Comment résister à l’envie de comparer le fameux pacte du moment, qui devrait donner une seconde vie à notre économie nationale exsangue, à celui, non moins fameux – ou fumeux, c’est selon – contracté en son temps par ce bon vieux docteur Faust? Dans les deux cas semble-t-il, il s’agit bien, pour l’un des protagonistes, de vendre son âme – en l’occurrence, pour notre président, la foi en quelques-uns des piliers de son programme électoral – en échange d’un hypothétique renouveau de vigueur du pays qu’il dirige. Loin de moi l’idée de comparer ici de façon simpliste les marchés financiers au Méphistophélès du XVIe siècle. Donnons plutôt au second signataire – futur grand gagnant du marché de dupe, je le rappelle – le visage d’une crise économique protéiforme et endémique au modèle capitaliste moderne. Pas question non plus de porter un jugement quelconque sur les choix qui sont faits aujourd’hui dans les plus hautes sphères de l’État. Face au diable, après tout, tous les moyens semblent bons pour se sortir du pétrin. Le risque, une fois la signature apposée sur le document, c’est de découvrir avec angoisse les clauses de bas de page. Celles justement écrites en petits caractères. Dans le cas qui nous intéresse directement, elles se traduisent pour l’instant par un franc mécontentement d’une bonne partie de la population. Certains viennent de voir leur note fiscale brusquement augmentée. D’autres, la frange la plus fragile de la société – celle des chômeurs et travailleurs pauvres qui pensait peut-être avoir élu son sauveur en mai dernier – vient d’apprendre qu’elle sera encore plus importante l’an prochain. Les chefs d’entreprises, enfin, qui s’aperçoivent un peu tardivement que les jours meilleurs envisagés sont bien à inscrire sur le calendrier, mais pour 2014 ou 2015… Autant dire que l’encre à peine sèche, le buvard brûle déjà. Au fond, nos gouvernants d’aujourd’hui commencent à comprendre qu’il n’est décidément pas facile de négocier avec celui dont la plus grande force sera toujours de nous faire croire qu’il n’existe pas vraiment.
En attendant, nous allons tous commencer à payer, et ça, c’est bien écrit en grosses lettres!
