Formation 3 000 conducteurs de bus seront recrutés d’ici à trois ans. L’occasion pour la RATP d’ouvrir les portes de son centre de formation de machinistes receveurs. Une première. Rencontre en coulisses avec les formateurs de ces jeunes en quête d’un métier d’avenir, au cœur d’un lieu d’apprentissage unique en France.
UNE GRANDE piste entourée de grilles et de bâtiments. Au centre, des quilles jaunes et blanches en guise de slalom pour les futurs conducteurs de la RATP. Nous sommes sur le site de Croizat, le centre de formation des conducteurs de bus de la RATP, en Seine-Saint-Denis. Le 6 avril, il ouvrait ses portes au public pour la première fois. À cette occasion, la RATP a vu les choses en grand. Visite des locaux et explication du cursus, rencontre avec des jeunes en formation, initiation à la conduite d’un bus et participation à la cérémonie de remise des diplômes des anciens élèves.
Des “portes ouvertes” organisées en l’honneur du recrutement exceptionnel de 3 000 conducteurs de bus sur trois ans. Parmi eux, 300 seront expérimentés. Cet appel à candidatures vise à faire face au développement du tramway prévu fin 2012 (les conducteurs de tramways sont avant tout des conducteurs de bus) et à la mise en place de nouvelles dessertes de bus.
Car la mission du conducteur de bus, ou machiniste receveur, ne s’arrête pas au transport de voyageurs à bord d’un des 4 000 bus gérés par l’entreprise publique. Le conducteur doit aimer communiquer, il est en contact perpétuel avec le client, informe et vend des titres de transports. “Le volet commercial compte pour 50 % du métier”, insiste Pascal Vandembergue, responsable de la formation initiale. Profils recherchés par la RATP? Les titulaires du permis B ou D (transport en commun) de plus de 21 ans. “Aucun diplôme n’est exigé”, souligne un communiqué de la régie.
Mais qui dit candidats non diplômés ne signifie pas pour autant que l’on entre à la RATP comme machiniste conducteur sans aucun filtre. Après une présélection, les candidats retenus suivent une série de tests psychotechniques et moteurs, passent une visite médicale et des entretiens de motivation. “Toutes ces étapes sont éliminatoires”, indique Isabelle Porro, directrice du centre de formation des conducteurs de bus de la RATP. “Ce que nous recherchons, c’est avant tout de la motivation et des compétences transférables”, ajoute-t-elle. En clair, une pratique acquise lors d’expériences professionnelles antérieures et qui peuvent servir le métier. Au final, “seulement un candidat sur dix sera sélectionné”, indique Pascal Vandembergue.
Après l’étape de la sélection, celui de la formation. Le site du Croizat, unique en France, propose plusieurs solutions en fonction du niveau des futurs conducteurs. Ainsi, pour les plus jeunes (à partir de 21 ans), une formation en alternance est possible sur onze mois. Les détenteurs du permis B ont le droit à onze semaines au cours desquelles ils devront obtenir le permis D et la Fimo (Formation initiale minimum obligatoire). Un diplôme européen de conducteur qui s’obtient en quatre semaines. Les plus expérimentés, c’est-à-dire ceux qui possèdent déjà le permis D, suivront, eux, que la Fimo. Anthony, 25 ans, est en formation en alternance depuis cinq mois. En uniforme RATP, il conduit un bus école sous le regard attentif de son formateur, Patrick Guillaume. Pour le jeune homme, la formation en alternance est idéale, car elle permet d’appréhender en douceur la conduite. Seul petit bémol: “Le plus dur dans la formation, c’est d’attendre avant de conduire!”, admet-il, car il faut suivre quatre mois de formation théorique intensive avant la conduite encadrée.
Une sélection de haut vol donc, mais qui ne rebute aucunement les candidats nombreux à se présenter. Car le métier de conducteur présente une kyrielle d’avantages. Et ce n’est pas Abdel, 21 ans, dans la même promotion qu’Anthony, qui dira le contraire. Pour cet ancien étudiant en publicité, le choix de la réorientation s’est fait pour deux raisons: “La stabilité de l’emploi et la bonne image dont bénéficie la RATP”, indique-t-il. Une décision d’autant plus compréhensible quand on sait que les avantages à travailler comme machiniste receveur sont multiples: 13e mois, primes, 1 800 euros brut par mois en début de carrière… En bonus, les plus de 35 ans signent un CDI dès la fin de leur formation, les plus jeunes, eux, ont un contrat de statutaires.
Mais, attention, le métier n’en reste pas moins difficile. Il arrive souvent qu’un conducteur conduise sept heures d’affilée sans pause déjeuner. Il faut également être flexible sur ses horaires. Une journée de travail peut se faire sur une amplitude de 13 heures (avec une coupure entre deux services).
Ces conditions de travail, pas toujours très compatibles avec une vie de famille équilibrée, rendent pour le moment encore la profession encore trop peu féminisée. En effet, seulement 11 % des conducteurs de bus sont des femmes. “Pourtant, nous sommes demandeurs!”, clame Isabelle Porro, la directrice du centre, qui ajoute, histoire de faire mentir la légende, que “les femmes au volant sont parfois de meilleures conductrices que leurs collègues masculins!” Ce manque de mixité était d’ailleurs visible lors de la remise des diplômes le même jour. En effet, sur 23 nouveaux conducteurs, seule une jeune femme était présente: Melissa, 23 ans, anciennement responsable vente dans une boutique. Cette absence féminine n’empêche pourtant pas la jeune conductrice d’être pleinement satisfaite de sa reconversion. Elle n’est d’ailleurs nullement mal à l’aise vis-à-vis de ses collègues masculins: “Être la seule femme, cela ne me dérange absolument pas. Quand on est peu nombreuses, les hommes nous chouchoutent davantage!”, plaisante-t-elle. Et puis, devenir conducteur de bus ne veut pas dire le rester toute sa vie. De nombreuses possibilités d’évolution de poste sont également proposées par la RATP. Dans la formation bien sûr, avec quelques années d’expérience, mais aussi dans la conduite d’autres véhicules, comme les métros, tramway et même RER… ainsi que divers postes au sein des ressources humaines au sein de l’entreprise publique.
Les 22 diplômés de la journée du 6 avril, qui recevaient en même temps que Melissa leur diplôme, ont cependant encore du travail à fournir avant de penser à une éventuelle reconversion. Car il faut auparavant devenir un “pro” de l’autobus. Si le responsable de la formation initiale, Pascal Vandembergue, a tenu à féliciter les nouveaux conducteurs pour les efforts déjà consentis, il a cependant prévenu qu’il ne fallait pas considérer que tout était acquis. “Pour devenir un bon professionnel, il faut trois ans d’expérience, pas moins”, a-t-il mis en garde. Patience donc.
Le 13 avril 2012, la RATP a présenté ses résultats financiers pour 2011. Des chiffres impactant directement sur les salariés qui ont perçu 1 000 euros d’intéressement dès avril. Autres faits marquants de cet exercice: une hausse de la fréquentation francilienne de 52 millions de voyages supplémentaires et une montée en puissance de l’international qui pèse désormais 61 % de l’activité et 13,6 % du chiffre d’affaires (CA) consolidé. Pour l’heure, la filiale RATP Dev "profite" toujours de l’intégration des seize sociétés issues de l’opération Transdev qui ont apporté 253 millions d’euros de CA additionnel dont près de 181 millions d’euros pour le Royaume-Uni. Avec un budget d’investissement de 1,48 milliards d’euros en 2011, les efforts se sont aussi concentrés sur la hausse des capacités et sur la modernisation du matériel. "En six ans, nous avons augmenté la capacité de notre offre de 10% soit 300 millions de places supplémentaires", assure Pierre Mongin, patron de la RATP.
Chiffre d’affaires 4,98 milliards d’euros
Résultat net consolidé 337 millions d’euros
Fréquentation annuelle 3,1 milliards de passager
