Bacqueyrisses L’autocar a son homme-orchestre. Jean Bacqueyrisses, président du groupe éponyme, n’est pas seulement un des plus actifs concessionnaires d’Irisbus. Il est aussi le distributeur exclusif des produits Hispacold dans l’Hexagone, mais également le développeur et l’importateur de minicars en provenance d’Inde et de Slovaquie.
LE GROUPE Bacqueyrisses, c’est avant tout une histoire humaine, commencée il y a plus de quatre-vingt-cinq ans. Et ce genre d’aventure ne manque pas d’anecdotes. La dernière en date présente assez bien le président actuel et symbolise presque sa manière de travailler. À l’occasion de ce reportage, c’est un Jean Bacqueyrisses claudiquant qui s’est présenté. La raison de ce léger handicap vient d’une pulsion enfantine. “En allant faire une course, j’ai voulu sauter par-dessus un bac de fleurs, comme je le faisais enfant. Mais j’ai mal estimé la distance et me suis tordu la cheville sur le rebord à la réception!”, concède Jean Bacqueyrisses. L’homme est ainsi fait. Plein de fougue et d’impulsivité, il n’hésite pas à se lancer, quand bien même la réception comporte son lot de risques.
Lorsqu’on parle de la PME bordelaise, plus précisément installée à Bruges, on pense à ses liens étroits avec Irisbus. Bacqueyrisses est un des plus importants concessionnaires du Dauphin, un constructeur qu’il a accompagné fidèlement dans toutes ses évolutions. “Depuis la création de l’entreprise par mon grand-père nous sommes toujours restés fidèles à nos partenaires industriels. Les changements d’enseignes sont dus à l’histoire des constructeurs et aux différentes évolutions d’actionnariat. Qu’importe la marque, on nous renouvelle toujours notre confiance. Je pense que c’est le signe que nous avons réalisé un bon travail. Et c’est un encouragement à continuer dans le sens de la fidélité”, assure Jean Bacqueyrisses. Ainsi, le concessionnaire est un des dépositaires de la mémoire de marques telles que Chausson, Saviem et Renault VI, pour sa partie autocar. Un devoir de souvenir qui s’exprime encore dans le stock de pièces détachées, qui compte des éléments de ces différentes marques. Sous le drapeau du Dauphin, Bacqueyrisses assure diverses activités. Il gère notamment la vente d’autocars neufs sur un secteur qui couvre l’Aquitaine, le Limousin, le Poitou-Charentes et la Vendée. “Ce marché, dont le potentiel oscille entre 200 et 250 immatriculations par an, ne prend pas en compte les ventes réalisées au sein des groupes de transports qui son généralement gérées en direct par les constructeurs. Nous réalisons généralement 45 % de ce volume. En revanche, le marché du véhicule d’occasion est bien plus confidentiel et tendu depuis quelques années”, explique Pierre-Marie Gaillon, directeur général de Bacqueyrisses SA. Le Bordelais se concentre uniquement sur la vente des autocars. Les autobus n’entrent pas dans ses attributions. “Mais nous profitons tout de même des ventes réalisées dans notre secteur par les équipes d’Irisbus et d’Heuliez Bus. Nous gérons notamment ce qui est relatif à l’après-vente ou encore différents types d’interventions sur les véhicules. Tous les ans, nous comptons une moyenne de 150 véhicules sous garantie pour les deux marques”, note Pierre-Marie Gaillon. Pour cette activité de réparation et de maintenance, Bacqueyrisses ne s’appuie pas uniquement sur son principal site de Bruges. Il a également des installations à Pau, à Rochefort et, plus récemment, il a racheté le garage du Bois Vert, près de Toulouse pour signer son entrée en Midi-Pyrénées, sur le plan du SAV dans un premier temps. “Les sites de Pau et de Rochefort sont des satellites de plus petite envergure qui nous permettent d’être plus proches de nos clients. À Rochefort notamment nous avons répondu à une attente de Veolia Transdev. En revanche, Toulouse va à terme offrir toute l’étendue des services que nous proposons à Bruges. Même si nous avons multiplié les acquisitions ou créations de sites depuis 2009, l’objectif n’est pas de croître pour croître. Cela pose notamment des problèmes en matière de recrutement, car nous ne voulons pas diluer notre savoir-faire dans une multiplication des sites”, souligne Jean Bacqueyrisses. Pour maintenir son niveau de qualité reconnu par Irisbus et plébiscité par ses clients, le concessionnaire mise pleinement sur la formation. “Ce budget représente 4 % de notre masse salariale. Nous sommes bien au-dessus des obligations légales, mais cela nous semble indispensable d’autant plus que le métier se complexifie considérablement”, précise Jean Bacqueyrisses.
Mais le développement de Bacqueyrisses ne passe pas uniquement par l’augmentation de sa zone d’action. Le concessionnaire travaille avec les réseaux de transport publics, même en dehors de la sphère autocar et autobus. Ainsi, il a dimensionné son atelier de sellerie pour répondre aux demandes les plus exigeantes. Il réalise notamment pour les TBC (réseau de Bordeaux) l’habillage des sièges du tramway. “Nous avons investi tant sur le plan humain que matériel pour être en mesure d’offrir à nos clients un service rapide et de qualité et de répondre à presque toutes les demandes”, promet Jean Bacqueyrisses. Depuis 1995, Bacqueyrisses SA a également créé Hispacold France. Mais, là encore, le Bordelais ne se contente pas de commercialiser les produits du spécialiste ibérique de la climatisation. Dans ce domaine, Bacqueyrisses se mue en développeur de solutions innovantes et a déposé plusieurs brevets. Il propose notamment d’affranchir certains modèles Irisbus, tel le Crossway et l’Evadys de la climatisation sur le toit. “Nous avons développé un système intégré qui présente divers avantages. La maintenance est facilitée, le véhicule est moins haut, la diffusion de l’air est améliorée… Ce montage peut être fait en usine sur les Recreo et Crossway. Ce n’est pas encore le cas des Evadys qui passent par nos ateliers”, raconte Pierre-Marie Gaillon. Hispacold France a également breveté le système ECG, un concept de régulation intelligente de la climatisation qui évite qu’elle puise trop sur la puissance moteur. “Cela permet, sans perdre en efficacité, de monter des moteurs moins puissants et d’économiser du carburant”, se réjouit Jean Bacqueyrisses. Il propose également un système de simulation de comportement de la climatisation. “Un concept pour tester l’équipement en amont de la saison estivale et procéder aux interventions éventuellement nécessaires. C’est un outil efficace pour gérer au mieux sa maintenance”, indique Pierre-Marie Gaillon.
Qu’est ce qui fait encore courir ce touche-à-tout? Jean Bacqueyrisses assure que c’est la passion, bien plus que l’appât du gain. En 2011, Bacqueyrisses SA a réalisé un peu plus de 19 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’activité d’Hispacold France génère chaque année entre deux et trois millions d’euros. “Dans notre métier, les marges sont réduites. Nous ne distribuons pas de dividendes. Les gains sont réinvestis dans la recherche et développement, dans la formation, dans la mise en place de nouveaux projets. Nous avons des brevets et des innovations qui n’attendent que le bon moment pour être lancés”, concède le président. Et toutes les initiatives ne sont pas systématiquement couronnées de succès immédiats. En 2010, à l’occasion du salon Autocar Expo, Bacqueyrisses avait présenté le Smiley Bus. Un minicar scolaire sur base Iveco Daily, réalisé en partenariat avec un industriel indien. Depuis, seuls deux exemplaires ont été livrés en France et le projet est en stand-by. “Notre partenaire indien ne nous donnait pas satisfaction. Nous sommes en train de revoir les procès. Nous préférons prendre du retard sur le projet afin que la qualité soit au rendez-vous. Il est hors de question que notre offre de mini ne réponde pas aux mêmes standards que les modèles Irisbus que nous vendons”, martèle Jean Bacqueyrisses. Le retour du Smiley Bus au chapitre des immatriculations ne devrait pas intervenir dans l’année 2012. Il devrait cependant faire sa réapparition sous le nouveau nom d’Ecolys au futur salon Autocar Expo de Bordeaux. “C’est l’objectif que l’on vise”, avoue Jean Bacqueyrisses. Mais, dans le mini aussi, l’entrepreneur a plus d’un tour dans son sac. Lors des Rencontres du transport public de Strasbourg en novembre 2011, il avait présenté le First. Ce mini, qui se place sur le créneau de l’urbain et de l’interurbain, est cette fois réalisé en collaboration avec le carrossier slovaque Rosero. “La commercialisation a commencé. Nous finalisons les homologations de nos multiples versions. Nous devrions être en mesure de réaliser les premières livraisons dans l’année 2012”, espère Pierre-Marie Gaillon. Avec sa gamme de mini, Bacqueyrisses ne manque pas d’ambition. Il vise une montée en puissance de plusieurs dizaines de véhicules par an. “Nous allons profiter de notre notoriété commerciale acquise avec la vente des produits Irisbus. Cela nous oblige d’autant plus à être exemplaires sur le plan de la qualité”, conclut Jean Bacqueyrisses.
