Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

La gestion publique des transports se sent pousser des ailes

Bourg-en-Bresse Les Journées 2012 de l’Association pour la gestion indépendante des réseaux (Agir) ont été portées par l’explosion du nombre d’adhérents et le regain de motivation, toujours d’actualité, des nouveaux convertis.

Assez classe!”, a estimé Stéphanie Lopes d’Azevedo, de l’UTP. Les Journées Agir 2012 n’ont pas versé dans le triomphalisme. Dans les travées du parc d’exposition de Bourg-en-Bresse, la certitude du “retour” durable de la gestion publique des transports a simplement remplacé l’obligation de s’affirmer comme une alternative crédible à la délégation de service public. En raison du niveau de performance croissant des “régies” et des “frais de siège et d’assistance”, toujours incontournables, des groupes.

L’actualité atteste de ce retour en grâce. Les couloirs de Bourg-en-Bresse bruissaient de la “conversion” en cours de Périgueux.

L’agglomération avait fait le déplacement, annonçant sous le manteau, son intention de déclarer infructueux son dernier appel d’offres. Et de remplacer Veolia par une régie. Au petit jeu des “prises de guerre”, les basculements de Nice et Cannes ont fait parler. “À Cannes, les circonstances sont exceptionnelles, mais à Nice, Christian Estrosi sait très bien ce qu’il fait et pourquoi il le fait”, a souligné Gilles Bourdouleix, président d’Agir. Rappelant au passage, comme en faisant ses gammes, que le clivage “régies” pour villes à gauche, délégations de service public dans celles dirigées par la droite, ne valait plus. La galaxie Agir, qui compte déjà dans ses rangs Toulouse et Marseille, a l’esprit maintenant tourné vers les grandes villes bientôt en appels d’offres. “Beaucoup d’élus renouvellent leurs DSP. L’écart entre le nombre de régies et celui des DSP reste important. Nous espérons un rééquilibrage”, estime Arnaud Rabier, directeur général d’Agir. Bordeaux vient de demander que l’on prenne au sérieux, lors du prochain appel d’offres, l’option d’une gestion publique de ses transports. Pour Sébastien Lampin, consultant en transports publics à Toulouse, “un tel changement de pied en faveur d’une gestion publique dans l’estuaire de la Gironde servirait sans doute à point nommé les ambitions de Vincent Feltesse, le « jeune » président de la Communauté urbaine de Bordeaux.” Autre ville observée par la galaxie Agir, Grenoble arrive aussi au terme de son contrat avec Veolia Transdev.

Deux fois plus d’adhérents en deux ans

Signe de bonne santé de la gestion publique, les nouveaux adhérents d’Agir se sont multipliés comme des petits pains ces derniers mois. “35 en 2012 après 25 en 2011. En deux ans, nous sommes passés de 60 à près de 120 membres, s’étonne encore Gilles Bourdouleix. Les collectivités s’interrogent. Sans doute, en ont-elles besoin alors que la concurrence se raréfie vu les incertitudes entourant l’avenir de Veolia Transdev.

Même non-adhérents, les élus en charge de transports ayant fait le déplacement de Bourg-en-Bresse ont été plus nombreux cette année, alors qu’ils laissaient souvent ce déplacement à leurs directeurs des transports. Parmi eux, Aline Billote, vice-présidente aux transports de Lons-le-Saunier dans le Jura: “J’ai appris ce qu’était une SPL il y a deux jours, à un congrès régional de la Fnaut, les utilisateurs des transports. L’an dernier, alors que nous renouvelions notre DSP, personne ne nous en avait parlé. Peut-être devrons-nous faire quelque chose de ce genre pour mieux nous coordonner avec le département du Jura. Je m’informe pour renseigner mes collègues, en particulier mon président.” Comme Lons-le-Saunier beaucoup de villes sont passées en visiteur: le Sytral (Syndicat des transports, Lyon), Clermont-Ferrand qui faisait son retour après quelques années d’absence. Les départements, eux, ne se comptaient plus, venus s’instruire des témoignages des prédécesseurs, passés dernièrement en régie ou en SPL: Saône-et-Loire, Ille-et-Vilaine, Tarn, Ardèche et Landes. Les Vosges, le Var et le Rhône ont avoué leur questionnement. Pascal Raoul, directeur des transports du département du Rhône, explique: “D’ici juillet 2013, nous allons agglo­mérer 120 marchés publics et 20 DSP en cinq DSP. L’une a été passée en septembre, les quatre autres, plus importantes, n’ont recueilli qu’une réponse par lot. À court terme, nous n’avons pas l’intention de changer de système, mais après avoir examiné la qualité des réponses, nous verrons bien. L’exemple du Tarn montre que la SPL peut servir d’électrochoc auprès des transporteurs.” Michel Jacomme, directeur de la régie des transports de l’Orne voit, lui aussi, les élus s’interroger autour de lui. “Dans mon département, Argentan est en régie et l’agglomération de Flers s’est posé la question quand elle a lancé sa dernière consultation. Tous constatent ici que nous ne sommes pas des administratifs, qu’on a les mains dans le cambouis, qu’Agir écoute et sera à leurs côtés, s’ils veulent y aller.

"Un acte de décentralisation!"

Gilles Bourdouleix a poussé son avantage auprès de ces élus territoriaux, en évoquant le thème de la résistance au tout-État: “Nous ne faisons pas de prosélytisme. Le « i » d’Agir signifie indépendant, pas intégristes de la gestion publique. Mais si nous sommes vigilants par rapport aux grands groupes, quand, faute de concurrence entre eux, ils n’apportent pas tout ce que nous pouvons attendre d’eux, choisir un mode public de gestion peut aussi être considéré comme un acte de décentralisation. C’est une façon de ne pas se mettre entre les mains de l’État, quand Keolis est détenue à 70 % par la SNCF, elle-même 100 % État, comme la RATP et Veolia à moitié par la Caisse des Dépôts et consignations.

Plus prosaïquement, pendant ces Journées, Agir a continué, comme depuis son origine, à mettre l’accent sur les économies réalisées grâce à une gestion publique. André Lefeuvre, en Ille-et-Vilaine, a redit les 3,6 millions d’euros annuels économisés grâce à sa régie. Mélanie Rouault, directrice de la SPL de Saumur, a rappelé que la facture des transports avait baissé de 20 %. Gilbert Cortassa, consultant en transports publics, de Grenoble, a présenté, une grille d’analyse des transports interurbains et scolaires pour bien administrer les appels d’offres et le suivi des contrats. Éléments de contexte socio-économique, ratios kilométriques et financiers, indices de fréquentation, l’art du transport public ne s’en trouve pas bouleversé. Mais le document va être distribué et rempli par les adhérents pour ensuite bien ancrer les comparaisons possibles dans le réel. “Les départements ne disposaient pas de ce genre d’outil. Nous en élaborerons ensuite dans le transport urbain”, souligne Arnaud Rabier.

Oubliés, les fondamentaux du transport public?

Au chapitre des coûts, les tenants de la gestion publique ont toujours dans leur viseur les frais de siège et les contrats d’assistance des grands groupes. À propos des ceux épargnés aux opérateurs publics (régies, SPL, Sem, Epic) par la construction de dépôts ou l’achat de flottes de véhicules par les collectivités et les manques de transparence qui en découlent au moment des appels d’offres, ils répondent sereinement. “Nous, élus, en faisons souvent autant pour des délégataires. Ensuite, tout reste transparent pour les collectivités. Nous n’avons aucune manière de cacher des dépenses”, affirme Gilles Bourdouleix. Christian Juhel, directeur de la régie de Troyes, ajoute: “Nous subissons des contrôles sévères de la part des chambres régionales des comptes.

Parmi les grandes motivations, à Agir, figure toujours le manque de concurrence dans les territoires. “C’est la raison pour laquelle Saumur a fait le choix de la SPL. Auparavant, il y avait eu une Sem, puis une délégation. Cela correspond à une situation à un moment donné. Il faut rester souple”, explique Mélanie Rouault.

Technicité comparative?

Les Journées de Bourg-en Bresse voulaient aussi montrer la technicité, souvent contestée, des opérateurs publics de transports. “Économisez mieux, dépensez mieux!”, apostrophait le thème des Journées. “Nous avons plus que jamais l’ambition de nous montrer aussi innovants et plus efficaces que les groupes”, raconte Bernard Delbé, directeur de la régie d’Arras. Les conférences se voulaient donc précises: achat ou location des véhicules? Pour ou contre la gratuité? Les pistes d’optimisation pour des services de transport performants; information et billettique, les perspectives offertes par le NFC; régies et SPL pour dynamiser la concurrence; le transport à la demande pour réduire les coûts du transport. “Dans cette course à la performance, la chance des régies et autres SPL est, qu’en face, les grands groupes savent, certes, innover dans le téléphone ou la billettique mais ont tendance, parfois, à négliger les fondamentaux du transport public, estime Sébastien Lampin. La qualité n’est pas au rendez-vous quand les clients se plaignent d’être toujours en retard sur une ligne certifiée pour passer toutes les dix minutes, quand les fiches horaires sont périmées depuis deux mois, quand les temps de parcours restent les mêmes, été comme hiver. Dans ces conditions-là, les élus sont de moins en moins d’accord pour payer plus cher les services d’un groupe.” À Bourg-en-Bresse, Agir a plus que jamais posé cette question de confiance.

Retour au sommaire

Auteur

  • Hubert Heulot
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format