Salon 1 710 visiteurs et 55 exposants ont répondu présents à l’invitation d’Urbaccess, premier rendez-vous européen de l’accessibilité et de la conception universelle, les 19 et 20 janvier derniers à la Paris-La-Défense.
POUR sa première édition les 19 et 20 janvier derniers à la Défense (92), Urbaccess, salon européen de l’accessibilité et de la conception universelle, a réuni 55 exposants et 1 710 visiteurs. Mettant en présence 44 % d’acteurs publics et 55 % de professionnels du secteur privé, l’heure était aussi aux “affaires”. “Grâce à l’accessibilité, ce sont des échanges économiques considérables qui vont s’effectuer”, prévient Jean-Marc Maillet-Contoz, commissaire général du salon. Avec douze millions de personnes en situation de handicap en France, la filière s’organise et le fait savoir.
À travers une quinzaine de conférences, bon nombre de problématiques liées à l’accessibilité ont été abordées. Parmi elles, la conception d’espaces pour tous, le développement des territoires, les solutions numériques mais aussi le transport abordé par le prisme de la loi du 11 février 2005. “La Convention relative aux droits des personnes handicapées adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 13 décembre 2006 a changé la vision des différents handicaps”, estime Bruno Gaurier, expert du Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes (CFHE), membre de l’Association des paralysés de France et du Forum européen des personnes handicapées. À ses yeux, les réglementations européennes et nationales renforcent les possibilités d’action des associations. Un exemple: le “cas” d’EasyJet condamné le 13 janvier dernier à une amende de 70 000 euros pour avoir refusé l’accès d’un avion à trois personnes handicapées non accompagnées. “Ce procès est un cas d’école car nous avons attaqué un système économique et espérons en tirer une jurisprudence”, prévient Bruno Gaurier.
Si les associations n’hésitent plus à franchir les portes des tribunaux, les acteurs de la mobilité sont attendus au tournant. “Avec 30 000 kilomètres de lignes, 3 200 gares et 15 000 trains quotidiens, la tâche est colossale”, confie Denis Cauchois, délégué à l’accessibilité de Réseau ferré de France (RFF). Pourtant, tous devront être prêts au plus tard en 2015. Dixit “une politique européenne dont l’enjeu est d’harmoniser l’ensemble des réseaux des pays membres et de permettre ainsi aux personnes à mobilité réduite (PMR) de se déplacer au-delà des frontières sans rupture de charge”, soutient Didier Devens, délégué à l’accessibilité du groupe SNCF, qui planche sur le sujet depuis plusieurs années. Création d’un conseil consultatif composé de huit associations, d’une gare d’essais en 2006 suivis d’un train laboratoire en 2009, la compagnie ferroviaire ronge ses freins et revendique 700 000 opérations d’assistance enregistrées en 2011 “cela sous-entend que de plus en plus de PMR se déplacent”, observe Denis Devens. Pour autant, “penser que le problème de l’accessibilité se réglera uniquement avec des aménagements techniques est une erreur”, plaide Denis Devens. Pourtant, la question du financement de ces améliorations techniques est régulièrement évoquée par les opérateurs ou les gestionnaires concernés. “Le prix de la mise aux normes d’une passerelle est d’environ 1,7 million d’euros et l’aménagement d’une gare sans passage dénivelé coûte 500 000 euros”, rappelle Denis Cauchois.
Côté transport routier interurbain, la situation s’améliore mais pas suffisamment. “Nous disposons de nombreuses données liées aux capacités fonctionnelles des usagers pour juger de la pertinence des technologies sans contact dans les transports collectifs”, précise Maryvonne Dejeammes, chargée de mission Accessibilité et personnes âgées au Certu. Relativement économique, le bon sens peut aussi répondre à une partie des problématiques de déplacement des PMR. “Offrir des services de transport à la demande de porte-à-porte neutralise par exemple les difficultés environnementales liées à la voirie”, préconise Maryvonne Dejeammes.
LE TRANSPORT PART EN CAMPAGNE
Le 26 janvier dernier, François Hollande, candidat socialiste à la course à l’Elysée, a dévoilé son programme à la Maison des Métallos à Paris. Détaillant ses “60 engagements pour la France”, il prône des “mesures nouvelles” liées à ses “priorités”. Abordant les transports collectifs sur fond de lutte contre la fracture territoriale, l’objectif était avant tout de séduire les usagers.
Emploi, culture, enseignement, fiscalité, justice, retraite, logement, tous les “classiques” du genre sont au rendez-vous dans le recueil du candidat tiré à près de 15 millions d’exemplaires. Tant bien que mal, les transports de voyageurs ont réussi à s’y frayer un chemin. Son angle d’attaque? La reconquête des territoires. “Je relancerai la politique des transports pour lutter contre la fracture territoriale qui exclut une partie des habitants de l’accès aux emplois et aux services publics”, promet-il.
Si le principe d’égalité territoriale ne peut que susciter un consensus, le programme n’apporte aucune précision sur les modalités opérationnelles de cette réorganisation politique. Seule piste, “ma priorité sera d’apporter, tant en Île-de-France que dans les autres régions, une réponse à la qualité de service des trains du quotidien, ainsi qu’à la desserte des territoires enclavés”. Un appel du pied aux usagers excédés et aux citoyens isolés?
Dans son discours, le candidat a réitéré son intention de relever le plafond du livret de développement durable à 12 000 euros contre 6 000 euros actuellement. Destiné prioritairement à financer les logements, le transport n’est pas en reste sur ce thème. En effet, selon le dernier rapport de l’Observatoire de l’épargne réglementée publié par la Banque de France, “le fonds d’épargne est intervenu dans des domaines des transports urbains (tramways) et ferroviaires (dessertes de gares, télécommunications)”. Avec 757 millions d’euros de prêts signés au titre de l’exercice 2010, trente nouveaux projets et vingt villes ont ainsi bénéficié de ces financements pour leurs tramways ou métros.
Invité dans la soirée à débattre sur le plateau Des paroles et des actes, le candidat s’est ensuite exprimé sur le maintien du service minimum dans les transports publics, notamment à la SNCF. “Je ne perds pas mon temps. Il y a une loi, elle marche”, a-t-il précisé en faisant référence aux lois sur le dialogue social et la continuité du service public du 21 août 2007 et du 31 janvier 2007. En revanche, cette réforme pourrait passer à la trappe pour le privé.
Diane-Isabelle Lautrédou
Quel était le point de départ de ce projet de référentiel?
→ À trois ans de l’application de la loi, de nombreuses difficultés persistent pour les acteurs du secteur. C’est la raison pour laquelle, la délégation ministérielle à l’accessibilité (DMA) créée par le ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement nous a demandé de constituer un groupe de travail chargé de rédiger un référentiel de bonnes pratiques. En clair: il s’agissait d’expliquer ce que la loi n’explique pas.
Quels domaines d’investigation avez-vous volontairement écarté?
→ Nous avons fait l’impasse sur l’offre de transport de substitution dont le champ était trop large, sur la relation entre les autorités organisatrices et les opérateurs dont les enjeux étaient trop politiques ou sur les aspects techniques trop vite obsolètes. Notre objectif était de faire passer des messages pragmatiques et d’accompagner l’évolution des mentalités sur le thème de l’accessibilité.
À travers ce référentiel, quel message faut-il retenir?
→ Le voyageur à mobilité réduite est un usager comme les autres puisque tout le monde peut se retrouver en situation de handicap: une femme enceinte, un passager encombré ou ponctuellement accidenté… Il ne faut donc pas balayer le plus large possible afin de ne pas créer d’exclusion.
