Concept Sans être l’objet d’une présentation spéciale à Autocar Expo, le projet @-car a néanmoins créé le buzz. En quoi ce véhicule mi-autocar mi-tramway marque-t-il un tournant dans l’avenir du car? Feuille de route avec quelques conducteurs majeurs du dossier.
LE point de départ du concept @-car apparaît d’une grande simplicité. “Certaines autorités organisatrices (AO, ndlr) souhaitaient mobiliser les constructeurs afin d’obtenir les véhicules dont ils avaient exactement besoin”, explique Laurence Pariès, directrice des transports terrestres du département de la Gironde. Les différentes AO
Selon les AO à l’origine de la réflexion, @-car sera un véhicule de transport en commun routier, intermédiaire entre l’autocar et le tramway sur pneu. Il sera destiné à assurer des prestations de transport routier de voyageurs à haute qualité de service (CHNS) sur des infrastructures dédiées ou non. Il doit permettre de transporter rapidement et confortablement un grand nombre de voyageurs en respectant l’environnement. Mais aussi contribuer à renforcer l’attractivité du transport interurbain de voyageurs. “Ce cahier des charges est un peu comme une liste à la Prévert qui va impliquer une forte modularité, explique Philippe Fénart. Il se partage cependant en plusieurs item technologiques, capacitaires ou, plus simplement liés à l’image du mode. Quoi qu’il en soit, la réflexion sera finalement partagée entre la FNTV, les départements et les régions.”
Dans le cadre du consortium, le postulat de base a retenu la nécessité de disposer de deux solutions possibles pour chaque item. Si personne n’évoque une forme quelconque de “patriotisme” industriel, Laurence Pariès reconnaît tout de même que “le projet doit mobiliser des ressources importantes, avec des retombées sur l’emploi en France, dans les régions où les entreprises membres du consortium seront implantées.” Un postulat qui n’a rien de neutre, et que reconnaît lui aussi volontiers Philippe Fénart.
Sur le plan économique, le volume de véhicules concernés par @-car s’élevait au départ à une centaine. “Seulement, le nombre d’AO qui souhaitent contribuer au projet ne cesse d’augmenter”, constate Philippe Fénart. Aussi, il est fort probable que l’enjeu industriel soit bien plus important qu’initialement prévu. La prochaine étape consiste en la remise du dossier à l’Ademe fin octobre, “avant d’être fixé sur le fait qu’il soit retenu ou pas dans le cadre du Grand Emprunt entre le milieu et la fin 2013”, précise Philippe Fénart. Car l’avenir de l’autocar pourrait bien être étroitement lié au futur de @-car.
La réflexion a été initiée par le département de l’Isère, bientôt rejoint par les Bouches-du-Rhône, la Charente-Maritime, les Côtes-d’Armor, la Gironde, la Loire-Atlantique, la Meurthe-et-Moselle, le Bas-Rhin, le Rhône, la Saône-et-Loire et la région Aquitaine.
Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
Le véhicule présenté dans le cahier des charges a pour vocation:
– d’assurer le transport d’usagers interurbain à partir de lignes qualifiées à forte fréquence, dotées d’une vitesse commerciale attractive;
– de connecter aux lignes fortes des réseaux urbains et SNCF;
– d’optimiser l’équilibre économique des lignes;
– de construire une image positive du car;
– d’être confortable, accessible, de grande capacité, éventuellement modulaire;
– d’être flexible pour répondre à une grande diversité d’usage;
– d’être doté d’équipements embarqués fonctionnant sur un mode plug & play;
– d’être utilisable sans nécessiter de lourds investissements de voirie et d’infrastructure, guidé là ou cela est utile et conduit de façon ordinaire partout ailleurs;
– d’offrir des performances environnementales inégalées avec un bilan carbone le plus faible possible, mû sans émission nocive de polluants;
– d’être conforme aux réglementations françaises et européennes, et notamment la directive CE-EU/2001/85.
Pierre Cossard: Quelle est l’implication exacte de la FNTV dans le projet @-car?
– C’est avant tout le résultat des liens tissés avec les départements et de l’accueil favorable reçu par le projet au sein de l’Assemblée des départements de France (ADF). Je suis un ancien de la "territoriale", j’ai toujours considéré naturel cet échange. Je me considère comme parfaitement à l’aise dans la relation autorité organisatrice et opérateur. Et, quand celle-ci est difficile (ce qui arrive?!), je mise toujours sur le dialogue, même si chacun doit rester dans son rôle. Avec @-car, nous rencontrons désormais des élus et des techniciens très impliqués pour faire évoluer l’autocar.
Naturellement, la FNTV a saisi l’occasion lorsqu’elle s’est présentée pour travailler sur le sujet, toujours dans cet esprit de dialogue que j’ai évoqué. C’est pour cette raison que la FNTV a accepté le leadership du consortium.
P.C: Quelle est la consistance du projet?
– Il est encore trop tôt pour le dévoiler complètement. Le grand oral à l’Ademe est prévu à la fin du mois avec l’Appel à manifestation Poids lourds dans le cadre des investissements d’avenir. C’est un véhicule qui intègre l’information nécessaire à un service public de qualité, comme le ministre l’a appelé de ses vœux au Congrès de la FNTV, ainsi qu’une grande modularité. Il n’existe pas encore. C’est la raison pour laquelle, il s’agit vraiment d’un nouveau véhicule. Je pense que nous pourrons dévoiler le projet lors des Rencontres du transport public qui auront lieu à Bordeaux à l’automne 2013.
P.C: Quelles leçons tirez-vous de cette expérience?
– Le rapport entre l’autorité organisatrice et le transporteur est essentiel pour réussir le transport et le faire évoluer dans l’intérêt de nos concitoyens. L’existence d’une filière et les gisements d’emplois qui peuvent en découler aussi. C’est dans cette logique que nous avons eu plusieurs réunions de travail avec les industriels et le cabinet du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.
Propos recueillis par Pierre Cossard
* Fédération nationale des transports de voyageurs
