Interview Alors que la crise économique malmène l’économie des contrats de transport dans l’Hexagone, le 20e congrès de la Fédération nationale du transport de voyageurs (FNTV) consacre aussi l’autocar comme un mode à l’avenir prometteur. Analyse et discussion autour de ce paradoxe avec Michel Seyt, président de la FNTV.
Comment la profession subit-elle les conditions économiques délicates d’aujourd’hui?
– Nous ressentons naturellement les difficultés, notamment lors des appels d’offres, mais rien de catastrophique encore, comme c’est le cas dans d’autres secteurs. Un certain nombre d’indicateurs nous inquiètent cependant. Les délais de paiement des collectivités se rallongent par exemple, et impliquent des sorties de trésorerie importantes; les formules de révision inscrites dans les contrats sont généralement calculées à l’année. Le décalage est donc évidemment néfaste pour les entreprises, surtout en ce qui concerne le poste carburant. Quant aux appels d’offres en eux-mêmes, leur complexité est cause de surcoût. La concurrence est désormais plus agressive entre les opérateurs, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur les prix pratiqués et donc l’économie de plus en plus fragile des contrats. Pourtant, la délégation de service public est une bonne formule, économique et souple, encore faut-il lui donner toutes ses chances.
La nature de ces contrats a-t-elle aussi évolué?
– Nous voyons en effet se développer des marchés publics et des raccourcissements de durée contractuelle. Parfois même des marchés à bons de commande d’un an, renouvelable trois fois. C’est une tendance forte aujourd’hui. Il peut en résulter un manque de lisibilité, nuisible à l’initiative privée en matière de transport, une tendance qui ne sera malheureusement pas contrebalancée par le recours à des modes de gestion publique. Ils peuvent apparaître comme un recours, ils ne sont pas sans inconvénients. Par exemple, la relation contractuelle permet de bâtir un projet équilibré, maintient l’émulation entre compétiteurs et assure, sur la durée, l’innovation et la performance. La plupart des élus locaux nous ont fait confiance, il ne faut pas l’oublier, et la profession ne cesse de progresser pour répondre à leurs attentes.
Parmi les premières mesures gouvernementales, lesquelles auront un impact sur votre secteur?
– Il est certain que la fin du dispositif Fillon sur l’allégement des charges patronales sur les bas et moyens salaires ne sera pas indolore. Notre secteur connaît le temps partiel subi, et nous sommes à la recherche de toutes les solutions qui permettent d’y remédier: partenariat avec Défense Mobilité pour les militaires en fin de contrat, avec Pôle Emploi, ou la complémentarité d’emplois avec d’autres secteurs d’activité recrutant essentiellement à temps partiel. C’est la structure de nos marchés qui veut cela. On pourrait y remédier en misant sur le réemploi, la multi-activité de nos entreprises (transport occasionnel, tourisme par autocar…).
Le paradoxe veut qu’en cette période difficile, le champ des possibles semble aussi s’ouvrir pour l’autocar. La profession arrivera-t-elle à profiter de cette opportunité?
– On vient peut-être à l’autocar par nécessité, mais c’est aussi, et on le découvre de jour en jour, un outil formidable. Sur des marchés encore émergents, comme les lignes internationales, la présence des grands opérateurs, dont la SNCF (iDBUS), a envoyé un signe clair qui nous permet de sortir de l’opposition entre le rail et la route. Les deux sont complémentaires. La FNTV n’est plus seule à lui trouver des qualités. Tant mieux! L’image positive de l’autocar n’est plus un sujet de débat, il faut maintenant passer aux travaux pratiques. Et là, nous avons des idées. Le développement des lignes nationales et interrégionales, dans le cadre des lois de décentralisation (acte III), une vraie initiative pour les gares routières, que les pôles d’échanges et l’intermodalité intègrent tous les modes. Nous avons aussi des projets: l’innovation pour l’autocar, avec l’ensemble des partenaires, AOT, constructeurs et opérateurs. Des liens au niveau européen pour des initiatives de croissance, comme en témoignera d’ailleurs notre congrès.
Votre 20e congrès, qui se déroule le 10 octobre, est-il le reflet de l’ensemble de ces évolutions?
– Oui, bien sûr. Nous traiterons, fidèle à notre approche pragmatique, tous les sujets du moment. Des modes de gestion en passant par l’intermodalité, avec le concours et, c’est à noter, des élus locaux qui ont voulu des régies ou des SPL, ou encore Gares & Connexions, des parlementaires, des experts européens. Nos adhérents répondent présents. Au-delà, nous rassemblons un plus large public, d’année en année. Toutes les opinions sont représentées, les administrations, le Certu, les partenaires de la FNTV, etc. Le congrès reflète clairement les préoccupations de l’ensemble des adhérents de la FNTV, notamment en ce qui concerne les enjeux de la réforme territoriale. Nous débattrons de l’avenir de la mutualisation des services et des compétences au niveau régional, du département comme AOT de proximité, de la desserte du périurbain, etc.
Nous nous interrogeons aussi sur les outils dont peuvent disposer les élus pour faire leur choix entre gestion publique ou privée. Faire progresser les transports collectifs, dans un contexte économique et social tendu, est notre priorité. Poursuivre le dialogue avec les élus sur les solutions à apporter aux besoins de mobilité de nos concitoyens.
Sur quels axes de réflexion vous êtes-vous concentrés?
– Nous nous sommes fixés comme objectif d’apporter des éléments d’analyse sur la plupart des sujets saillants: modes de gestion, infrastructures, accessibilité, nouveaux marchés.
Vous ancrez donc clairement cette édition dans une vision optimiste?
– En réalité, l’accessibilité, par exemple, est à la fois un défi majeur pour nos sociétés (rendre les modes de transport accessibles à tous) auquel nous entendons répondre et, en même temps, nous rencontrons des difficultés, collectivement, pour être dans le délai fixé par la loi de 2005. Notre option a été de parler vrai, et dès que nous nous sommes aperçus de l’ampleur des difficultés, de rechercher avec les AOT et le concours de l’État, une solution. Ce sujet est encore devant nous. Nous n’avons pas de réponse pour l’instant. Nous avons présenté nos propositions et sommes prêts à en débattre.
Cette année, comment appréhendez-vous ce 20e congrès de la fédération?
En termes de fréquentation, c’est déjà un bon cru. Il faut dire que depuis quelques années, les congrès ont pris une orientation plus politique – la politique transport que veulent mener les élus locaux conditionne au premier chef l’activité de nos adhérents et nous nous attachons donc à nouer le dialogue avec eux – et que nous abordons tous les thèmes, sans faux-semblants, sans esquive. Nous souhaitons parler d’intermodalité par exemple mais en traitant de la coordination des compétences des AOT, une coordination nécessaire à l’heure de la pression forte sur les budgets publics. Nous parlons aussi des modes de gestion des services publics, dans la mesure ou l’on a vu apparaître les sociétés publiques locales. Nous voulons comprendre ce qui motive la décision des élus, et nous souhaitons les convaincre d’enclencher des processus de contractualisation ouverts qui misent sur le savoir-faire des entreprises, leur capacité d’innovation, leur productivité. Au-delà de nos adhérents, nous enregistrons la présence d’un nombre croissant d’élus, ce qui nous conforte dans notre choix. Les congrès de la FNTV deviennent de vrais lieux d’échanges et d’expertise du transport interurbain, départemental et régional, la 20e édition confirme cette orientation
Quelles sont les nouveautés?
Cette année, nous traitons des nouveaux marchés et de l’évolution technologique à venir concernant l’autocar (avec de nouveaux véhicules en présérie d’ici à 2016). Une double évolution s’amorce: le développement des lignes routières longue distance, express, et l’équivalent de ce qu’a connu l’autobus, dans le souci de répondre aux attentes des voyageurs. De nombreux experts européens nous rejoignent également car il est important de se situer, de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs.
Quels sont les sujets "chauds" abordés?
Nous traiterons de l’accessibilité, un sujet où les solutions tardent à venir. Nous arrivons avec des propositions. Elles sont connues de tous: État, AOT, associations, etc. Nous nous félicitons des travaux du groupe de travail voirie et transports et des conclusions du rapport Krattinger, mais il faut franchir une nouvelle étape et entrer dans l’opérationnel. Les SDA et les appels d’offres doivent être cohérents et conformes à la loi.
