Transport à la demande (TAD) Malgré les difficultés que connaît Veolia Transdev (VTD) en France, la compagnie de transport maintient le cap aux Pays-Bas grâce à sa filiale Connexxion, rachetée en 2007. Son point fort: une expertise dans le transport à la demande, un secteur dans lequel les Pays-Bas font figure de bons élèves au sein de l’Union européenne.
AVEC 1,1 milliard de chiffre d’affaires annuel aux Pays-Bas, Veolia Transdev (VTD), via sa filiale Connexxion, a réussi à s’imposer comme un acteur majeur du transport public du plat pays. “Ici, Connexxion, c’est un peu comme une RATP néerlandaise”, indique Hubert Guyot, directeur du Benelux pour VTD.
Connexxion est née en 1999 à la suite d’une fusion entre plusieurs compagnies publiques néerlandaises de transport. Rachetée à hauteur de 67 % par Transdev en 2007, elle est, depuis le rapprochement entre Transdev et Veolia Transport en 2011, une filiale de VTD. Les 33 % d’actifs restants étant toujours publics. Opérant à la fois des réseaux de bus, cars, tramways, ferries, navettes fluviales, taxis, transport d’ambulance… la compagnie a aussi développé le secteur du TAD, marché stratégique au pays de la tulipe, sur lequel elle est désormais leader avec 283 millions de chiffre d’affaires en 2011.
En devenant actionnaire majoritaire de l’entreprise, VTD a dû prendre en compte les spécificités du marché néerlandais. Car, là-bas, “les transports à la demande, sont les plus développés et les mieux organisés d’Europe”, indique Veolia Transdev dans un communiqué. La raison est à chercher dans la législation du pays, et plus spécialement dans la loi Wmo, qui prévoit que tout le monde doit avoir accès au transport public, notamment les personnes à mobilité réduite et les seniors. En application depuis 2006, Le texte “confère aux municipalités la responsabilité de s’assurer que leurs concitoyens peuvent participer de manière active à la vie de la communauté et de leur permettre d’être autonomes le plus longtemps possible, notamment dans leurs déplacements”, indique VTD. Quant on sait que l’hospitalisation d’une personne dépendante coûte 16 K euros de plus par an à l’État que la mise en place d’une aide à son autonomie, l’objectif d’économie semble clair. Concernant les personnes âgées, le TAD existe depuis 1995. Il est pris en charge par les autorités locales.
Dans le même ordre d’idées, toute personne habitant dans des zones mal desservies en transport en commun peut en outre bénéficier d’un TAD pour le prix d’un trajet en bus. Du coup, depuis 2011, le système de TAD ouvert (qui fonctionne pour tout le monde et qui est moins subventionné) et fermé (basé sur le handicap et l’âge) couvre 75 % du territoire au total.
Cette politique en faveur du TAD est une aubaine pour la compagnie qui a développé de nombreuses compétences et innovations dans le domaine. Parmi les services de TAD proposés par Connexxion, on trouve le Regiotaxi, un système de transport collectif à la demande (TCD) qui permet aux habitants de zones reculées de réserver un moyen de transport, en payant juste le prix d’un trajet en bus (grâce à une subvention publique). Ce service, disponible de 7 heures à minuit, nécessite une inscription et une réservation au moins une heure à l’avance. Il est accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR).
Pour les PMR et les seniors, un service de TAD, nommé Valys, leur est tout spécialement destiné. Chaque personne bénéficiant du service a un nombre de kilomètres subventionnés par l’État de 450 km par an (qui peut être augmenté à 2 250 km par an pour les détenteurs du pass qui ne peuvent pas coupler leur voyage avec le transport par train). La subvention, quant à elle, varie en fonction du niveau de handicap de la personne.
Avec 4 000 véhicules et près de 5 000 salariés, la compagnie transporte chaque année plus de 25 millions de passagers, et dispose d’une part de marché de 30 % sur le secteur. Nouveauté, depuis le printemps 2012, les e-business taxi sont proposés à l’ensemble des clients pour les trajets entre l’aéroport de Schiphol et le centre d’Amsterdam. Il s’agit de véhicules 100 % électrique avec batteries interchangeables et même Wi-Fi gratuit à bord.
Enfin, l’Ambulancezorg ou service d’urgence médicalisée (pour les déplacements prévus et les urgences) est assuré, lui, dans 32 villes et cinq régions du pays. Un système subventionné par l’assurance maladie. De nombreux efforts sont alors consentis pour remporter les marchés. Ainsi, un système de liaison informatique entre l’ambulance et l’hôpital permet d’obtenir un prédiagnostic du patient. Depuis peu, le personnel ambulancier à la possibilité de faire une photo de l’accident et de l’envoyer directement au centre hospitalier pour faciliter la prise en charge. Une activité que VTD souhaite développer au-delà des Pays-Bas, une zone où le groupe se porte à merveille. D’autant plus que la situation actionnariale de Connexxion pourrait évoluer d’ici peu en faveur du groupe français. En effet, le contrat qui avait été signé entre l’État et VTD lors du partage de la filiale, prévoit la possibilité que le pays se désengage complètement de Connexxion. Ainsi, VTD pourrait en devenir actionnaire à 100 %. Mais reste à attendre le point de vue du Parlement, lequel pourrait remettre en question le fait que la plus grosse compagnie de transports publics des Pays-Bas soit détenue intégralement par une entreprise étrangère et que l’État n’ait plus son mot à dire. Affaire à suivre.
