Innovation L’université et trois PME de Tours ont ouvert Certesens, un laboratoire de recherche sur le sensoriel. Objectif? Élaborer des produits à forte valeur sensorielle ajoutée. Ces techniques profiteront à divers secteurs industriels, transport en tête. Alstom semble avoir flairé l’affaire.
C’EST un projet dans l’air du temps. La création du Centre d’étude et de recherche sur les technologies du sensoriel (Certesens) est une réponse aux nombreux appels du prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz: faire du bien-être une valeur économique. Un peu dans l’esprit de ce que, jadis, l’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950) avait conceptualisé avec “la destruction créatrice”. Cette expérience est aussi une occasion de définir ce que sera l’industrie de demain. Certesens a élu domicile à Tours dans le quartier des Deux-Lions. Le centre a été officiellement inauguré le 16 mars dernier dans des locaux spacieux et neufs de la rue Marcel-Dassault. Peu commun, son but doit permettre de développer des produits à forte valeur ajoutée et “de travailler sur toutes les dimensions du design, du matériel et des sens”, explique Régine Charvet-Pello, directrice de RCP et fondatrice de Certesens avec deux autres PME, Spincontrol, qui réalise des tests sensoriels et qualitatifs, et CQFD gustation, qui étudie les caractères organoleptiques (substances pouvant être appréciées par les sens humains) des aliments et l’université François-Rabelais de Tours. Certesens était dans les cartons depuis de nombreuses années. Il n’a pu aboutir que grâce à “cette volonté commune”, sous la houlette de RCP et de Jean-François Bassereau, ancien enseignant aux Arts et Métiers à Paris, chef d’orchestre de ce projet insolite.
Le dernier-né des centres d’études et de recherche à Tours a aussi pour mission de collaborer avec les PME voire même les grandes entreprises pour la recherche et l’amélioration de leurs produits. Il devra en outre effectuer de la recherche en amont, et essayer de comprendre les réactions sensorielles des utilisateurs de nouveaux produits, en développant des outils et une méthodologie qui “mesureront objectivement ces perceptions sensorielles”. Les industriels intéressés pourront consulter l’immense base de données matériaux que Certesens est en train d’établir. Ils auront également la possibilité de faire appel à ses chercheurs pour des tests consommateurs. Marc de Ferrière, responsable scientifique du Certesens pour l’université François-Rabelais, ajoute: “Nous avons en somme à établir comment dessiner des objets en tenant compte de ce que les cinq sens renvoient.” Une pléiade de secteurs d’activités est concernée: cosmétique, décoration, agroalimentaire, industrie mécanique et transports publics. Alstom, qui travaille en collaboration avec RCP pour le design du tramway de Tours, s’est prêté de bonne grâce au jeu. Le constructeur de trains et de tramways, qui dispose d’une direction design propre à l’entreprise, est même devenu le premier industriel à signer un accord de partenariat avec Certesens pour 375 000 euros sur trois ans. Jérôme Wallut, directeur général d’Alstom Transport, voit dans ce rapprochement l’opportunité de “développer une approche multisensorielle du voyage ferroviaire, qu’il soit fait en tramway, en métro, en train régional ou en TGV.” Concrètement, l’étude portera sur “les couleurs, les formes, les lignes et les odeurs, les sons et le toucher que les passagers souhaitent retrouver dans un train”, poursuit-il. À long terme, l’objectif affiché par Alstom est de créer de nouvelles conditions de voyage, avec un confort accru. Régine Charvet-Pello pense qu’“une nouvelle étape sera ainsi franchie en matière de vie à bord.” C’est bien la compétitivité des transports publics, pas seulement ferroviaires, qui est en jeu.
L’université propose déjà la licence professionnelle Méthodes et techniques en analyse sensorielle, le master 2 Sensoriel et innovation en agroalimentaire et le master 1 Physiologie parcours goût et innovation. Elle prévoit un cycle d’ingénieur en Mécanique et conception de système, option biomécanique et design sensoriel au sein de l’École Polytechnique universitaire (Polytech Tours).
