Le monde des transports publics me fait aujourd’hui songer à ces deux figures mythiques, Vladimir et Estragon, nées sous la plume de Samuel Beckett.
Au bord d’une petite route de campagne – sans abribus – ils attendent Godot, en qui je vois cette fois l’incarnation d’un gouvernement fraîchement élu. Les deux protagonistes, que j’ai volontiers envie de nommer Urbain et Interurbain, connaissent bien les attentes qui sont les leurs, les changements nécessaires qui assureront la pérennité de leurs activités et le développement de leur fonds de commerce: la mobilité. Ce qu’ils ignorent, c’est pourquoi Godot les a convoqués là, et ce qu’il pourra vraiment leur proposer pour se sortir des difficultés économiques et parfois réglementaires auxquelles ils sont constamment confrontés. L’un veut de nouvelles ressources, une stabilité des contrats; l’autre une reconnaissance de l’importance de son rôle et, pourquoi pas, l’ouverture de marchés nouveaux sur lesquels il pourra peut-être s’épanouir. Tous deux souhaitent une modification de la gouvernance du transport. Non pas une nouvelle branche poussée artificiellement sur l’arbre qui les abrite, mais bien un solide tronc, revu et corrigé, sur lequel ils pourront graver en toutes lettres les symboles de leurs savoir-faire respectifs. Ils l’ont d’ailleurs bien fait savoir, et ce depuis longtemps, fournissant même à qui voulait l’entendre quelques ébauches de solutions pratiques. Godot les a-t-il compris? Quelle bonne nouvelle s’apprête-t-il sûrement à leur délivrer? Après tout, il leur a bien promis de venir en ce lieu, non? Patients, Urbain et Interurbain, accepteront sans broncher le premier message délivré par l’enfant: "Godot viendra demain." Malgré l’importance des dossiers en suspens, l’urgence de certaines situations, et la nécessité permanente de répondre à de grandissants besoins de mobilité, nos deux protagonistes ont appris la patience. Autre leçon. En fait, le plus perturbant dans cette pièce jouée de main de maître, c’est que nous, spectateurs attentifs, savons très bien que Godot a toutes les chances de ne pas venir, en tout cas pas cette fois, sans doute demain, ou plus tard. Soyons donc patients nous aussi, à l’ombre d’un arbre qui, finalement, vaut bien un bel abribus…
