Nantes En complément de son réseau de tramway et de bus à haut niveau de service, l’agglomération nantaise fait le pari du bus rapide en centre-ville. Au prix d’importants aménagements de voirie, il devrait être fréquent, régulier et ponctuel même aux heures de trafic auto dense.
“LE TRAMWAY occupait les grandes artères. Nous n’avions plus qu’à faire de la place aux bus dans les autres rues.” C’est ainsi que Jean-François Retière, vice-président de Nantes Métropole, résume le dernier grand projet nantais de transports publics. Un projet à 150 millions d’euros, mais plus question de tramway ni de bus en site propre. Le nouveau pari repose sur de simples bus. Les rues sont donc pensées, réaménagées en fonction de lui pour qu’il devienne le roi de toutes les circulations. Qu’il évolue dans des conditions suffisamment attrayantes pour provoquer un “choc” psychologique. “Créer du report modal immédiatement”, disent les techniciens. Faire abandonner la voiture aux habitants, dès son entrée en service.
Le démarrage aura lieu le 1er octobre prochain, premier test avec quatre lignes. Trois autres suivront l’année prochaine. À terme, vers 2016, dix lignes devraient pouvoir transporter 100 000 voyageurs de plus par jour. En comparaison, les trois lignes de tramway et celle de BHNS font voyager 290 000 personnes par jour.
Du bus, rien que du bus! Bien plus que sur le véhicule, toute l’efficacité du système de transport repose sur l’environnement dans lequel il évolue, ses conditions de circulation. Premier principe, les tracés se veulent “directs”. Les plus importantes lignes de bus avaient déjà été raccourcies, débarrassées de portions à trop peu de voyageurs. Nantes avait supprimé 1 million de km par an de circulation de bus en 2009 et 2010. Pour en réinjecter 2,5 millions à présent. Sur ces tracés, le nouveau Chronobus, appellation soulignant sa régularité autant que sa rapidité, évacue encore des boucles et certains parcours différenciés à l’aller et au retour. “Les clients eux-mêmes commencent à être sensibles au fait de ne pas perdre de temps. Ils réagissent comme nous”, indique Pascal Leroy, directeur commercial de la Tan, société des transports nantais. Le souci de la route directe pour les Chronobus a primé au point de couper les carrefours giratoires par le milieu. Le bus s’impose aussi aux feux. Il passe avant les autres circulations. Il domine aussi de toute sa hauteur au milieu de la chaussée quand, sur certaines portions de couloirs en site propre, il dépasse les automobiles qui roulent sur le côté.
Second principe: le bus prédomine aussi en pleine circulation automobile. Plus question qu’il décroche en station, qu’il s’écarte du flot. Les stations ont été ramenées au niveau de la voie centrale pour libérer, sur les côtés, des plates-formes “apaisées, ouvertes aux circulations douces (marche, vélos), partout facilitées et encouragées, et aux personnes en fauteuil”, poursuit Pascal Leroy. Les Chronobus sont en accessibilité complète. Mais sur la route, le bus reste en ligne. Les voitures attendent derrière. Cela a l’avantage de dégager la circulation automobile (qui continue sa route quand il est à l’arrêt en station) en avant de lui. Il repart, la voie en principe dégagée. Cela régularise ses temps de parcours.
À eux seuls, ces principes n’auraient pas suffi pour obtenir le niveau de performance recherchée. Les Chronobus doivent passer toutes les cinq à huit minutes aux heures de pointe, toutes les dix à douze minutes aux heures creuses. Selon un programme de travail simple (suppression des points noirs de la circulation, puis aménagements supplémentaires de fluidité pour gagner minute après minute), une grande part de la voirie a été reconfigurée. Les stationnements en épi ont été remplacés par des places de parkings en parallèle de la voie. D’autres places ont encore “sauté” quand c’était incontournable. Un travail réalisé “tout en dentelle” pour garantir les temps de parcours. Précaution supplémentaire, pour ne pas freiner les bus dans le centre-ville, Nantes ajoute à son projet Chronobus, une zone à trafic limité dans le cœur de son centre-ville. S’inspirant des principes développés par les villes italiennes de Ferrare, Bologne ou Padoue, Nantes y interdira les automobiles le 1er octobre prochain. Ne passeront plus que les vélos, les transports en commun, les véhicules de livraison et d’urgence ou les riverains. Et bien sûr, les piétons. Cette zone à trafic limité (ZTL) fait partie d’une zone à 30 km/h très élargie, version ciblée d’un plan général de limitation des vitesses pour les voitures dans l’ensemble de l’agglomération. “Toute la question est de savoir comment les Nantais vont réagir à l’instauration de cette ZTL, explique Pascal Leroy, directeur commercial de la Tan, maître d’œuvre du projet global. Il faut enclencher un cercle vertueux qui va travailler contre nous s’il fonctionne à l’envers. Si les automobilistes s’agglutinent autour de la ZTL et provoquent des remontées de queues sur nos lignes Chronobus, notre système va se gripper. Si, au contraire, l’existence de notre offre performante, les pousse dès le départ à abandonner leur voiture, la diminution de la circulation automobile ne pourra que faciliter l’écoulement de nos bus.”
D’ici au 1er octobre, un gros coup de com’ sera lancé auprès des riverains des quatre premières lignes de Chronobus. Ils sont les premiers à prendre volontiers leur voiture pour se diriger vers le centre-ville. Deuxième cible privilégiée, les automobilistes arrivant de plus loin seront fortement incités à utiliser les parkings-relais dont le nombre et la capacité ont été augmentés.
Dernière “sécurité”, le tramway va mieux fonctionner à l’automne. D’une part, du fait de l’entrée en service de nouvelles rames et donc de fréquences de passage plus grandes, au croisement d’une première ligne de Chronobus. D’autre part, en raison de son prolongement, croisant ainsi un autre Chronobus en banlieue. Le tramway arrive ainsi en renfort des Chronobus pour séduire les actuels automobilistes. L’ensemble de la nouvelle organisation a tendance à satisfaire Pascal Fontaine, le président de la FNTV en Loire-Atlantique: “Je n’ai guère de doute sur l’efficacité de ces nouveaux services. La fréquentation des bus explose déjà sur les lignes de bus qu’on avait déjà mieux organisées. Pour nous, autocaristes, les Chronobus sont des lignes intéressantes. Elles génèrent de gros volumes de trafic et permettent de développer l’emploi à plein-temps. Nous souhaitons simplement que le maximum d’entre elles soit soumis à appel d’offres.” L’organisation des lignes interurbaines sera revue dans leur prolongement par le département de Loire-Atlantique. Les maires des communes de l’agglomération de Nantes, rejointes par les lignes de Chronobus, le réclament déjà… en vue d’un développement du transport public.
