Hybride Le réseau savoyard est entré dans une ère plus verte. La Sibra d’Annecy vient d’étrenner deux Irisbus Citelis hybride de 12 mètres (sur une commande de 8 autobus standards) et offre des transports plus propres.
LE lundi 17 septembre 2012 est à marquer d’une pierre blanche pour les Annéciens. Les premiers autobus urbains hybrides entrent en condition réelle d’exploitation sur le réseau Sibra. Cet adhérent de l’association Agir dessert 13 communes de l’agglomération savoyarde d’Annecy et connaît une fréquentation moyenne de 40 000 voyageurs par jour, soit 108 déplacements an/habitant, un chiffre en hausse constante depuis 2000 (la fréquentation a bondi de 57 % entre 2000 et 2011 pour une offre kilométrique en hausse de 21 % sur la même période). Les autobus hybrides exploités sont des Citelis standards. Des modèles identiques à celui qui s’était illustré dans le Bus Euro Test 2012 (Bus & Car no 908).
Gilles Bernard, vice-président de la Communauté d’agglomération d’Annecy (CAA), chargé des déplacements, évoque un choix en faveur de l’hybridation “fait à l’automne 2011 pour pouvoir être inscrit au budget 2012”. Pour Jean-Luc Rigaut, maire d’Annecy et président de la CAA, “il s’agit d’une réflexion liée au renouvellement de matériel. Je crois beaucoup aux affects et aux vertus d’un environnement très qualitatif. C’est pour cette raison que je ne veux pas qu’il y ait de rupture technologique dans la perception que les voyageurs ont entre les modes de transports et en particulier entre leur automobile et le bus.”
De fait, le parc de la Sibra a un âge moyen de cinq ans: les véhicules les plus anciens sont aux normes Euro IV. “Quand ce choix est bien géré, notamment sur la valorisation en occasion, on arrive à tenir un niveau de service à un prix compétitif”, explique Gilles Bernard. L’effort consenti par la Sibra n’est pas négligeable: les deux Irisbus Citelis hybrides coûtent 387 000 euros l’unité contre 254 000 pour leur équivalent diesel. Pour cette raison, la Sibra prolongera la durée d’amortissement jusqu’à quinze ans (contre dix ans sur les autobus classiques). En outre, le réseau savoyard ne se lance pas dans l’inconnu. Une convention, baptisée Performance Hybride, associe la Sibra et Irisbus pendant quatre ans. L’accord ne porte pas seulement sur les aspects de garantie et d’après-vente mais aussi sur les échanges d’expériences, le taux de disponibilité du matériel, le coût de fonctionnement, la formation (et l’habilitation) du personnel de conduite et d’atelier.
Lionel Blain, directeur des ventes Autobus d’Irisbus pour la France, explique ce choix: “C’est un engagement comme partenaire et pas seulement comme fournisseur.” Jean-Luc Rigaut reconnaît que ce choix est principalement dicté par des motivations symboliques et politiques. “C’est un choix délibéré d’investir dans des bus les plus aboutis dans les technologies qui correspondent à notre plan global sur le respect de l’environnement”, a-t-il déclaré dans son discours inaugural avant de conclure “c’est un devoir pour une collectivité de donner l’exemple.” Il souligne au passage que ce volontarisme est nécessaire si l’on veut voir l’industrie se lancer dans des solutions innovantes. Pour Philippe Grand, chargé des relations extérieures chez Irisbus, cette inauguration était l’occasion de rappeler que ces machines sont “conçues, développées et fabriquées en France, et plus précisément en Rhône-Alpes”. Dans l’auditoire, on a bien ressenti quelques flottements sur le fait que ces véhicules ne soient pas en mesure de rouler en tout électrique. Gilles Bernard le reconnaît et avoue que le trolleybus a fait l’objet d’une étude en ce sens, mais “ce qui a fait écarter cette solution, c’est l’investissement en infrastructure.” Philippe Grand surenchérit en évoquant les développements en cours sur les hybrides rechargeables et la possibilité d’effectuer cette recharge partielle en bout de ligne d’ici à quelques années.
Christophe Babe, directeur de Sibra, et Jean-Luc Rigaut entendent “banaliser” l’exploitation de ces autobus hybrides avec leurs équivalents thermiques. “Notre volonté consiste à faire en sorte que l’ensemble du matériel reste polyvalent”, explique Jean-Luc Rigaut. Six lignes principales sont susceptibles d’accueillir ces machines en exploitation, mais elles seront principalement mises en service sur les quatre plus contraignantes en nombre d’arrêts (comme sur la ligne 1 qui relie Annecy-le-Vieux au lycée de Poisy) ou du fait de la topographie. Christophe Babe insiste sur le fait que tous les conducteurs peuvent tourner sur toutes les lignes du réseau. Le confort de conduite fait d’ailleurs partie de l’évaluation prévue au contrat Performance Hybride. Le poste gazole sera évidemment étudié de près, sachant que la moyenne du réseau est de 42 l/100 km. Irisbus avance un retour sur investissement compris entre sept et huit ans sur le Citelis hybride. Un amortissement assuré si le gazole poursuit sa flambée tarifaire…
Même si les volumes sont pour l’instant très faibles, les autobus hybrides commencent à faire l’objet d’appels d’offres dédiés. La RATP teste quelques spécimens de ces machines depuis plusieurs mois. Annecy avait franchi le pas début 2012 dans un appel d’offres portant sur deux véhicules. Ont concouru a celui-ci: Irisbus, Man, Mercedes-Benz, et Solaris. Grenoble et Rouen vont suivre très prochainement avec la mise en service de leurs autobus hybrides. Le Sytral étudierait une telle option pour le franchissement du second tube du tunnel de la Croix-Rousse qui devrait être également ouvert aux cyclistes. Côté constructeurs, la marque Scania a révélé qu’elle commercialiserait bientôt une solution hybride parallèle pour ses autobus (après avoir étudié des solutions en hybride série). Cette ultime annonce fait que tous les constructeurs sans exception proposent (ou proposeront à court terme) une alternative hybride aux autobus conventionnels.
