Résultats La filiale de la SNCF enchaîne les années positives. En 2011, son chiffre d’affaires a atteint 4,44 milliards d’euros, sa profitabilité reste également en hausse. Pour 2012, Keolis vise 4,8 milliards de chiffre d’affaires.
DÉCIDÉMENT, en période de crise, le secteur des transports publics joue les trouble-fête. Cette tendance à ramer à contre-courant n’est pas pour déplaire à Keolis. La filiale de la SNCF a présenté ses résultats de l’année 2011 et, le moins que l’on puisse dire, est qu’elle a le vent en poupe. “Le contexte est positif. Les dernières données de l’UTP montrent que la fréquentation dans l’urbain est en hausse de 4,5 % en France. Les chiffres sont également positifs en Grande-Bretagne, un de nos principaux marchés à l’international”, se réjouit Michel Bleitrach qui portait pour l’occasion son béret de président du directoire de Keolis
Le chiffre d’affaires s’est établi à 4,44 milliards d’euros, en hausse de 8 %. “Il est conforme aux objectifs que nous nous étions fixés et que nous avions annoncés lors de la présentation de nos résultats en mars 2011”, rappelle Michel Lamboley, directeur général du groupe. La profitabilité est encore meilleure élève, et progresse de 11,3 % pour atteindre 273,8 millions d’euros. C’est l’activité internationale qui est en grande partie “responsable”, à 58 %, notamment grâce à de bonnes performances en Angleterre et en Australie. Ainsi, le résultat net est lui aussi en hausse de 37,1 millions d’euros (+ 6,9 %). Outre-Manche, Keolis bénéficie d’un double facteur. La fréquentation est nettement en hausse sur ses franchises ferroviaires qui, elles-mêmes, offrent un niveau de marge bien supérieur aux activités hexagonale. Ainsi, le Royaume-Uni est à lui seul le plus important générateur de profit à égalité avec l’activité interurbaine française. La situation financière française ne satisfait guère Keolis. Les demandes d’investissement de la part des autorités organisatrices sont toujours plus importantes et le taux de couverture des dépenses d’exploitation par les recettes commerciales ne cesse de se dégrader. “Ce ratio s’est dégradé de 20 points en vingt ans. Les tarifs ne suivent ni l’inflation, ni l’amélioration de l’offre mise en place par les opérateurs. Il est de plus en plus urgent de dépasser le tabou des tarifs pour les usagers”, souhaite Michel Bleitrach.
Mais Keolis n’a pas pour habitude de renier ses origines et l’activité hexagonale est toujours considérée comme le socle des succès internationaux. L’opérateur génère encore la majorité de son chiffre d’affaires transport de voyageurs (hors Effia) en France. L’objectif étant d’arriver à une situation d’équilibre entre les activités domestique et internationales. Les courbes suivent cette tendance pour se fixer en 2011 à 52 % pour la France et 48 % pour l’international. Sur son propre territoire, Keolis a été fidèle à ses objectifs. Il avait annoncé que l’année 2011 serait placée sous le signe de l’offensive, le pari a été réussi. La liste des gains de contrat en délégation de service public (DSP) a de quoi faire sourire le directoire: Orléans, Metz, Aix-en-Provence ou encore Epinal ont été ravis à la concurrence. À Metz, Keolis s’est placé en tant que partenaire de la société d’économie mixte. Cette implication sur le marché des Sem faisait également partie des objectifs fixés pour 2011. “Notre réussite messine vient prouver que nous sommes parfaitement aptes à monter des modèles qui correspondent aux attentes des collectivités en matière de Sem. Nous allons poursuivre dans cette voie”, promet Michel Bleitrach. Les victoires se comptent également sur le terrain de l’interurbain avec les services scolaires du conseil général de la Vienne, le réseau de transport à la demande de Rouen… Par ailleurs, d’autres opérations ont été menées en synergie avec Effia, sa filiale opératrice de parking. Cela a notamment permis le lancement de l’offre de vélos en libre-service à Lille et Angers et le gain de plusieurs contrats de stationnement (Nantes, Lille, Lyon…).
En 2011, hors de ses frontières, Keolis a respecté sa logique de progression sans dispersion. L’opérateur n’a pas trop cherché à s’inviter sur de nouveaux marchés mais à surtout consolidé ses acquis où étendu son champ d’action sur ses bases lointaines. “Nous sommes satisfaits du démarrage des contrats récemment remportés tel que Virginia Railway Express, les trains de banlieue de Washington et le tramway de Bergen en Norvège”, indique Bernard Tabary, directeur général international. Au Canada, Keolis a racheté le solde de sa participation dans le groupe Orléans Express et pourra désormais piloter pleinement sa politique de développement. Plus proche de la France, le marché britannique donne toute satisfaction et offre de belles perspectives, notamment avec le prolongement du contrat de Transpennine Express pour trois ans, celui de Southeastern pour deux ans (1,1 milliard de chiffre d’affaires) et la préqualification sur le projet de la West Coast Main Line en partenariat avec la SNCF. Keolis s’est également montré offensif en emportant un contrat de sept années dans la banlieue de Stockholm (805 millions d’euros de CA cumulé) ou encore un marché dans la région de Twente aux Pays-Bas (dix ans et 44 millions d’euros). “Nous avons également procédé à des opérations de croissance externe en Belgique et aux États-Unis avec Keolis Transit America”, précise Bernard Tabari. Cette entreprise basée en Californie est spécialisée dans le transport routier de voyageurs et dispose d’une flotte de plus de 1 500 véhicules. “En associant Keolis Rail America, cela nous permet de constituer une réelle plate-forme de développement aux États-Unis. Nous pourrons désormais nous positionner dans le domaine du transport urbain”, augure Bernard Tabari.
En 2011, Keolis a également passé un cap en matière d’ingénierie financière en obtenant deux succès dans le cadre de PPP (partenariat public privé). Ils concernent de projets de tramway. En Australie, celui de Gold Coast (quinze ans pour un CA cumulé de 375 millions d’euros) et en Angleterre celui de Nottingham (vingt-deux ans et demi pour CA cumulé de 550 millions d’euros). “Nous sommes parfaitement aptes à nous adapter aux contraintes des collectivités locales. Notre ingénierie financière nous permet de répondre aux différentes demandes. Si des projets en PPP revenaient à l’ordre du jour en France nous serions parfaitement capables de les accompagner”, estime Michel Lamboley. Keolis peut d’autant mieux aborder ces sujets avec sérénité qu’il a réduit son niveau d’endettement entre de 2010 et 2011 et a dans le même temps procédé au refinancement de sa dette. Le tout en maintenant un niveau d’investissement élevé de l’ordre de 860 millions d’euros en deux ans. “Ainsi nous disposerons des ressources nécessaires pour financer nos opérations de croissance externe, notamment sur le marché français”, prévient Michel Lamboley. Keolis aurait déjà ciblé différentes PME qu’il serait suceptible d’acquérir. L’objectif étant d’améliorer son maillage régional.
Pour 2012, Keolis reste sur des perspectives positives, avec comme objectif 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L’année sera un peu plus défensive avec le renouvellement de gros réseaux comme Rennes, Tours ou Angers. L’offensive sera aussi au goût du jour avec Grenoble, Amiens et Nice. Keolis mise également sur des acquisitions. À l’international, l’opérateur compte se renforcer dans ses places fortes telles que l’Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne, sans oublier de répondre à des appels d’offres en Asie. “Dans cette partie du monde, nous nous positionnerons sur les modes lourds. Nous avons notamment une bonne expertise en matière de gestion de métro automatique”, rappelle Michel Bleitrach. Ce dernier reste également en veille sur le terrain des liaisons interrégionales par autocars. “Il faut espérer que le projet ne sera pas enterré. C’est un sujet que nous étudions de près et sur lequel nous ne manquerons pas de nous positionner le jour où cela sera possible. Nous souhaiterions même être en mesure d’exploiter des lignes en risque et péril. Nous avons identifié certaines liaisons où cela serait pertinent”, conclut Michel Bleitrach.
