Pneumatiques Michelin vient de présenter une innovation. Désormais, ses pneus sont capables de communiquer. Cette technologie s’invite à Londres chez Stagecoach, et portera la flamme du manufacturier pendant les JO.
UN PNEU ne doit plus se contenter de bien adhérer à la route, ni de garantir une belle longévité voire une seconde vie avec le rechapage. Les transporteurs attendent plus de leurs “gommes”, notamment qu’elles contribuent à effacer quelques unités du volume de carburant consommé annuellement. Or, sur ce plan, le bon gonflage des pneus revêt une importance non négligeable. Michelin estime “qu’un sous-gonflage de l’ordre de 30 % par rapport aux préconisations peut entraîner près de 1 % de surconsommation de carburant.”
Autant dire qu’il est plus qu’essentiel de veiller à la bonne tenue de ses pneumatiques.
Mais cette précieuse opération de maintenance tient souvent du casse-tête pour les transporteurs. Une vérification de la pression et de l’état des pneus d’un bus ou d’un car demande un bon quart d’heure, et même le plus consciencieux des techniciens n’est pas à l’abri de l’erreur au moment d’effectuer les relevés. Par ailleurs, la traçabilité d’un pneu n’a rien d’évident. Son code-barres peut facilement s’effacer avec le temps, rendant son identification ardue. Aussi, avec le pneu communicant, Michelin entend changer la donne. Le système du manufacturier réduit de manière considérable et avec une parfaite fiabilité les opérations de contrôle des pneumatiques. Le technicien s’arme d’un lecteur électronique qui recueille automatiquement les indications de pression et de température, ainsi que l’identité du pneu. Pour mesurer avec autant de précision la profondeur des sillons, donc l’usure, il lui suffit d’introduire l’aiguille du lecteur dans un des sillons. Le tout est transmis automatiquement sur un PDA et peut ensuite être intégré à une base de donnée sur un ordinateur. Le pneu est en effet doté d’une puce RFID (identification par radiofréquence) qui transmet à distance les informations recueillies par le capteur TPMS (dispositif de contrôle de la pression sans contact), ainsi que le numéro de série. La traçabilité est sans faille et l’opération prend moins de cinq minutes par véhicule. “Nous souhaitons aider nos clients à mieux comprendre l’évolution de leurs pneumatiques. Ils auront ainsi une meilleure estimation de l’impact d’une gestion fine de ce poste et seront en mesure d’apprécier les bénéfices qu’ils sont susceptibles d’en tirer”, explique Jean-Claude Pats, directeur général pneus poids lourds pour l’Europe chez Michelin. La maintenance est en effet simplifiée, demande moins de temps, et offre ainsi une bien meilleure réactivité.
Le choix de Stagecoach et de Londres n’est pas dû au hasard pour lancer la première exploitation expérimentale du pneu communicant. Michelin est particulièrement apprécié sur les bords de la Tamise. Près de 85 % des bus londoniens utilisent des gommes de Bibendum. Par ailleurs, Stagecoach est un client fidèle de Michelin qui a pour habitude d’acheter des kilomètres d’utilisation de pneus au Clermontois. Enfin, les 30e jeux Olympiques d’été (27 juillet au 12 août 2012) vont constituer une fantastique vitrine, d’autant plus que les transports publics seront un enjeu de premier ordre. Le service promet d’être opérationnel près de vingt-deux à vingt-trois heures par jour afin d’assurer la mobilité de la dizaine de millions de spectateurs, des milliers d’athlètes et dizaines de milliers de journalistes. Autant dire que de tels besoins imposeront une disponibilité sans faille du matériel roulant. “Notre solution sera l’un des maillons de la bonne sécurité des transports. Compte tenu du rythme imposé par les Olympiades, le temps des opérations de maintenance sera nécessairement réduit. Nous apportons une réponse efficace”, se réjouit Jean-Claude Pats.
L’innovation développée par Michelin n’est pas gravée dans le marbre. Le pneu communicant sera amené à gonfler son champ d’applications. Le manufacturier n’exclut pas la mise en place d’un système permettant la communication à distance n’imposant plus à un technicien de faire le tour des véhicules. Il se pourrait également qu’une alerte au tableau de bord soit mise en place pour prévenir le conducteur d’un sous-gonflage préoccupant… Michelin est ouvert aux améliorations, mais cela prendra certainement un peu de temps. Le développement de ce pneu communicant a demandé sept années de travail. “Il fallait garantir l’efficacité et la durabilité de notre solution. Aujourd’hui, nous sommes sûrs de nous, et le pneu reste communicant même après rechapage!”, se félicite Jean-Claude Pats. Michelin n’a par ailleurs pas dévoilé de date de commercialisation de son pneu innovant. “Dans un premier temps, nous lançons cette expérimentation pendant les JO. La commercialisation viendra rapidement après”, s’enthousiasme Jean-Claude Pats, qui ne manquera pas de communiquer sur le sujet le moment venu.
