Stratégie Un grand de l’industrie ferroviaire vole à la rescousse d’un petit. L‘Espagnol CAF, cinquième groupe ferroviaire mondial, fait renaître CFD Bagnères, entreprise acquise en 2010.
Une nouvelle vie pour l’héritière du constructeur Soulé créé en 1862 à Bagnères-de-Bigorre, qui va construire le futur tram de Besançon et réalise déjà des rames pour Nantes.
LE MARCHÉ tramway des villes moyennes françaises comme plus généralement celui des activités de niches compte beaucoup pour l’industrie ferroviaire. Aussi, le savoir-faire des petites entreprises du secteur, historiquement développé hors des grands groupes, peut être un véritable filon de développement. Indépendants des grands du secteur, ils entrent parfois dans leur giron tout en gardant leurs spécificités. À l’exemple de CFD Bagnères, prise en main par le groupe espagnol Caf
Le savoir-faire et la compétence des équipes du site de Bagnères-de-Bigorre ont retenu l’intérêt de Caf qui cherchait une implantation sur le marché français, notamment pour les matériels urbains, les projets de tramways étant en plein essor. Aussi, l’industriel espagnol qui a participé à tous les appels d’offres dans ce domaine en France durant ces dernières années (Brest, Dijon, Le Havre, Montpellier) arrive à la rescousse de CFD Bagnères alors que le carnet de commandes de l’entreprise ne permet plus qu’une année d’activité. L’acquisition se réalise en deux temps de 2008 à 2010 et Caf investit 4 millions d’euros pour la création d’un atelier de montage de 2 000 m2 et d’un bâtiment d’essais. C’est la première étape d’un plan de refonte totale des installations de 10,5 millions d’euros.
Prévu à l’origine pour les rames du tram-train de Cadix, la commande auprès de Caf des 19 rames du futur tram de Besançon (38,4 millions d’euros) en septembre 2011, puis de huit rames pour Nantes (22 millions d’euros) intervient à point pour faire tourner le nouvel atelier aux capacités confortables. Caisses et bogies viennent d’Espagne et les rames sont montées, câblées, aménagées et testées à Bagnères-de-Bigorre. “Le site emploie aujourd’hui 110 salariés et pourrait monter à 200 ou 300 personnes avec un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros (dix fois plus qu’en 2010, ndlr), constate Laurent Caseau, directeur commercial de CFD-Caf. “Alors que la commande nantaise est en cours de réalisation et que le dernier tram bisontin quittera l’usine au début de 2014, Caf pense à l’avenir car le groupe a la volonté […] de pérenniser ce site, de le faire vivre et de le développer, non pour faire un coup, comme on dit, mais parce que nous croyons en son avenir […] Et parce que notre groupe veut être local, et non délocaliser”, affirmait Francis Nakache, directeur général de Caf France, en inaugurant les nouvelles installations, le 16 mars 2012.
Le marché recherché cible côté tramways les projets des villes moyennes avec un produit spécifique à l’image des rames courtes de Besançon (23 m au lieu de 32 m pour Nantes). Côté matériels ferroviaires, il vise les rames intervilles notamment pour les trains d’équilibre du territoire (TET) en remplacement des Corail, les rames périurbaines pour les nouvelles banlieues des agglomérations, les TER transfrontaliers, voire des trains de type TER-GV à 250 km/h utilisant les lignes à grande vitesse, produit aujourd’hui inexistant sur le marché français. “Car c’est sur ces créneaux que l’on a le plus de possibilités de convaincre”, conclut Francis Nakache.
Le groupe Caf (Construccionnes y auxiliar de ferrocarrilles SA) a été créé en 1862 à Beasain près de San Sebastián. Ses cinq sites en Espagne et ses implantations au Brésil, aux États-Unis et en France emploient plus de 7 000 salariés. Avec 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2011 dont 80 % à l’exportation.
Soulé, repris en 1992 par le groupe CFD et devenu CFD Bagnères, a reçu commande en 2004-2005 de 16 rames doubles à voie métrique pour la Corse et les Chemins de fer de Provence et de 10 rames à voie normale pour la Tunisie. Auparavant, l’aventure technique inaboutie du système de"funiculaire horizontal" SK prévu pour l’aéroport de Roissy, avait mis l’entreprise en péril.
