent bien entendu parmi les préoccupations majeures des élus, ils souhaitent aussi, à travers@-Car, répondre à la saturation de l’offre sur certaines lignes structurantes à très forte densité, et améliorer l’image de l’autocar interurbain. Un point qui est depuis longtemps une des préoccupations majeures de la FNTV, et qui, selon l’ADF, passera par le développement du confort et des services aujourd’hui attendus par les usagers.
En ce sens, le cahier des charges, toujours lui, est d’une grande limpidité, à travers notamment la liste des innovations attendues. Et la première est simple, l’ADF veut: “un véhicule avec un aspect extérieur créant une image spécifique de l’autocar du futur en rupture avec son aspect actuel”… Philippe Fénart constate cependant “que l’expression des besoins n’est pas tout à fait identique en fonction des départements. Il est donc possible que l’on aboutisse à plusieurs réponses industrielles au même problème, en fonction des variantes possibles”.
En plus de tous les éléments de confort et de sécurité habituels, @-Car devra aussi “intégrer une intelligence embarquée pour la gestion de l’énergie, du guidage éventuel, etc. Et une connectivité permanente avec son environnement”. Enfin, le concept global du @-Car ne devra pas nécessiter de lourds investissements de voirie et d’infrastructures.@-Car représente bien pour la Profession un enjeu de première importance. “C’est un défi que nous devons tous relever, conclut Philippe Fénart, et c’est aussi un bon moyen de démontrer que, en termes de tissu industriel et d’emplois, le monde de l’autocar est d’une grande importance en France”.
Les Bouches-du-Rhône, les Côtes d’Armor, la Gironde, l’Isère, la Loire-Atlantique, la Meurthe-et-Moselle, le Bas-Rhin, le Rhône, la Saône-et-Loire avec la Région Aquitaine.
Le Conseil Général de l’Isère est pratiquement à l’origine du projet @-Car. Engagé depuis plusieurs années dans une politique dynamique en faveur du développement des transports en commun dans le département, la collectivité a par exemple mis en œuvre une refonte de son réseau Transisère avec notamment la création de lignes express sur trois axes structurants (le réseau Lise) et la mise en service de voies spécialisées partagées.
"Notre réseau de lignes express arrive à saturation, explique Pierre Hetzel, Directeur adjoint des Transports au Conseil Général de l’Isère. Aux heures de pointe, nous atteignons déjà la fréquence maximale de 4 mn. Nous avions donc besoin d’un véhicule susceptible d’augmenter notre capacité". D’autres départements rencontrant ce type de problématique, l’ADF s’est finalement emparée du dossier pour le porter dans le cadre du projet "véhicule du futur".
"L’apport des autres départements permet aujourd’hui de définir un cahier des charges comportant plusieurs briques, poursuit Pierre Hetzel. Pour notre part, nous avons clairement identifié nos besoins: une capacité augmentée; la mise en œuvre de nouvelles technologies pour améliorer le confort, les services à bord, donc l’agrément du voyage; et une motorisation encore plus respectueuse de l’environnement, du type hybride. Quant à nos besoins, ils se chiffrent autour de 60 véhicules maximum". C’est donc avec une certaine impatience que l’Isère attend les industriels, tout en ayant conscience que le concept @-Car “se rapproche effectivement de la complexité du transport urbain, avec le projet EBSF”.
