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Quand le transport fait campagne

Présidentielle 2012 À moins d’un mois du premier tour, la ligne d’arrivée n’est plus si loin. Bus & Car a passé au crible les propositions des candidats en lice. Programme après programme, sept thèmes ont émergé, témoins que certaines préoccupations des professionnels sont remontées aux oreilles du futur chef de l’État. Dire pour autant que la prochaine mandature sera placée sous le signe du transport n’est cependant qu’un vœu pieux quasi électoraliste…

À DEUX semaines du premier tour des élections présidentielles, les principaux analystes politiques s’ennuieraient presque. Dix candidats en lice, des meetings à foison, des promesses “à chaud” pour gagner quelques pourcentages dans les sondages, mais peu de débats de fond sur les idées, et des programmes encore un peu flous. Si près de l’échéance, l’heure est grave. Si le choix des thèmes est vaste, la finance, la crise et l’économie raflent la mise quelle que soit la tendance politique. Les “classiques” du genre comme l’éducation et la sécurité remportent toujours autant de succès. Au sein de l’arène, le transport a du mal à se frayer un chemin. Zappée par les “petits” candidats comme Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière (LO), Philippe Poutou du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ou Jacques Cheminade du Parti de la solidarité et du progrès, la thématique de la mobilité a davantage inspiré les personnalités rompues aux exercices de style médiatiques. Au fil de leurs programmes, les candidats susceptibles d’atteindre plus de 2 % d’intentions de vote se rejoignent sur sept sujets: la gouvernance, la fiscalité, le ferroviaire, les infrastructures, la multimodalité, la tarification et le Grand Paris.

Un ordre de bataille relatif

Préoccupation de la vie quotidienne de tous les électeurs ou presque, le transport de voyageurs semble, au même titre que le logement, un sujet facilement déclinable sur le champ de l’aménagement du territoire, le développement durable ou l’urbanisme. Aussi aventureux soit-il, le risque d’éparpillement existe. D’où l’intérêt pour les partis engagés dans la course à structurer leurs “états majors” en amont. Et c’est bien là le premier écueil de cette campagne 2012. Si le Parti socialiste (PS) semblait bien engagé en présentant début janvier les premières lignes d’un programme dont Roland Ries, expert ès transport, avait assuré l’explication de texte un mois plus tard, la constitution de l’équipe de campagne a connu quelques rebondissements dont le dernier remonte à la mi-mars lorsque Patrick Vieu, ex-directeur des services de transport au ministère de l’Écologie, annonçait avoir rejoint le clan de François Hollande, suivit de près par Jean-Marc Janaillac, président du directoire de RATP Dev. “Notre commission compte une quarantaine de personnalités issues du monde du transport ou membres d’entreprises comme la SNCF”, assure Laurent Kestel, chargé de la communication et des questions liées aux réseaux urbains de la cellule de François Hollande. À l’UMP, la principale difficulté réside dans la double casquette de son chef de file qui doit défendre son bilan tout en garantissant un “service après-vente” pour les cinq prochaines années. Si Nathalie Kosciusko-Morizet, rapatriée du ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement fin février, a rapidement endossé le rôle de porte-parole, l’identité de l’expert transport reste encore inconnue à ce jour, même si le nom d’Hervé Mariton a un moment circulé sur toutes les lèvres. Quant à la publication du programme officiel, il était théoriquement prévu mi-mars… Côté Europe-Écologie-Les Verts (EELV), c’est Pierre Serne, actuel vice-président Transport du conseil régional, élu vice-président du Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), qui est monté au front, tandis que Françoise Le Néouannic a rempli la même fonction auprès de Jean-Luc Mélenchon concourant pour le Front de Gauche (FG). Enfin, côté Modem, c’est Daniel Garrigue, ex-UMP et député de la Dordogne, qui s’est rallié à François Bayrou.

Une campagne de l’ombre

En coulisses, la “machine” politique met également en présence toute une ribambelle d’acteurs issus du sérail du transport: groupes de pression, lobbies ou think tank. Depuis des mois, les candidats sont interpellés sur des sujets d’actualité, soumis à des questionnaires, priés de prendre position. L’idée est de “promotionner” le transport à tout prix. “La présence du transport est encore insuffisante dans cette campagne, car les candidats peuvent se retrancher derrière les responsables locaux et régionaux qui en assurent la compétence sur le terrain”, précise Philippe Segretain, corédacteur du rapport Pour une mobilité durable, publié par Terra Nova en septembre 2011. Pour attirer l’attention des candidats sur ce sujet, toutes les bonnes volontés sont mises à contribution, anciens ministres, comme Dominique Bussereau, actuellement président du conseil général de la Charente-Maritime, pour l’UMP, mais aussi chefs d’entreprises, comme Guillaume Pepy, président du groupe SNCF, Pierre Mongin, président du groupe RATP, Jérôme Gallot, président de Veolia-Transdev, ou Michel Bleitrach, président de Keolis qui martèlent les enjeux auxquels ils sont confrontés sans pour autant prendre officiellement parti. “De deux choses l’une, ou le groupe SNCF peut continuer de fonder sa légitimité, sa compétence et sa différenciation compétitive sur une maîtrise préservée du système ferroviaire et un rôle de « pivot » d’un chemin de fer français ouvert à la concurrence, et il réussira sa mue opérationnelle et stratégique, ou cette fonction lui est délibérément déniée”, assurait Guillaume Pepy en mars dernier. Doit-on y voir un appel du pied sur le thème de la concurrence? Autre acteur, autre cause: “Notre ambition en tant qu’opérateur de transport est de travailler à ce que la ville de demain s’organise davantage autour de l’écomobilité […]. Ainsi, avec le transport à la demande, l’automobile partagée ou le vélo, nous œuvrons pour de nouveaux équilibres territoriaux”, militait Jérôme Gallot, toujours en mars dernier.

Un grand absent, le périurbain

Si les forces vives du secteur sont mobilisées pour défendre le transport dans la sphère politicienne, il apparaît néanmoins en véritable décalage avec les préoccupations des usagers qui se rendront aux urnes d’ici quelques semaines. “S’il fut un temps où la sphère politique accordait davantage de place au transport du fait de l’initiation de grands projets, c’est l’exploitation qui est aujourd’hui au centre des préoccupations des électeurs”, estime Philippe Segretain. Si un fossé s’est insidieusement creusé entre les deux sphères, cette campagne semble avoir fait l’impasse sur un sujet qui alimente le succès de nombreux colloques mais dont ni la portée, ni l’impact ne semblent avoir été considérés par les candidats. “Le transport périurbain, qui reste un point aveugle”, précise Philippe Segretain.

Notre sondage de référence

Dans la présentation des programmes, nous nous sommes attachés à respecter l’ordre des “pronostics” d’intentions de vote du premier tour du sondage Ipsos daté du 27/03/2012, qui faisait état de:

François Hollande 28 %

Nicolas Sarkozy 27,5 %

Marine Le Pen 16 %

Jean-Luc Mélenchon 13 %

François Bayrou 11,5 %

Eva Joly 2 %

Nicolas Dupont-Aignan 1 %

Nathalie Arthaud 0,5 %

Philippe Poutou 0,5 %

Jacques Cheminade 0,5 %

Quid du prochain ministre des Transports?

À l’issue du second tour du scrutin, le nouveau président de la République, quelle que soit sa tendance, planchera sur la constitution de son gouvernement. Peut-on imaginer un duel Thierry Mariani/Hervé Mariton si Nicolas Sarkozy passe la ligne d’arrivée? Roland Ries, qui a déjà éludé la question lors de son “investiture” comme tête de liste transport de François Hollande, hériterait-il malgré tout de ce poste? Pierre Serne et Françoise Le Néouannic, concourant respectivement pour les écologistes et le Front de Gauche, en ont-ils la “carrure”? Franck Briffaut, conseiller de Marine Le Pen, reprendra-t-il la flamme? Enfin, le soutien de Daniel Garrigue apporté à François Bayrou s’inscrit-il dans cette optique? Un professionnel du secteur peut-il avoir sa chance? Les paris sont ouverts, et tout dépendra aussi des futurs jeux d’alliance du second tour…

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Auteur

  • Diane-Isabelle Lautrédou
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