Cette fois nous y sommes, les fauves sont lâchés dans l’arène, la campagne présidentielle commence vraiment. Tous les candidats se sont enfin officiellement déclarés, les ludi peuvent démarrer. Le temps où nos oreilles crissaient du bruit des gladius qu’on aiguise est révolu, cette fois nous allons sursauter à chaque choc des lames contre les boucliers, encore que… Dans un combat où les deux seuls primi pali éligibles ont – sur le problème du moment, la crise économique – une vision à peu près identique de la potion à nous faire ingurgiter (austérité, fiscalité, chômage et donc, décroissance), c’est bien à la marge que se dresseront ou s’abaisseront les pouces des uns et des autres. Il ne faut certainement pas s’attendre à des annonces tonitruantes sur un changement de politique économique. On se dirige bel et bien sur ce plan vers un stante missi. L’exemple de la punition grecque en cours est d’ailleurs bien là pour nous rappeler où mènerait la tentation d’une autre voie, susceptible d’inquiéter les sacro-saints marchés. Donc, sur ce plan, on rassure les uns – François Hollande l’a très bien fait récemment en Grande-Bretagne – et on explique aux autres, en l’occurrence nous, que c’est comme ça, et pas autrement. Mais alors, sur quel terrain vont bien pouvoir s’affronter notre rétiaire élyséen et son secutor de challenger? Visiblement, on nous parlera plutôt de valeurs! Pas celles de l’euro bien sûr, encore moins celles des obligations d’État, le sujet est trop sensible et finalement hors de leur champ d’action. On va donc nous marteler du travail, de la famille et, pourquoi pas, de la nation. De quoi mobiliser les foules en mal d’emplois et de revenus? Difficile à dire, mais tout cela permettra toujours de récupérer ici et là dans les mailles d’un filet tissé serré des voix bien utiles à un passage au duel du second tour. Au fond, les gladiateurs qui s’affrontent désormais sur le sable imbibé de l’arène feraient presque penser à de simples pægniarii, tant la danse à laquelle nous allons assister paraît codifiée d’avance. Ce spectacle programmé suffira-t-il à contenter l’urb? Les passes d’armes longuement répétées arriveront-elles à hypnotiser les spectateurs pressés sur les gradins? Pas sûr que les jeux sans pain rassasient vraiment la foule affamée d’avenir. Et il suffit justement pour s’en convaincre d’observer avec attention le berceau de notre civilisation.
