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Osons le car!

Corrèze Suppression de lignes, rationalisation de l’offre, fin de la gratuité pour les scolaires… Cette région du Limousin réorganise ses transports départementaux pour assurer leur survie. Pas toujours facile.

JEAN DAIX, directeur général adjoint du conseil général de la Corrèze, est clair lorsqu’il évoque les transports dans son département: “L’objectif est de pérenniser un transport public de qualité alors que, financièrement, nous avions atteint les limites possibles.” Une façon de résumer une situation devenue intenable: 17 millions d’euros dépensés par an pour transporter “gratuitement” 17 000 élèves, plus trois millions pour des lignes régulières dont bon nombre de cars circulaient à vide… Dans ce département (fief de deux présidents de la République!) où la gratuité des transports scolaires est érigée en dogme depuis 2001, la participation financière des parents d’élèves a fait grincer des dents. Il ne s’agit pourtant que d’une mesure périphérique, presque anecdotique, au sein d’une refonte profonde des transports départementaux. “Il fallait sécuriser nos transports, tant sur le plan juridique que financier”, explique Jean Daix. Une étude est donc lancée en 2009. Deux ans plus tard, un nouveau schéma départemental des transports est adopté à l’unanimité. “Concernant les transports scolaires, il fallait tenir compte de l’évolution de la réglementation européenne sur les petits transporteurs. Et nous devions passer des marchés négociés à une procédure d’appels d’offres. Mais nous n’allions pas lancer un appel d’offres européen pour chacune de nos 500 lignes scolaires?!”, poursuit Jean Daix.

Une rationalisation par lots

Les techniciens du service transport du département ont donc profité de l’échéance des marchés en juin dernier pour repenser toute l’architecture des transports scolaires. “Nous avons regroupé par secteur géographique les quelques 500 lignes scolaires en 11 lots, explique Florence Bertin, la responsable du service. Les prestataires ont ainsi pu réorganiser les lignes par secteur, donc enchaîner les services avec les mêmes véhicules et les mêmes chauffeurs. Ce qui arrange tout le monde. Les chauffeurs ont plus d’heures et gagnent ainsi mieux leur vie, les coûts sont réduits. Et nous n’avons plus que onze interlocuteurs, ce qui est un gain d’efficacité.” Dans les faits, les transporteurs – en Corrèze, un seul groupe national (Veolia-Transdev), plusieurs belles PME et une myriade de petits transporteurs – ont dû apprendre à travailler ensemble avec, pour chaque lot, un mandataire qui s’entoure de cotraitants. Au final, cinq entreprises se partagent les onze lots – le plus petit d’entre eux concerne 700 enfants, le plus gros 2 500 – en sous-traitant une partie de ceux-ci avec les autres transporteurs, et la majorité de ceux qui ne faisaient que du transport scolaire est devenue chauffeurs. “Par ailleurs, nous avons considéré qu’1 h 30 était le temps maximum qu’un élève pouvait passer dans un car. Nous avons conservé la prise en charge à partir de 1 500 m de l’établissement (3 000 m dans la réglementation) mais nous avons réduit le nombre d’arrêts en fixant à 500 m minimum la distance entre deux arrêts? – c’était parfois 300 m auparavant?–, ce qui réduit également les risques d’accident.” D’autant que, mieux identifiés, ces arrêts seront prochainement aménagés.

La sécurité renforcée

Sécurité encore avec la volonté de devancer la législation en équipant de ceintures de sécurité tous les véhicules d’ici à 2014. Pour aider les entreprises à renouveler leur parc, la durée des contrats a été portée à sept ans. Sécurité toujours avec l’élaboration d’un plan neige, sorte d’itinéraire bis pour chaque circuit en cas d’intempéries, avec des alertes internet et SMS aux familles, et une analyse fine de la situation dans chaque secteur du département grâce à la présence de “contrôleurs” en Basse, Moyenne et Haute-Corrèze. Il s’agit en fait d’agents des trois centres techniques chargés des routes qui ont aussi pour mission la vérification du cahier des charges (état des véhicules, kilométrage, etc.). Enfin, à propos de l’aspect le plus controversé de la refonte des transports scolaires, la fin de la gratuité, ce serait plutôt une simple rationalisation. “De nombreux parents inscrivaient leurs enfants mais les transportaient eux-mêmes, explique Jean Daix. De fait, les véhicules étaient surdimensionnés. Désormais, nous demandons une participation financière.” Cette participation est toutefois modeste: 30 euros par an et par enfant pour les familles non imposables ou soumises à la première tranche de l’impôt (72 % des familles corréziennes), 60 euros pour une imposition à 14 % (22 % des familles). Avec une dégressivité pour les autres enfants d’une même famille. À comparer avec les 124 euros annuels réclamés pour chaque élève avant la date d’instauration de la gratuité en 2001.

Les lignes régulières remises à plat

La refonte des 14 lignes régulières a été plus radicale. La moitié d’entre elles a été supprimée et remplacée tant bien que mal. “Sur certaines d’entre elles, nous avions 200 passagers sur l’année pour un coût atteignant 150 euros à 200 000 euros, assène Jean Daix. Nous avons imaginé des alternatives originales, et non figées, qui permettent des économies reportées là où les besoins augmentent.” Dans les faits, la suppression de lignes régulières a été compensée par l’ouverture au public des lignes scolaires. Cela oblige à équiper les véhicules pour la délivrance de titres de transport et pour l’encaissement. Avec un seul aller-retour quotidien, ce service permet essentiellement des trajets domicile travail. “Pour les autres besoins, les rendez-vous santé par exemple, et lors des congés scolaires, nous avons mis en place des Transports à la demande (Tad, ndlr)”, précise Florence Bertin. Ces derniers s’ajoutent à ceux qui existaient déjà dans les autres secteurs non pourvus de lignes régulières, avec la même tarification que dans les cars: 2 euros le trajet. Aucun changement en revanche pour Handimobile, le service de transport lancé en 2003 pour aider les handicapés moteur à retrouver une vie sociale avec des loisirs plus accessibles.

Entente cordiale autour d’un nouveau nom

Deux autres modifications devraient contribuer à assurer la pérennité des transports départementaux corréziens. Une très visible, une autre plus discrète. Cette dernière concerne la collaboration avec les autres autorités organisatrices. Désormais, la région, l’agglomération de Brive et celle de Tulle travaillent en bonne intelligence avec le département, les querelles politiciennes ayant laissé place à un partenariat efficace et une rationalisation de l’offre. Autre changement: dépourvu d’identité, le réseau a été baptisé Oz’Car. Avec un logo coloré qui invite à oser le car en Corrèze. Nom et logo ont été imaginés par le service com du conseil général. Sans doute plus économique que de contacter un studio de design.

En chiffres

TRANSPORTS SCOLAIRES

– 17 000 élèves à transporter

– 500 lignes scolaires

Coût: 17 millions d’euros

LIGNES RÉGULIÈRES

– 7 lignes régulières, contre 14 précédemment

– 30 260 billets unitaires

– 1 451 cartes 10 voyages

– 414 abonnements mensuels

Coût: 3 millions d’euros

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Auteur

  • Olivier Jacquinot
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