Brest Le 23 juin 2012, l’agglomération Brest Métropole Océane inaugurait sa première ligne de tramway. D’est en ouest, via le centre-ville par la célèbre rue de Siam et le pont de Recouvrance, elle réorganise la ville.
AUX cornes de brume des bateaux et aux cloches des églises répondent les sonneries grêles du premier tram s’engageant lentement sur le pont de Recouvrance, puis s’arrêtant devant la foule massée sur la rive. L’inauguration du tramway de Brest le 23 juin 2012 a été une grande fête et un grand événement. “Le chantier le plus important depuis la reconstruction de la ville”, a affirmé le maire de Brest, François Cuillandre, en présence de Jean-Yves Le Driant, nouveau ministre de la Défense et encore, pour quelques jours, président du conseil régional de Bretagne.
Un tramway dont la construction a été décidée en 2006 et qui était depuis longtemps attendu après l’échec d’un premier projet en 1990. Il aura fallu trois ans de travaux et 383 millions d’euros d’investissements (71,1 % pour les infrastructures, 6,4 % pour le centre de maintenance et 12,5 % pour les matériels roulants) répartis entre la communauté urbaine Brest Métropole Océane, l’État, la région, le département du Finistère et l’Union européenne. Le résultat: 14,3 km de ligne avec ses 28 stations (dont 4 équipées de parcs relais) et un centre de maintenance moderne. Le centre de remisage bus d’accueil et d’entretien des 20 rames Citadis Alstom a fait l’objet, en septembre 2009 d’une commande groupée avec les 32 rames de Dijon. C’est une première en France. Ce qui a ramené le coût unitaire de la rame à 2,1 millions d’euros. Le centre de maintenance et les stations ont été dimensionnés pour accueillir des rames de 40 m de longueur et sept modules, au lieu des rames actuelles de 32,7 m et cinq modules. En dépit du fait que la ligne, relief oblige, comporte de très fortes rampes et des courbes serrées.
Le tram fonctionnera tous les jours, du lundi au samedi, l’offre du week-end étant également renforcée, de 5 h 30 à 0 h 30 avec des intervalles variant de cinq à huit minutes en heures de pointe et de quinze à vingt minutes en heures creuses. La ligne sera parcourue en vingt-huit minutes. Une ligne de tramway dont “le tracé articule différentes séquences urbaines” de part et d’autre de l’estuaire de la Penfeld. C’est ainsi que François Laisney explique la fonctionnalité urbaine du nouveau tramway de Brest dans son Atlas du tramway dans les villes françaises
Avec l’arrivée du tram, le réseau brestois Bibus (tram + bus) espère atteindre rapidement un trafic annuel de 34 millions de voyageurs au lieu des 19 millions actuels. En attendant une seconde ligne qui, partant du quartier de Bellevue au nord de la ville, atteindrait en première étape la gare qui n’est pas desservie directement par la première ligne. Soit environ 5 km et une dizaine de stations en attendant l’étape ultérieure qui ferait du bruit. Puisqu’il s’agirait d’un tram train (18 km et cinq gares desservies) qui mènerait à Landerneau…
Éditions Recherches, Paris 2011, 58 euros.
L’arrivée du tramway bouleverse le réseau des bus à Brest. Les 7 lignes urbaines (cadencées aux cinq à huit minutes, sept à dix minutes et dix, quinze ou vingt minutes) comportant une ligne circulaire interquartiers, comme les deux navettes vers l’aéroport et la base navale, sont en connexion avec la ligne de tramway et fonctionnent de 6 heures à 0 h 30. Et aux cinq lignes périurbaines cadencées aux quinze ou vingt minutes en heures de pointe et aux trente minutes en heures creuses s’ajoutent deux lignes nouvelles desservies à la demi-heure et à l’heure. “Une réorganisation lancée en 2009 à laquelle la population a été associée, grâce à 4 500 enquêtes téléphoniques et à l’occasion de six tables rondes, rappelle Henri Lefèvre, directeur général adjoint de Keolis, l’opérateur qui gère le réseau Bibus. L’offre globale tram + bus s’est accrue de 10,5 % (7,35 millions de véhicules/km/an), nous avons créé 85 arrêts supplémentaires (1 050 dont 28 stations de tram), 46 distributeurs automatiques de billets(1) ont été installés et des systèmes de priorité aux feux ont été mis en place dans 80 carrefours.” Le parc des bus totalise 130 véhicules (Heuliez, Man et Mercedes) dont la moitié d’articulés auxquels s’ajoutent 30 véhicules affrétés.
Et 108 des 340 conducteurs du réseau (dont 54 postes créés) ont été formés à la conduite du tramway. À l’aide d’un simulateur de conduite mutualisé avec les réseaux d’Angers, de Dijon et du Mans.
Après le tram et le bus, Brest accueillera en 2015… un téléphérique! La création d’un nouveau quartier de 560 logements à partir de 2013 sur le plateau des Capucins face au pont de Recouvrance, nécessite un franchissement de la Penfeld. Pour un investissement de 15 millions d’euros, une ligne de téléphérique de 410 m reliera une station basse, près de l’arrêt “Château” du tramway, et une station haute, à l’intérieur des anciens ateliers des Capucins qui dominent le centre-ville. Trois cabines qui effectueront le trajet en trois minutes à 60 m au-dessus de la rivière pourront transporter 1 160 passagers par heure.
(1) Depuis le 1er juin 2012, la carte à puce intermodale régionale KorriGo associant les TER est valable sur le réseau brestois et remplace les cartes d’abonnement.
