Je n’en reviens pas moi-même. L’autocar est devenu tendance. Non seulement quelques-uns de nos journaux télévisés nationaux lui ont consacré un certain nombre de sujets aux "20 heures", mais il ne s’agissait ni de mettre en avant la dangerosité du mode à la suite d’un accident, ni de stigmatiser le secteur en montrant combien ce dernier est sûr, grâce à la ceinture, l’éthylotest, etc. Sans vraiment croire à ce qui se déroulait sous mes yeux, j’ai donc découvert que l’autocar était désormais "une alternative intéressante à l’automobile", notamment pour pallier la flambée des prix des carburants, et grâce aux tarifications "intelligentes" mises en œuvre par un certain nombre d’autorités organisatrices de transports. C’est à croire que la magnifique campagne médiatique orchestrée au début de l’été par la SNCF pour le lancement de son iDBUS a quand même débloqué quelque chose chez nos collègues de la presse grand public. Mieux, la plupart des microtrottoirs recueillis donnaient une image vraiment positive du mode, chacun louant à la fois le confort des véhicules et les économies réalisées. Dire qu’il m’aura fallu attendre un peu plus de vingt ans pour entendre ça! Bien sûr, nous le savions tous depuis longtemps, mais de là à le voir placardé sur les murs cathodiques de l’Hexagone aux heures de grande écoute…
Assez cyniquement, la monumentale "baisse provisoire" de 6 centimes des prix du litre de carburant m’a par ailleurs rassuré quant à la pérennité de cet engouement pour les transports publics en général, et l’autocar en particulier. Le temps du pétrole bon marché semble bien révolu. Si, en tant qu’automobiliste, je trouve tout de même la note un peu difficile à avaler, comme rédacteur en chef de Bus & Car, j’avoue apprécier à sa juste valeur ce regain d’intérêt pour un secteur dont nous nous évertuons à montrer les qualités depuis des lustres. Il s’agit désormais pour tous les acteurs concernés de ne pas s’endormir sur leurs lauriers. Le gouvernement actuel, englué dans une situation économique et politique particulièrement délicate, cherche des solutions, et veut à tout prix éviter les problèmes. Autant dire que pour désenclaver des zones délaissées, proposer des alternatives économiquement viables au "tout automobile", ou – il ne faut plus hésiter à le dire – remplacer des lignes ferroviaires largement déficitaires, l’autocar et ses opérateurs historiques ont le savoir-faire nécessaire. Il est certainement temps de le faire savoir, haut et fort, sur TF1 s’il le faut!
