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Transport de voyageurs: la formation a trouvé son public

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Transport de voyageurs: la formation a trouvé son public

Crédit photo Shahinez Benabed

Bilan La formation est en vogue dans le secteur du transport routier de voyageurs. Les conducteurs, qui représentent plus de 80 % des postes dans le secteur, tendent à être de plus en plus qualifiés. La raison? Un besoin toujours plus grand de sécurité et de technique, encouragé par les législations française et européenne.

LA formation dans le transport routier de voyageurs (TRV) se porte bien. En 2011, 22 124 salariés ont bénéficié d’un plan de formation financé par l’OPCA-Transports, organisme collecteur et financeur de la branche. L’année précédente, ce nombre s’élevait à seulement 19 248. Cette hausse concerne notamment les conducteurs puisqu’ils représentent plus de 80 % des emplois dans le secteur.

Pratiquement tous les dispositifs sont marqués par ces augmentations. En 2011, on compte 1 340 contrats de professionnalisation (soit 585 contrats supplémentaires de ce type par rapport à 2010). De même, 2 388 Dif (Droit individuel à la formation) ont été financés, contre 1 516 l’année précédente.

Dans les transports publics, le bilan social 2011 de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) est formel, “les investissements des entreprises consacrés à la formation professionnelle sont en augmentation à 53 millions d’euros en 2011, soit 4 % de la masse salariale. Ils sont donc plus de deux fois supérieurs aux obligations conventionnelles de la branche du transport urbain, qui sont de 1,9 % et aux obligations légales, qui sont de 1,6 %.” En revanche, l’engouement n’a pas gagné cette fois-ci les contrats d’apprentissage. Selon Benoît Juery, directeur adjoint du département des affaires sociales de l’UTP: “10 à 15 % des conducteurs passent par des contrats en apprentissage. Nous n’avons jamais noté de grandes augmentations dans les contrats pro et apprentissage.” En effet, les contrats d’apprentissage conclus en 2009 passent de 118 à 115 en 2011.

Les formations incontournables

Quelles sont les formations les plus prisées? Logiquement, les formations obligatoires, nécessaires pour pouvoir exercer un métier dans la profession tirent leur épingle du jeu. Pour rappel, une personne souhaitant devenir conducteur d’autobus ou d’autocar doit au minimum posséder le permis D et la formation initiale minimale obligatoire (Fimo). C’est la solution privilégiée. Il est aussi possible d’obtenir le titre professionnel de transport de voyageurs (formation diplômante de 420 heures, qui s’effectue le plus souvent dans le cadre d’un contrat pro). Enfin, le CAP Agent d’accueil et de conduite routière, transport de voyageurs. “Il est moins utilisé car il faut avoir entre 21 et 26 ans, ce qui limite le nombre de personnes”, indique la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV).

D’autres formations non obligatoires ont le vent en poupe. En tête, on trouve celles qui concernent la technique, la sécurité ou le management de proximité. L’éco-conduite se démarque aussi. Un engouement qui pourrait être accentué par les chartes CO2 que de plus en plus de transporteurs de voyageurs signent, s’engageant ainsi à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Selon Vincent Baldy, directeur adjoint du développement au centre de formation de l’Aft-Iftim, “les formations concernant le rôle commercial fonctionnent bien, notamment parce qu’elles sont souvent imposées par les autorités organisatrices dans le cadre de marchés.

Ces différentes formations répondent donc au besoin pour les entreprises d’avoir des conducteurs toujours plus qualifiés, capables de conduire des véhicules toujours plus élaborés, de surveiller leur consommation de carburant, ou encore de veiller à la sécurité de leurs passagers, un domaine fortement encouragé au niveau français et européen.

De nouvelles directives en faveur de la formation

Au-delà de ces besoins concrets, cette tendance s’explique également par la nécessité qu’ont les entreprises de coller aux législations européenne et française, qui encouragent un niveau de qualification professionnelle toujours plus élevé, notamment lorsque cela concerne les conducteurs et les transporteurs. Ainsi, pour les conducteurs, ce regain s’explique notamment par “l’entrée en vigueur depuis septembre 2008 d’une obligation pour les conducteurs (de l’urbain et de l’interurbain, ndlr), de suivre une Fimo et, tous les cinq ans, une formation continue obligatoire (FCO) de 35 heures”, indique le bilan social de l’UTP.

Pour les transporteurs, l’application plus récente du paquet routier dans la législation française devrait elle aussi avoir un impact significatif sur le développement de la formation dans le secteur. Pour rappel, en France, depuis le 4 décembre 2011, l’accès à la profession de transporteur routier de voyageurs est beaucoup plus encadré, et le gros changement concerne surtout les moyens d’accès. Désormais, l’examen, qui existait déjà avant cette date, devient pratiquement la seule voie pour obtenir l’attestation de capacité, document indispensable pour toute personne se destinant à ce métier. Cela aux dépens de la reconnaissance de l’expérience professionnelle.

Dorénavant, l’équivalence est uniquement possible pour les candidats ayant géré une entreprise de 1999 à 2009. Autre bouleversement de taille, seuls trois diplômes ou titres professionnels donnent le droit d’obtenir le précieux sésame. Il s’agit du titre professionnel de technicien supérieur des transports de personnes, délivré par le ministère chargé de l’Emploi, le diplôme de responsable de production transport de personnes, et le DUT gestion logistique et transport.

Pour l’examen, la formation préalable, bien que facultative dans le cas de l’attestation de capacité dite classique (c’est-à-dire pour les véhicules de plus de 10 places), semble de surcroît presque indispensable. Car le taux de réussite sans une préparation adéquate est peu élevé. Raphaël Couturier, pdg d’Ifrac Formation, est formel: “Pour l’attestation de capacité classique: le 3 octobre, nous avons un ou deux redoublants, alors que le taux de réussite en candidat libre se situe autour de 28 %.” De même, la mise en place d’une attestation de capacité pour les véhicules de moins de dix places (conducteur inclut) avec cette fois-ci une formation obligatoire de 140 heures. Ce qui montre bien la volonté, au niveau européen et français, d’accroître le degré de compétences des candidats. Une obligation qui ne semble pas rebuter les futurs attestataires. “Depuis la mise en application du paquet routier dans la réglementation française, explique Raphaël Couturier, on voit déjà un fort engouement pour les attestations de capacité de moins de dix places. Jusqu’à la fin de l’année, nous avons déjà 65 candidats.

Une autre réforme, à venir cette fois, concernera celle des permis. Prévue pour janvier 2013, celle-ci devrait, entre autres, voir la création d’un permis D1 destiné aux véhicules de moins de 17 places et qui pourrait “être utile pour les stations d’hiver ainsi que pour le transport rural scolaire”, considère Vincent Baldy. “Il faudra donc peut-être une Fimo et une FCO spécifiques pour ces véhicules”, indique la FNTV.

Une seconde nouveauté est attendue pour le printemps 2013. La formation de conducteurs accompagnateurs de personnes handicapées ou à mobilité réduite (basée sur les accords du 7 juillet 2009) risque elle aussi de trouver son public. “Il y a déjà un besoin spécifique”, indique Sassu Afantodji, directeur de la formation initiale et des certifications chez Promotrans.

Des organismes de formation réactifs aux besoins des entreprises

Promotrans, Aft-Iftim, Ifrac… Plusieurs organismes de formations tentent de répondre au mieux aux besoins de leurs stagiaires.

Pour identifier les formations qui vont répondre et correspondre aux attentes, Vincent Baldy explique: “Nous avons plusieurs sources: le terrain, ce que nous disent les entreprises, lorsqu’une société remporte un marché avec des besoins spécifiques, des réflexions en amont, ainsi qu’une veille auprès des fédérations, qui nous font remonter les besoins.

Autre atout: donner aux entreprises la possibilité d’adapter les programmes quand cela est possible. “Quand nous avons une demande d’intervention, nous faisons du sur mesure”, indique Raphaël Couturier. Mêmes sons de cloche à l’Aft-Iftim. “On fait du sur mesure, sauf pour les formations obligatoires”, se félicite le directeur adjoint au développement.

Face aux différents changements législatifs, les organismes ont dû et doivent faire preuve de réactivité et d’organisation (Bus & Car no 905). Ils sont déjà prêts pour la formation destinée aux conducteurs accompagnateurs de personnes handicapées ou à mobilité réduite. “Nous sommes déjà calés sur la directive”, indique Vincent Baldy. Même chose chez Promotrans. “Nous formons déjà les formateurs, les centres étaient pressés d’avoir les fiches. Un rapprochement avec les entreprises a eu lieu”, confie Sassu Afantodji. La réforme des permis, quant à elle, suscite encore des interrogations. “Nous sommes en plein travail là-dessus, mais tous les textes ne sont pas encore prêts. Notre réponse dépendra de la demande. Si c’est un système que les auto-écoles proposeront, nous verrons à quel prix elles le feront et si nous pouvons nous positionner. Cela dépendra donc des textes, des marchés et de l’investissement. Nous prendrons notre décision d’ici à la fin 2012”, indique Sassu Afantodji.

Cette réactivité satisfait à la fois la FNTV et l’UTP. “Les organismes de formation comme l’Aft-Iftim par exemple répondent aux demandes spécifiques. Ils sont à l’écoute des entreprises”, indique Benoît Juery de l’UTP. Même analyse du côté de la FNTV: “Les formations répondent bien aux besoins des entreprises du secteur.

En revanche, au niveau de l’ensemble des textes qui encadrent les formations, quelques modifications semblent nécessaires aux yeux des deux organisations. La FNTV avait déjà pointé, au niveau de l’attestation de capacité, la nécessité d’allonger la liste des titres ou diplômes délivrant l’attestation de capacité. Pour la formation des conducteurs, quelques ajustements ont été, là aussi, demandés par la fédération: “Certaines formations sur la maintenance sont trop généralistes, nous voudrions que soit créée une spécialité pour l’autocar, mais c’est très difficile à mettre en place car l’Education nationale n’est pas favorable à la multiplication des modules complémentaires.

Du côté de l’UTP, c’est la formation continue obligatoire qui pose réellement problème, car celle-ci “est commune à l’urbain et l’interurbain. Elle n’est donc pas toujours adaptée. Par exemple, la question de la sensibilisation au trafic de clandestins y est traitée, mais elle ne concerne pas l’urbain”, considère Benoît Juery.

Interurbain
Le besoin de la formation pour favoriser l’emploi

10 000. C’est le nombre estimé de conducteurs dont ont besoin les entreprises de transport interurbain de voyageurs. Le secteur peine à recruter, notamment à cause du nombre élevé d’emplois partiels (principalement dans le transport scolaire) et “on assiste même à un transfert de l’interurbain vers l’urbain”, indique Benoît Juery. L’âge moyen élevé des conducteurs, qui tourne autour de 46 ans, pourrait de surcroît aggraver le problème dans les années à venir. D’ici à douze ans, 41 % des postes devront être renouvelés, estime la FNTV. Pour faire face à la situation, la FNTV a donc décidé de mettre en avant l’argument de la formation pour encourager les candidats potentiels. Car, en embrassant la carrière de conducteur d’autocar, on obtient une qualification. Plusieurs actions dans ce sens ont donc été lancées pour répondre à la demande des entreprises qui peinent à recruter.

Des dispositifs de formation appelés Préparation opérationnelle à l’emploi (POE), en partenariat avec Pôle emploi, ont été mis en place en France dès fin 2011 dans des régions comme la Bourgogne et le Limousin.

À la fin de la formation, les entreprises associées se sont engagées à embaucher. Dans les Pays de la Loire, depuis juillet 2012, le dispositif devrait permettre à 85 demandeurs d’emplois de bénéficier d’une formation dans le transport scolaire avec un poste à la clé.

Pour lutter contre le temps partiel, la FNTV a mis également en place des expérimentations localisées de formations en biqualification. “Nous sommes toujours en cours de réflexion pour permettre aux conducteurs d’avoir une double compétence”, indique l’organisme, qui précise que “des essais courant 2008 en Aquitaine avec des agriculteurs-conducteurs ont bien fonctionné. En Bourgogne, un autre test, cette fois-ci avec des ambulanciers-conducteurs, a obtenu des résultats plus mitigés.” Toujours dans les Pays de la Loire, un dispositif de formation de conducteurs-personnels d’étage (dans l’hôtellerie) est en réflexion. Problème, selon la FNTV, “toutes ces expérimentations restent très localisées. Il faudrait trouver un secteur qui colle parfaitement avec le métier de conducteur d’autocars. Mais cela risque d’être difficile de trouver un système qui fonctionne à tous les coups partout.” Une étude de l’OCPA prévue en mars 2013, intitulée Recherche intersectorielle sur la réponse à apporter à la problématique du temps partiel, pourra peut-être éclairer le sujet.

Comment devient-on conducteur d’autocar?

– En France, que ce soit dans le transport urbain ou interurbain, toute personne souhaitant embrasser la carrière de conducteur doit justifier d’une qualification. Trois options sont alors possibles:

– L’option la plus souvent choisie est l’obtention du permis D (qui permet la conduite de véhicules de plus de huit places assises ou de transporter plus de 8 passagers), accompagné d’une Formation initiale minimale obligatoire (Fimo) qui consiste en une attestation destinée aux conducteurs de transport de marchandises ou de voyageurs.

– Le titre professionnel de transport de voyageurs, qui s’effectue le plus souvent dans le cadre d’un contrat en alternance, permet lui aussi d’exercer. La formation de 420 heures, très complète, est notamment appréciée par certaines autorités organisatrices.

– Enfin, le CAP agent d’accueil et de conduite routière, transport de voyageurs, est moins fréquent. La raison? Il faut avoir moins de 26 ans pour pouvoir s’inscrire, et plus de 21 ans, puisque c’est l’âge minimum requis pour obtenir le permis D.

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  • Shahinez Benabed
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