Politique des transports
Agrandissement du périmètre de l’agglo, étude sur la gratuité du réseau de bus, refonte des lignes… les transports de la communauté d’agglomération de Carcassonne vont subir des changements décisifs. Alors que rien n’est encore fixé, mais que la révolution est proche, élus et transporteurs se décarcassent. Enquête.
2012, année zéro pour les transports carcassonnais. En l’espace d’un an, ceux-ci vont connaître une véritable mutation. Le premier grand changement, et non des moindres, viendra avec la réforme des collectivités territoriales, qui étendra les compétences de l’agglo sur une zone plus vaste dès la fin de l’année. La communauté d’agglomération du carcassonnais passera ainsi de 23 communes (environ 75 000 habitants) à environ 80, avec plus de 100 000 habitants. Autre changement majeur, Carcassonne Agglo et sa régie de transport urbain, l’AggloBus, prendront en charge les transports scolaires et interurbains du territoire.
Ce chambardement aura lieu dans un délai très court et nécessitera des adaptations. Les idées ainsi que l’optimisme sont au rendez-vous, que ce soit au niveau des élus, ou de la régie AggloBus. Christian Raynaud, vice-président de l’agglo en charge des transports, est catégorique: “Cette transformation du territoire sera une bonne chose pour l’usager.” Il en va de même pour le directeur de l’AggloBus, Didier Haegeli: “Pour nous, cela permettra de faire quelque chose que nous n’avons jamais fait, c’est-à-dire les transports scolaires et interurbains. Je vois l’agrandissement du territoire comme un challenge à relever, qui relancera la régie. Cela nous permettra de découvrir de nouveaux domaines d’activité.”
Les projets d’amélioration sont d’ailleurs nombreux. Au niveau du scolaire, il faudra notamment s’accorder avec le département. Il sera également nécessaire de trouver un juste mode de fonctionnement avec les transporteurs privés travaillant pour le conseil général.
Au niveau de l’interurbain, qui comme le précise Christian Raynaud, “se concentre surtout dans des zones rurales, étant donné que de nombreuses communes sont situées en campagne”, deux axes principaux sont envisagés: le transport à la demande (Tad), déjà mis en place sur les 23 communes, et la création de lignes marquées autour d’axes majeurs, comme les Corbières et le Minervois, situés à proximité de Carcassonne. Les axes verts, notamment le développement de pistes cyclables, seraient également une option tentante. “Il ne manque plus qu’une petite impulsion politique”, précise le directeur d’AggloBus.
Au niveau de la flotte de véhicules, la régie se penche sur un développement du véhicule électrique, notamment en ville ou en centre-ville. “Depuis quelques années, nous avons un vrai retour d’expérience sur l’électrique, c’est donc un axe de réflexion. Cela permettra d’attendre que la technologie hybride s’améliore”, explique Didier Haegeli.
Ces nouveaux challenges, transporteurs, élus et employés, sont prêts à les relever. Mais un flot d’incertitudes demeure à quelques mois du grand changement.
Ces bouleversements rapides et bien accueillis s’accompagnent cependant de plusieurs problématiques. La première, d’ordre financière, est liée à la réforme de la fiscalité locale, mise en place en 2010 par le gouvernement.
Elle consiste en un transfert de compétences financières entre les régions, les départements et les communes. Ce grand changement permettra-il à l’agglo d’obtenir un budget d’investissement à la hauteur des modifications nécessaires? Qu’en sera-t-il des dotations de l’État, fragilisé par la crise économique mondiale? À ce sujet, le directeur de l’AggloBus est catégorique: “L’aspect financier est capital. On va avoir à payer bien plus avec un versement transport qui risque de peu évoluer.”
Un autre point d’interrogation concerne le fonctionnement. L’agglo pourra-t-elle répondre efficacement à la demande accrue de transport? Enfin, des questions humaines et sociales subsistent. Combien d’emplois pourraient être créés? Avec quelle quantité de véhicules? Et quelle charge de travail supplémentaire?
Des questions majeures qui soulignent toute la difficulté de s’adapter rapidement à une situation dont on ne connaît pas toutes les finalités. Loin d’être effrayé, le directeur de l’AggloBus se dit prêt: “Nous sommes l’arme au pied, nous attendons.” Pour permettre une transition optimale, une étude est envisagée dès que l’ampleur de l’extension sera connue. Avec une nouvelle difficulté à la clé. Une telle étude, réalisée pour une agglomération inférieure à 100 000 habitants, “s’appelle un schéma global de déplacement. Et il donne des orientations que l’agglomération n’est pas obligée de suivre. Au-delà de 100 000, on passe à un PDU (Plan de déplacements urbains) qui est plus contraignant car il faut mettre en place ses préconisations”, précise Christian Raynaud.
Un autre débat pourrait apporter de profondes modifications dans la gestion financière et fonctionnelle du réseau de bus de l’agglo, celui de la gratuité des transports publics. Cette mesure est défendue par l’actuel maire PS de Carcassonne, Jean-Claude Perez, qui souhaite ainsi “développer l’utilisation des transports en commun dans la perspective de développement durable mais aussi la fluidification des flux routiers. Le deuxième objectif, capital, est de soutenir efficacement le pouvoir d’achat des Carcassonnais”, indique-t-il. Pour comprendre les enjeux de cette réforme, il est important de remonter aux élections municipales de 2009 qui, pour mémoire, devaient désigner le nouveau maire de la ville, après l’annulation du scrutin de 2008 en raison de fraudes. La mesure avait été proposée à la fois par Jean-Claude Perez, lors de sa campagne et notamment par les Verts. La question de la gratuité n’aurait logiquement dû concerner que Carcassonne Agglo, et non la municipalité. Mais Jean-Claude Perez avait pour colistier l’actuel président de l’agglo, Alain Tarlier. Il semble bien qu’un partage des rôles ait été décidé en cas de victoire. Jean-Claude Perez récupérerait la mairie de Carcassonne, et Alain Tarlier la présidence de l’agglo, avec l’inscription de la gratuité au programme PS pour la campagne municipale. Depuis, la proposition a fait son chemin et une étude est en cours pour définir la viabilité du projet. Ses conclusions sont attendues mi-2012 pour une possible mise en application en 2013. Mais la question divise toujours les élus. Christophe Raynaud, pour sa part, à un point de vue tranché. “Je ne suis pas pour le tout gratuit, avoue-t-il, mais plutôt pour une mise en place de tarifs échelonnés en fonction de critères sociaux.” Il préférerait que soit mis en place un forfait à l’année, au coût dérisoire. Un point de vue partagé par René Escourrou, le premier vice-président de l’agglo, délégué aux affaires générales et à la coordination du Pôle économique.
La gratuité totale aura en effet un coût pour l’agglomération, qui pourrait se situer entre 1,5 et 4 millions d’euros. Il semblerait néanmoins que le contribuable ne doive pas, pour l’instant, mettre la main au portefeuille. “Nous avons décidé de ne pas toucher à la fiscalité pour financer ce projet. C’est un choix politique d’opérer des transferts financiers dans le budget général pour inscrire cette action dans nos priorités”, indique Jean-Claude Perez. Enfin, le passage au gratuit engendrera aussi des incertitudes pour les conducteurs de bus. Christophe Raynaud explique: “Si la gratuité est adoptée, les usagers vont peut-être considérer le bus d’une autre manière, comme leur appartenant, et il y aura une baisse de l’estime qu’on porte au chauffeur. Quand on paye, on est plus respectueux.” Didier Heageli en est bien conscient: “Le personnel s’inquiète du fait que la gratuité fera disparaître les contrôleurs de billets et favorisera peut-être le vandalisme.”
De son côté, Jean-Claude Perez pense qu’au-delà de la question de gratuité, “la montée des incivilités dépend surtout du traitement social de certains quartiers, de même que de la présence de médiateurs dans les bus du réseau.” Les préconisations de l’enquête éclaireront peut-être ce dossier épineux.
La régie publique de l’AggloBus gère les transports de la communauté d’agglomération de Carcassonne depuis 2002.
→ Flotte: 35 véhicules
→ Personnel: 75 salariés
→ Réseau: 11 lignes
→ 1,8 million de voyageurs par an
→ Transport à la demande (Tad) avec un véhicule Handi’Bus
→ Plusieurs navettes en centre-ville et en direction de l’aéroport de Carcassonne.
