Bus of the year L’heure de la révélation a sonné. Le vainqueur du Bus Euro Test 2012, organisé par Bus & Car à Versailles, est le Citaro 2 de Mercedes. Un couronnement mérité pour le successeur du best-seller du constructeur à l’étoile qui, comme son prédécesseur, devrait filer bon train sur le plan commercial.
CETTE fois, c’est officiel. La couronne du Bus of the year va changer d’air et passer des Pays-Bas à l’Allemagne. VDL, le tenant du titre, n’a pas réussi à conserver son trophée, et comme les trois autres prétendants en lice lors du Bus Euro Test 2012 (Bus & Car no 908), il devra s’incliner devant la supériorité (en compétition) du Mercedes Citaro 2 Euro 6. Ce serait mentir que de prétendre que ce sacre tient de la surprise. Le Citaro partait avec une étiquette de favori, mais c’est un statut qu’il a su assumer avec brio et qui n’est jamais gage de succès. Nombre d’athlètes ont en fait la douloureuse expérience cet été à Londres.
Il ne s’agit pas d’une première pour le Citaro. Il avait obtenu le titre en 2007 avec la version low entry. Mais, à l’époque, la concurrence avait été moins rude (seuls trois véhicules en lice) et le modèle était déjà éprouvé. Pour le Bus Euro Test 2012, Mercedes a pris autrement plus de risques. Le plateau était bien plus relevé, notamment avec trois hybrides et le tenant du titre. De plus, son Citaro 2 est encore une jeune pousse, dévoilée en mai 2011, et il s’est présenté à Versailles avec une motorisation Euro 6 inédite, en avance sur la réglementation. Le moins que l’on puisse dire est que Mercedes s’était montré audacieux. La stratégie a été payante. Le Citaro 2 a particulièrement séduit le jury par son lot d’innovations et son style résolument moderne. Il faisait même prendre un terrible coup de vieux aux Citaro ancienne génération exploités par Phébus, hôte de la compétition.
Mercedes a pour habitude de soigner ses copies. Avec le Citaro 2, le constructeur à l’étoile n’a pas failli à sa manière de faire. Les lignes du nouveau Bus of the year sont incontestablement réussies. Si le véhicule reste moins spectaculaire que les hybrides qu’il défiait sur le pré carré versaillais, il ne manque pas moins d’allure. La face avant a été totalement redessinée, la calandre est particulièrement réussie, légèrement galbée, avec des arrondis, plutôt dignes de l’automobile… Un domaine où Mercedes a plutôt l’habitude de briller. Les flancs ont également bénéficié d’un dessin soigné. Les larges portes coulissantes invitent à prendre place dans le véhicule, et l’arrière légèrement relevée et rallongée pour accueillir la motorisation Euro 6 donne à l’ensemble une belle allure. L’habitacle est à l’avenant: lumineux, spacieux, agréable avec un système d’éclairage indirect. Il est en outre incroyablement silencieux et ne souffrait d’aucune comparaison avec les hybrides sur ce terrain.
Le nouveau Citaro ne se contente pas d’être agréable pour l’œil et les oreilles. Pour la nouvelle version de son best-seller (plus de 30 000 Citaro ont été vendus dans le monde entier), Mercedes a joué la carte de l’innovation intelligente et placé une nouvelle fois la sécurité sous bonne étoile. Le Citaro 2 est le premier autobus à plancher surbaissé à être équipé d’un système d’ESP. Les mauvaises langues diront que c’est sans doute faire beaucoup de bruit pour peu de chose compte tenu de la vitesse commerciale des autobus urbains. Mais Mercedes est parti du principe que l’on n’est jamais trop prudent en matière de sécurité, et que l’extension constante des périmètres de transport urbain conduira de plus en plus les autobus à l’écart des centres-ville, là où la vitesse justifiera l’ESP. Mercedes avait déjà été pionnier sur ce sujet dans les autocars, il est fort à parier que son initiative sera imitée par le futur. Il devance également l’appel sur la réglementation antiretournement ECE R66/01 qui n’entrera en vigueur qu’en 2017. L’innovation se trouve également du côté de la porte avant coulissante. À l’ouverture, elle se décale légèrement pour passer devant le rétroviseur. Le constructeur a également produit de nombreux efforts pour optimiser le poids de son véhicule. Malgré le passage à Euro 6, et son moteur plus encombrant, le Citaro ne prend pas d’embonpoint.
Ce Citaro 2 Euro 6 auréolé de son nouveau titre a tout pour séduire les exploitants… À l’exception de son prix. Le modèle en compétition était bardé d’option et sa motorisation Euro 6 occasionne un surcoût (que Mercedes n’a pas voulu dévoiler). Aussi, compte tenu du contexte économique européen, il est fort à parier que rares seront les réseaux qui devanceront l’appel d’Euro 6. Il se peut même qu’aux prémices de sa carrière, le nouveau Citaro reste encore à l’ombre de son aîné qui continuera à être livré et commercialisé au moins jusqu’en 2014, date du passage à Euro 6. Le prix de vente et la motorisation en avance sur son temps constituent sans doute les deux seuls points faibles du nouveau roi des autobus. Il ne devrait pour autant pas être un monarque d’opérette. D’autant plus que dans sa version Euro 5, le Citaro 2 présente la majorité des atouts et innovations qui ont séduit le jury. Et cette élection peut être interprétée comme le signe d’un avenir scintillant pour ce nouveau roi de la ville.
– Longueur/largeur/hauteur
12,135/2,55/3,12 m
– Moteur
Euro 6 Mercedes OM 936 développant 299 ch
– Boîte de vitesses
Automatique ZF Ecolife 6 AP 1 200
– Freins
À disques avec ABS, EBS, ASR and ESP
– Suspensions et essieux
Suspensions à air
Essieu arrière-portique ZF AV 132/83
Essieu avant à roues indépendantes ZF
– Capacité et aménagement
96 passagers
31 places assises et 1 UFR
3 portes
– Réservoir
260 I (AdBlue 32 I)
• Design très réussi
• Moteur très discret
• En avance en matière de sécurité
• Coût d’acquisition élevé
• Nombreux éléments de confort en option
• Lunette arrière assez petite
1990 Neoplan Metroliner
1995 Neoplan Metroshuttle N 4114
1997 Setra S 315 NF
1999 MAN A21 NL263
2001 Mercedes-Benz Cito
2003 Van Hool A330
2005 MAN Lion’s City
2007 Mercedes-Benz Citaro LE Ü
2009 Setra S 415 NF
2011 VDL Citea
2013 Mercedes Citaro 2 Euro VI
Aussi gratifiant soit-il, un trophée de Coach ou de Bus of the year n’a jamais été un fantastique booster sur le plan commercial. Cela est encore plus vrai pour les autobus vendus sur appels d’offres. Néanmoins, VDL, vainqueur en catégorie bus en 2010 (Citea LF), puis en autocar en 2011 (Futura 2), n’avait pas manqué de mettre en avant ses distinctions, et reconnaît que dans certaines contrées, le titre permet d’entrer dans la compétition commerciale avec un a priori positif. Aussi, Mercedes semble décidé à ne pas laisser l’occasion d’appuyer le fait qu’il n’est pas le seul à être persuadé des qualités de son Citaro 2.
Le trophée sera remis à l’occasion du prochain IAA de Hanovre (20-27 septembre) où le Citaro 2 sera fièrement mis en avant. Le véhicule sera également une des stars du stand du salon FIAA de Madrid (23 au 26 octobre). Une campagne de presse européenne est à l’ordre du jour pour relayer le message, les sites internets du groupe Daimler feront écho de ce succès, etc.
Par ailleurs, jusqu’à fin 2013, les Citaro 2 seront ornés d’un sticker précisant qu’il s’agit bien là du Bus of the year.
Chaque marché pourra exploiter le trophée à sa manière. En France, Mercedes ne compte pas laisser passer cette occasion. "C’est avant tout très motivant en interne. Nous récoltons les fruits de plusieurs années de travail. Le nouveau Citaro a su conserver l’essence de l’ADN qui a fait le succès de la précédente génération. C’est une naissance sous les meilleurs auspices", se réjouit Julien Calloud, responsable de la marque Mercedes chez Evobus France. Dans l’Hexagone, le constructeur compte clairement utiliser le titre comme un argument dans ses réponses aux appels d’offres. "Le titre est décerné par un jury de journalistes spécialisés, et totalement indépendants. La nouvelle génération du Citaro s’inspire grandement de son aîné. Aussi, pour nos clients cela les confirme dans leur choix passé et peut leur inspirer confiance pour continuer à renouveler leur parc avec du Citaro 2. Mais ce sacre aura aussi du sens pour les clients potentiels. Notamment le fait qu’il s’agit d’un Euro VI qui a été primé. Cela prouve que notre solution est d’ores et déjà opérationnelle, qu’elle fonctionne sans aucun souci", souligne Julien Calloud. Pour autant, les immatriculations de Citaro 2 Euro 6 ne devraient pas apparaître avec 2013. En France, le Citaro 1 est toujours vendu, et il représentera 90 % des livraisons en 2012. Cela est notamment dû au fait des livraisons liées à des marchés pluriannuels. "En 2013, nous devrions livrer les deux générations de Citaro en Euro 5 et les premiers Euro 6 dans la nouvelle version. Mais il est encore trop tôt pour évaluer la part prise par chacun des modèles. La part de Citaro 1 devrait néanmoins décroître", estime Julien Calloud.
Pour les machinistes du réseau Phébus, le Citaro 2 a tout de suite attiré le regard. Différent, mais pourtant facilement identifiable comme un Mercedes-Benz Citaro. Point d’audace dans le Citaro 2, mais une homogénéité et un ensemble de qualités qui forcent le respect: ergonomie très soignée du poste de conduite, confort de suspension, insonorisation, qualité de la direction et accélérations constituent les points forts de ce modèle qui connaît plus une évolution qu’une révolution. L’agrément de conduite est bien au rendez-vous, même si la boîte ZF du modèle d’essai se révélait parfois brutale lors des rétrogradages à basse vitesse.
En contrepartie, ses 6 rapports magnifiaient sa polyvalence d’utilisation. Pour la mécanique, la norme Euro VI a été l’occasion de standardiser l’implantation mécanique d’une version à une autre, au bénéfice des équipes de maintenance. Un choix du jury sans originalité mais privilégiant l’homogénéité.
J-P.P.
