Inauguration Le 21 mars 2012, le rideau s’est levé sur une gare Saint-Lazare pimpante.
Aérée, lumineuse et fonctionnelle, cette vitrine du concept de "gare au cœur de la ville" entend marquer son époque. Assumant son statut de machine commerciale, cette nouvelle plate-forme multiservice permet à la SNCF de rentabiliser son patrimoine.
SOUS la verrière de la nouvelle gare Saint-Lazare, un espace de 10 000 m2 conçu comme un pôle d’échanges et de services de trois niveaux où se mêlent des accès et des cheminements simplifiés, une signalétique améliorée avec 300 panneaux d’affichage, un laboratoire d’analyses médicales mais aussi 80 boutiques, dont 13 points de restauration. Avec un mouvement de train toutes les 28 secondes, la principale problématique de ce chantier était de rénover un bâtiment datant du XIXe siècle et inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, sans perturber la vie quotidienne des 450 000 usagers qui y transitent chaque jour. Un challenge d’autant plus ambitieux que son dernier lifting datait des années 1930.
Les usagers n’y ont vu que du feu. Sans le savoir, ils sont passés et repassés au-dessus d’un vide d’environ 15 mètres pendant presque trois ans. Incognito, un hélicoptère a même survolé le toit de la gare pendant qu’ils rejoignaient les bouches de métro. Enfin, ils ont cohabité avec près de 70 000 m2 de déblais évacués par une voie intérieure où circulaient également des engins de livraison. Sans se poser de questions, les voyageurs étaient dirigés, au niveau des quais, vers trois tunnels surplombant les travaux vers l’extérieur de la gare. En coulisses, tout a été passé au peigne fin: la salle des pas perdus a été entièrement transformée, le Monument aux morts déplacé, les verrières complètement restaurées. Sans oublier les points d’accueil revisités et les panneaux d’affichage où les gares sont désormais classées par ordre alphabétique, etc. “Nous n’avons pas souhaité accabler les usagers avec des signes cabalistiques et avons privilégié un affichage intuitif”, confie Guillaume Pepy, président de la SNCF. En terme de design, les matériaux ont été sélectionnés pour mettre les usagers en scène puisque les sols clairs éclairent leurs visages tandis qu’un camaïeu de gris des parois mates ou brillantes laisse jouer la couleur de leurs vêtements. “Nous avons également pensé à créer une douceur acoustique par la mise en place de coussins absorbant les sons sur les plafonds”, explique Jean-Marie Duthilleul, cofondateur du bureau d’études Arep.
À deux pas des Grands Magasins du boulevard Haussmann, les commerces de la gare, ouverts depuis début avril, renforcent le poids économique de la galerie commerciale du passage du Havre située face à la gare et donc du pôle économique du VIIIe arrondissement de Paris, déjà dynamisé par la présence d’enseignes comme les Galeries Lafayette, le Printemps ou la Fnac qui ont respectivement généré 1,2, 1 et 4,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2011. À lui seul, le centre commercial de la gare devrait atteindre un chiffre d’affaires annuel de 100 millions d’euros. Côté investissements, la rénovation de ce terminal aura coûté 250 millions d’euros. “Sans un partenariat public privé rien n’aurait été possible puisque nous tablons sur un budget annuel de 170 millions d’euros pour les 3 000 gares que nous gérons”, assure Guillaume Pepy. Pour le montage financier, le groupe s’est donc associé pour quarante ans à la société d’investissement immobilier Klépierre. Elle a engagé 160 millions d’euros qu’elle amortira en sous-concédant ses espaces aux enseignes, et en se rémunérant avec des loyers représentant 10 % à 15 % des chiffres d’affaires de ses locataires dont elle reversera une partie à la SNCF. Un partenariat qui a également impacté les statuts juridiques de la gare avec le quai transversal, les zones de transit, les circulations vers le métro sous la juridiction de Gares & Connexions et la ville, ainsi que l’espace commercial sous la tutelle de Klépierre.
Illustrant le concept de “gare au cœur de la ville”, le nouveau pôle Saint-Lazare n’est qu’une première étape dans la stratégie d’optimisation des points de transit de la SNCF. À un rythme de 80 opérations significatives chaque année, sa branche armée Gares & Connexions compte investir deux milliards d’euros à horizon 2020. À Paris, la gare d’Austerlitz figure en bonne position des prochains chantiers puisqu’il s’agira de faire sortir de terre un quartier de 100 000 m2 composés de logements, d’équipements collectifs et de commerces. L’appel d’offres destiné à trouver un partenaire sera lancé l’an prochain, mais les travaux démarreront dès cette année. À quelques stations de métro de là, Montparnasse vient de franchir la seconde étape, tandis que la gare de Lyon prépare l’arrivée de 50 commerces d’ici à 2020.
En province, la gare historique de Bordeaux, qui doit redoubler d’imagination pour accueillir le surcroît de voyageurs lié au prolongement du TGV, est déjà rénovée tandis qu’une autre façade de la gare verra le jour en 2017 et sera accompagnée d’un espace de 15 000 m2 avec 5 000 m2 de services urbains. Enfin, Nice et Cannes ne seront pas oubliées avec, pour l’une, du logement, du commerce et l’aménagement de l’accès tramway et, pour l’autre, un hôtel, un bâtiment multiservice avec crèches et restauration. Un programme prévu d’ici 2014-2015.
En marge de l’inauguration, la CGT Cheminots a pris le soin de déposer ses tracts dans chacun des trains au départ de la gare. "Une nouvelle gare, c’est bien. Des transports quotidiens de qualité pour tous, c’est mieux!", titraient les tracts. Pointant la stratégie de développement du groupe, c’est l’action du dirigeant qui est mise en cause. "Lors de sa prise de fonction, Guillaume Pepy avait déclaré qu’il serait le président des trains de la vie quotidienne. Cinq ans plus tard, son bilan est plus que médiocre." Une manière de rappeler que le pdg entame sa dernière année de mandature.
