Maroc En service depuis bientôt un an mais officiellement inauguré le 12 décembre dernier
DANS la première partie du XXe siècle, au moment du protectorat français, une première tentative de tramway avait déjà vu le jour avec un véhicule hybride, à traction vapeur et essence. Initiée en 1910, son exploitation avait totalement disparu vingt ans après. Le nouveau système mis en place le 23 mai 2011 dans la capitale marocaine et sa banlieue a sans doute plus d’avenir puisqu’il touche un population de 2,5 millions d’habitants. Il s’agit d’une réalisation de l’Agence de l’aménagement de la vallée du Bouregreg, une structure publique née de la volonté royale, qui elle-même a créé la Société du tramway de Rabat-Salé (STRS). Cette dernière a confié l’exploitation et la maintenance du réseau à Veolia Transdev pour six ans, qui signe ainsi sa première aventure en Afrique du Nord.
Les raisons de ce lent démarrage sont d’origine diverses. Il y a d’abord la concurrence féroce et persistante des taxis vis-à-vis des autres transports en commun, que ce soit avec les autobus du réseau régulier ou avec le tramway. Une concurrence d’autant plus forte que ces taxis ont l’avantage d’intervenir aussi bien dans le transport en commun urbain que dans les relations interurbaines. Une situation dont l’arbitrage relève fondamentalement de décisions politiques. Et on peut considérer qu’elle témoigne du manque de confiance accordé par les autorités politiques à ces nouveaux transports en commun par rapport à des pratiques traditionnelles qui ont sans nul doute laissé des traces dans les relations politiques. L’autre phénomène pénalisant est le manque de complémentarité entre le réseau de tramway et celui des bus existants. Pour des raisons obscures, Veolia Transdev, un temps co-exploitant d’un certain nombre de lignes par autobus, a été contraint de lâcher l’affaire, au profit de deux entreprises locales. Une situation qui gêne la mise en place d’une politique globale des transports, avec la mise en correspondance des lignes de bus et de tramways, ou la mise en place d’une tarification commune… Résultat, les 180 000 usagers par jour qui étaient l’objectif affiché de l’Agence de l’aménagement de la vallée du Bouregreg sont loin d’être atteints. Avec la mise en place d’innovations tarifaires ciblées, d’offres entreprises pour les hôpitaux ou les usines, d’adaptation de tarifs à la baisse et de nouveaux abonnements, Veolia Transdev a tout de même réussi à élever le niveau du trafic, passant de 14 000 usagers par jour en juin dernier à 50 000 en fin d’année dernière.
Ce nouveau mode de transport est en théorie appelé à modifier sensiblement les comportements de la population. L’exploitation des deux lignes de tramways enregistre cependant six ou sept accrochages par mois, et le réseau a déjà déploré son premier mort. Des situations qui ont conduit Veolia Transdev à déployer une brigade de surveillance de certains points sensibles, avec l’installation d’un membre du personnel équipé d’un “gilet jaune” sur les carrefours à risques. Dans ces conditions, les perspectives de prolongement de deux kilomètres de la ligne 1 vers Temara ou celles concernant l’est de la capitale marocaine avec une ligne 3 de Akkrach vers la gare de Rabat-Ville, puis une ligne 4 de Sala El Jadida vers la médina de Rabat pourraient apporter un supplément de service, histoire de renforcer l’attractivité du réseau de tramway de Rabat. Le prolongement de ces lignes reste programmé pour cette année.
Bus & Car no 893
C’est le logiciel Carl Source Transport qui a été choisi par l’opérateur et exploitant Veolia Transdev pour assurer la maintenance des installations fixes et du matériel roulant du tramway de Rabat. Un choix qui conforte l’expertise de la société lyonnaise Carl Software dans le domaine des transports publics, puisqu’elle équipe déjà de nombreux tramways et métros dans le monde: New York, Séoul, Turin… Sans compter les tramways de Clermont-Ferrand, Grenoble, Madrid, Marseille, Mulhouse, Nantes, Ténérife… Carl Software, partenaire de longue date de Veolia Transdev, a été retenu à Rabat pour son expertise dans le secteur des transports, un préalable qui s’est avéré déterminant pour ce projet mené en un temps record. Choisi en avril 2011, le système a été en ordre de marche dès le mois de juillet suivant. Depuis, une vingtaine de collaborateurs s’appuient sur Carl Software pour gérer la maintenance préventive et curative, les contrats de sous-traitance et les stocks de matériel du tramway de Rabat. Le logiciel retenu a été configuré pour optimiser la sécurité sur le matériel roulant. Deux plans préventifs ont ainsi été créés pour chaque rame afin de prendre en compte le caractère lié à la sécurité des autres: améliorer la gestion du matériel avec la création de plans préventifs à réception des matériels, suivre, au fil de l’eau, l’état du parc, avec la vision immédiate et continue du nombre de rames disponibles, assurer la communication avec le Poste central de commandement (Pcc) et l’équipe de maintenance. Lors d’un événement en ligne indiqué par le conducteur, le Pcc renseigne immédiatement le système qui achemine l’information vers le service de maintenance concerné par la nature de l’événement. Pour Transdev, Carl Source Transport est l’outil stratégique pour garantir la bonne réalisation de sa mission auprès de son client marocain, la STRS. Cet outil permet à l’exploitant de justifier la nature des interventions ainsi que le temps passé en maintenance. Il contrôle aussi les sorties des pièces, des lots de consignations, la qualité de la gestion du parc de rames et des infrastructures. Enfin, l’exploitant a prévu d’utiliser ce logiciel afin de calculer le taux des pannes tous les 10 000 kilomètres et de détailler finement la nature de ces pannes et leurs conséquences. Il prend aussi en compte le nombre de relèves en ligne, les remorquages, les poussages, la fréquence de parcours “haut le pied”…
