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“Nous avons donné la priorité aux modes alternatifs”

Interview Thierry Mariani, ministre des Transports, dresse pour Bus & Car le bilan de l’action gouvernementale en matière de mobilité durable sur les cinq années écoulées. Entre chemin parcouru et voie à suivre pour l’avenir.

Quelles ont été les grandes réformes menées en matière de transports au cours du quinquennat qui vient de s’écouler, et en particulier depuis votre nomination en novembre 2010?

→ Au cours du dernier quinquennat, nous avons voulu, tout en améliorant la qualité des réseaux existants, donner la priorité aux modes de transport alternatifs à la route. 1 000 kilomètres de voies ferrées par an ont ainsi été rénovées depuis 2008 et nous avons lancé la construction de 800 kilomètres de voies TGV, l’objectif fixé dans le cadre du Schéma national des infrastructures de transport (Snit) étant la construction de 2 000 kilomètres de voies à grande vitesse d’ici à 2020. Par ailleurs, l’entrée en vigueur de la loi du 9 novembre 2011 portant sur la réforme des retraites a engendré une modification des variables du régime particulier de congé de fin d’activité des conducteurs routiers. Dès mon entrée en fonction, je me suis attaché à étudier ce dossier avec les partenaires sociaux. Je sais combien la conclusion du 30 mai 2011 qui reporte de deux ans l’entrée dans ce régime a représenté, pour les organisations syndicales signataires, un engagement courageux. Ce volet de la réforme des retraites constitue une réelle avancée dont nous pouvons collectivement nous féliciter. Il permet en effet de financer le maintien dans ce régime des bénéficiaires actuels.

La mise en place du service minimum dans les transports terrestres réguliers de voyageurs depuis 2007 a déjà porté ses fruits. Ce qui guide l’action du président de la République et du gouvernement, c’est bien d’offrir aux voyageurs la meilleure qualité de service possible, en toutes circonstances. C’est pourquoi nous avons également encouragé l’adaptation de ce principe au secteur aérien, en soutenant la proposition de loi du député Éric Diard, relative à l’organisation du service et à l’information des passagers. Elle vient d’ailleurs d’être votée par le Parlement.

En matière de transport fluvial enfin, un plan de rénovation des voies navigables a été défini et les offres pour la réalisation du Canal Seine-Nord-Europe seront remi­ses prochainement, pour un investissement d’environ 4 milliards d’euros. Je n’oublie pas non plus la réforme des ports de métropole qui s’est achevée en 2011 et qui va désormais se poursuivre pour les ports d’outre-mer. Cette réforme va enfin relancer l’attractivité de la place portuaire française au niveau européen et mondial.

Quel bilan tirez-vous des objectifs du Grenelle en matière de transports?

→ Le Grenelle de l’environnement a fixé des objectifs ambitieux de développement durable à la politique des transports de voyageurs et de marchandises. Les efforts entrepris pour leur mise en œuvre ont déjà permis d’enregistrer des résultats positifs en termes de planification, de développement et de réduction des émissions de gaz à effet de serre, grâce à la mobilisation concertée de tous les acteurs du secteur. De très nombreuses réalisations sont déjà mises en œuvre ou sur le point de l’être. Certaines sont déjà emblématiques de la marque du Grenelle. Je pense notamment au développement des transports collectifs urbains avec plus de 1 000 kilomètres de lignes nouvelles qui seront en travaux d’ici à 2013, hors Île-de-France, mais aussi au succès grandissant de l’autoroute de la mer entre Nantes et Dijon inaugurée en septembre 2010 et à l’accroissement des fréquences des services des autoroutes ferroviaires. Par ailleurs, l’extension de la charte nationale d’engagements volontaires CO2 les transporteurs s’engagent, qui connaît un nombre toujours croissant de signataires parmi les entreprises de transport routier de marchandises depuis décembre 2008, a été étendue, en septembre 2011, au transport routier de voyageurs.

Quel est le rôle de l’État dans la démarche d’ouverture à la concurrence du secteur ferroviaire?

→ Le rôle de l’État est central dans l’ouverture à la concurrence. Notre première action se situe au niveau européen. La Commission européenne prépare le “quatrième paquet ferroviaire” qui devrait mettre en place l’attribution des marchés conventionnés par appels d’offres. Le rôle de l’État sera primordial en 2013-2014 lors de la négociation des projets de directives. Nous devrons alors avoir un “modèle français” à proposer, mais aussi des arguments pour convaincre nos partenaires.

En parallèle, l’État devra organiser le marché national. Concrètement, c’est le Parlement qui sera au cœur de cette démarche, sur la base d’un projet du gouvernement. De nombreux outils existent déjà, mais plusieurs questions restent posées. Pour donner un seul exemple, je tiens à ce que les clients puissent acheter un seul billet pour leur trajet, même s’ils doivent prendre plusieurs trains d’opérateurs différents. C’est un enjeu à la fois politique, juridique, technique et financier.

Enfin, l’État interviendra comme autorité organisatrice des trains d’équilibre du territoire, les fameux TET. Sur la recommandation du rapport du sénateur Grignon, nous envisageons d’ailleurs de commencer l’ouverture à la concurrence par une expérimentation sur certaines de ces lignes.

Vous le voyez, nous avançons avec prudence, mais je suis convaincu que la concurrence apportera une nouvelle dynamique au transport ferroviaire, comme cela est déjà le cas pour les passagers internationaux avec la compagnie privée Thello sur la ligne Paris-Venise.

Quelle est votre vision du transport en commun de demain?

→ De nombreuses collectivités et entreprises ont déjà mis en place des solutions innovantes afin d’accompagner les évolutions de la société, dans un contexte d’exigences environnementales croissantes et de nécessité de répondre aux besoins de déplacements de nos concitoyens. Je pense aux dessertes urbaines, aux navettes de centre-ville, au transport de personnes à mobilité réduite ou encore au covoiturage.

L’avenir c’est également le développement de l’offre de transports collectifs en site propre appelé à se poursuivre à travers la réalisation du programme d’investissement prévu par le Grenelle. Hors Île-de-France, au terme de deux appels à projets, l’État s’est engagé à hauteur de 1,3 milliard d’euros en faveur des transports collectifs durables et performants. L’objectif du Grenelle, qui visait à engager 2,5 milliards d’euros entre 2009 et 2020, est donc largement tenu. Plus de 1 000 kilomètres de lignes seront également construits ou mis en chantier d’ici à la fin de l’année 2013 alors que le Grenelle prévoyait la création de 1 500 kilomètres de lignes en quinze ans. En Île-de-France, dans le cadre du Grand Paris, l’État et la Région se sont mis d’accord en janvier 2011 sur un important programme d’infrastructures qui seront réalisées d’ici à 2025. Il s’agit de la rocade par métro automatique du Grand Paris Express, d’un montant évalué à 20,5 milliards d’euros, mais aussi de l’amélioration et de l’extension du réseau existant pour un montant de 12 milliards d’euros, dont l’engagement des schémas directeurs des RER C et D et le prolongement du RER E à l’ouest.

En septembre dernier, vous annonciez l’ouverture en France de près de 230 nouvelles dessertes interrégionales de transport routier de voyageurs. En quoi cette ouverture modifie-t-elle le réseau de transport et ne vient-elle pas concurrencer le réseau ferroviaire?

→ Le gouvernement est particulièrement attaché au développement du transport par autocars qui n’est pas utilisé à son plein potentiel afin d’offrir à un nombre croissant d’usagers la possibilité de voyager à des conditions tarifaires abordables. Il s’agit de desserrer progressivement les contraintes pour les opérateurs qui souhaitent assurer des dessertes intérieures. Comme vous le rappelez, il est possible, depuis septembre 2011, de réaliser des dessertes intérieures routières entre près de 70 grandes villes françaises, dans le cadre d’un service international.

Bien entendu, le développement de cette offre de services routiers doit se faire de manière complémentaire au mode ferroviaire. L’objectif n’est pas de mettre en concurrence les modes de transport mais bien de diversifier l’offre de transport au bénéfice des usagers et de répondre aux besoins de mobilité de nos concitoyens. C’est la raison pour laquelle la mise en place d’un nouveau service routier doit être encadrée. Celle-ci est subordonnée à une autorisation préalable de l’État qui peut la refuser s’il y a un risque pour l’équilibre économique des contrats de service dans le cadre desquels sont exploités les TET et les TER. Par ailleurs, l’objet principal de ces lignes routières doit rester le transport international de voyageurs entre des États membres de l’Union européenne. Enfin, les collectivités territoriales concernées seront consultées sur la mise en place d’une nouvelle desserte préalablement à toute décision.

Bio express

Né le 8 août 1958 à Orange

Diplômé de l’Institut d’études des relations internationales de Paris

Fonctions électives

Depuis 1993

Député du Vaucluse

De 1992 à 1993 et depuis 2004

Conseiller régional de Provence-Alpes-Côtes d’Azur

De 1989 à 2005

Maire de Valréas

De 1988 à 2001

Conseiller général du Vaucluse

De 1992 à 2001

Vice-président du conseil général du Vaucluse

Fonctions ministérielles

Depuis juin 2011

Ministre auprès du ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, chargé des Transports

De novembre 2010 à juin 2011

Secrétaire d’État auprès de la ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, chargé des Transports

Fonctions politiques

Depuis 2004

Secrétaire national de l’UMP chargé des Français de l’étranger et des relations internationales avec les partis et mouvements politiques

Depuis 2010

Président du groupe UMP-Nouveau Centre et apparentés au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur

Autres fonctions

De juillet 2009 à janvier 2010

Représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan

Depuis 1995

Président des Chorégies d’Orange, festival d’art lyrique, opéra, concert symphonique

Dates-clés

26/01/2012

Lancement du Plan national vélo.

Objectif: augmenter de 12 % l’usage du vélo d’ici à 2020.

02/01/2012

Relance du projet de liaison directe entre Paris et Roissy-Charles-de-Gaulle.

Objectif: expertiser les schémas envisageables d’un point de vue technique, juridique et financier. Le préfet de la région Île-de-France doit remettre ses propositions au printemps prochain.

15 /12/2011

Clôture des Assises du ferroviaire lancées en décembre 2011 dont l’objectif était de plancher sur l’avenir du modèle de la filière française.

25/10/2011

Publication du décret d’application concernant le taux d’émission de CO2 de chaque prestation de transport prévue par la loi Grenelle 2. À la clé: une mise en œuvre effective au second semestre 2013.

12/09/2011

Feu vert pour 230 nouvelles dessertes interrégionales de transport de voyageurs. Un même autocar pourra desservir des étapes en région tout en transportant des voyageurs hors des frontières de l’Hexagone.

05/09/2011

Publication du guide des bonnes pratiques pour la sécurité dans les transports scolaires.

23/06/2011

Signature d’un partenariat public privé en faveur de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux. L’État pose 1,5 milliard d’euros sur la table.

08/03/2011

Lancement du plan de sécurisation des voies ferrées pour prévenir les vols de câbles portant sur un montant de 40 millions d’euros sur dix-huit mois.

07/02/2011

Signature du protocole d’étape pour la réalisation du contournement ferroviaire de Nîmes et de Montpellier.

Objectif: désaturer la ligne Paris-Montpellier avec une nouvelle ligne de 80 km dont le coût est évalué à 1,62 milliard d’euros.

01/02/2011

Lancement de la consultation de l’avant-projet du Schéma national d’infrastructures de transport (Snit) qui entend favoriser les alternatives à la route (ferroviaire, fluvial, TCSP, maritime) pour les prochaines décennies.

10/01/20011

Lancement de dix mesures pour améliorer l’organisation des transports terrestres suite aux intempéries de décembre 2010.

13/12/2010

Signature de la convention pour "les trains d’équilibre du territoire".

Objectif: "pérenniser les lignes existantes, stabiliser leurs dessertes et améliorer la qualité de service". À la clé: un financement de 210 millions d’euros annuels pendant trois ans.

15/11/2010

Passation de pouvoirs entre Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet au ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement. Thierry Mariani hérite du poste de secrétaire d’État chargé des Transports.

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