Sans être une piquette, le cru 2012 de Busworld Asia peut être jugé comme un petit millésime. Défection de King Long et Yougman, nombreux espaces vacants, on pourrait croire qu’il n’y avait rien à voir. Ce serait toutefois une grave erreur: les nouvelles tendances des constructeurs chinois s’y affichaient très clairement, et en particulier sur le bus scolaire.
Pour qui en douterait, les Chinois ont fait de l’édition 2012 du salon Busworld Asia un salon dédié aux véhicules scolaires! Nouvelle mode? Décision d’aller sur un marché encore peu occupé? En fait, ceci est le résultat de deux phénomènes. Le premier est lié à une prise de conscience des autorités chinoises qu’il fallait améliorer la sécurité du transport scolaire, objet de dramatiques accidents en 2011 et 2012. Le second est dû aux organisateurs! “Tout est né d’un quiproquo”, explique Didier Ramoudt, de Busworld International, dû à la création du prix Busworld et des conférences Busworld Academy, qui ont pour thème cette année la sécurité des bus scolaires. À l’échelle de la Chine, que ce salon ait été pris comme un salon du bus scolaire n’est certainement pas un mal”. Patrick Botto, membre du jury des prix Busworld Asia, confirme que les constructeurs partent de loin, voire de très loin… Pour le moment, Durisotti, Fast Concept Car, Gruau, Irisbus et Vehixel peuvent rester sereins: le modèle choisi par les Chinois semble davantage s’inspirer des standards américains. Une très grande majorité des véhicules exposés dans ce domaine reposent sur le concept du châssis de camion avec cabine semi-avancée! Pour les observateurs américains venus examiner les véhicules et exposer l’état de l’art en matière de sécurité du transport scolaire, la “candeur” des Chinois les amuse. Exemple type: la couleur jaune des School Bus! “Aux USA, cette couleur correspond à une référence RAL bien précise pour son contraste très fort aussi bien en pleine lumière que dans la pénombre. Ici ils mettent du jaune sans que ce soit la teinte exacte, juste pour signifier qu’il s’agit d’un car scolaire”, explique Peter Lawrence, Directeur des Transports de Fairport Central School District. Mais il n’en demeure pas mois que le bus scolaire intéresse dorénavant les Chinois et cela est inédit! Yutong, qui était jusqu’à présent le seul constructeur à proposer de tels modèles, ne l’est dorénavant plus!
Autre tendance, déjà amorcée par le passé mais qui se confirme: les marques chinoises s’intéressent de près aux énergies alternatives telles que GNV, GNL, hybrides, voire traction 100 % électrique! Yutong fabrique aussi des bases pour trolleybus, et le réseau urbain de Canton a récemment relancé une ligne de trolley. Si les châssis et carrosseries sont parfois moins recherchés qu’en Europe, leur maîtrise au niveau des chaînes de traction ou de la motorisation au méthane impressionne. Voilà les constructeurs européens prévenus!
Yutong, qui revendique la première place des constructeurs chinois, a présenté un aperçu condensé mais diversifié de ses productions comprenant plus de 250 modèles allant de l’autocar de tourisme au bus urbain (une nouveauté en l’espèce avec une variante hybride de 12 m) sans oublier plusieurs modèles de bus scolaires dont le plus amusant du plateau avec un mini School Bus à cabine semi-avancée! Dans sa version hybride, Yutong allège la charge de travail du conducteur, puisque c’est le seul modèle exposé à être à transmission automatique. Précisons qu’aucun de ces modèles n’est prévu pour l’Europe (pour le moment!), et que seuls les modèles Yutong 6119, 6129 et 6121 importés et homologués par DCG sont susceptibles d’être commercialisés en France.
Superpuissance dans le domaine du poids-lourd et de l’automobile, conglomérat ayant de très nombreux accords avec des constructeurs internationaux, Dongfeng est venu avec sa division Special Vehicles pour exposer le EQ6750ST. Dédié au transport scolaire, sa capacité est de 43 passagers. Une belle performance pour un véhicule de 7,5 m de long. Notez le levier de vitesse qui rappellera des souvenirs aux anciens conducteurs de Panhard.
Vous l’aurez peut-être remarqué, mais chez les constructeurs chinois, hormis le nom de la marque (la palme revient à l’équipementier White Elephant, oseront-ils l’éthylotest Pink Elephant?), la nomenclature des modèles est tout sauf poétique ou aisément mémorisable! Une partie de l’explication tient aux services d’homologation: ainsi le 6 initial désigne systématiquement un véhicule de transport en commun (minibus, bus ou autocar). Les deux chiffres suivants correspondent à la longueur du véhicule (70 pour un 7 m, 12 pour un 12 m). La suite est à la discrétion du constructeur sachant que SN désigne souvent les véhicules au gaz méthane, H les hybrides et EV les électriques…
La palme du véhicule le plus stylé, s’approchant le plus de nos critères occidentaux revient à Alfa Bus avec son hybride YS6120SHEV. Particularité: il s’agit ici d’un hybride série puisque l’essentiel de la traction est assurée par électricité. Ce bus peut emporter 96 passagers malgré ses seulement 11,75 m de long. Le PTAC annoncé est de 18 tonnes et le rapport poids/puissance s’annonce peu convaincant en charge car la puissance électrique est de 100 kW et 800 Nm de couple en nominal. L’autonomie revendiquée est de 200 km. Le groupe électrogène est d’origine Sofim Iveco 8140.43S43 à la norme Euro III. Ce quatre cylindres développe une puissance de 92 kW à 3 600 tr/mn pour 285 Nm à 1 800 tr/mn. Notez qu’il s’agit de l’un des rares hybrides à ne pas voir sa capacité passagers réduite par d’envahissantes armoires techniques et à préserver une vraie baie vitrée à l’arrière.
Autre (rare) exemple de véhicule scolaire à cabine avancée: le BY6668 dû à Guangdong Cloud Montain Passenger. Malgré la taille compacte du véhicule, cela n’excuse pas un emmarchement aussi étroit. Comme toujours le moteur à l’avant se révèle assez envahissant en cabine.
Avec le BY6810NG, on trouve une application de châssis camion JAC habillée en midibus urbain.
Cela se voit à la hauteur de plancher plutôt élevée ainsi qu’à l’écart entre la caisse et les voies des essieux!
Plus innovant, le BT6700EV, toujours dérivé d’une base Toyota, mais ici en mode 100 % électrique. L’avantage c’est que les batteries étant dans le châssis, on est débarrassé de l’encombrant capot moteur du modèle d’origine! Autre bénéfice que l’on peut en attendre: un gain sensible en acoustique!
Voici un des très rares bus scolaires à être à cabine avancée. C’est un des détails qui a certainement valu au XML6901 sa récompense au titre du prix Busworld de l’innovation pour les cars scolaires. Que l’on ne se fie pas au logotype sur le volant, Golden Dragon n’a rien à voir avec les Fukang Citroën chinoises. Pour le reste, il est également en rangées 3 + 2, et animé par un moteur de forte puissance de 147 kW (720 Nm de couple). L’ergonomie du poste de conduite est certainement une des plus soignées du plateau.
Golden Dragon mise sur les énergies “alternatives” avec le bus urbain de 10,58 m référencé XML6105JHEV. L’emmarchement sert à dissimuler les batteries lithium-ion dans le plancher, ainsi que les supercapacités fournies par Maxwell. Toute cette hybridation nécessite une armoire située à l’arrière du compartiment passager, sacrifiant une dizaine de places (reste encore 32 sièges). Le moteur diesel de 7 140 cm3 développe 155 kW à 2 300 tr/mn pour 800 Nml de couple à 1 200 tr/mn. C’est un des rares bus chinois à proposer une transmission automatique. Malgré la complexité du véhicule, la tare est de 11 230 kg à vide (PTAC de 16,5 t). Paradoxe, cette débauche technologique repose sur un châssis à ressorts à lames, essieux rigides le tout sans suspension pneumatique!
L’équipe belge de Busworld en est bien consciente: l’édition 2012 à Canton n’est qu’une étape de transition, très politique, en attendant le grand retour à Shanghai en 2014. Didier Ramoudt, Président de Busworld et de Busworld International, est très clair: “on a perdu notre créneau à Shanghai. L’alternative était, soit d’arrêter, soit de maintenir Busworld China vivant en allant à Canton. On est conscient que cette édition n’est pas au niveau de ce que devrait être un Busworld”. Luc Glorieux, fondateur de Busworld confirme: “on ne peut pas quitter la Chine étant donné que c’est le plus grand pays producteur d’autocars et d’autobus au monde et que Busworld y est présent depuis 2001”, et d’ajouter “on a décidé de sauter une année pour revenir à un rythme déjà connu à Courtrai”. Cela signifie qu’en 2014, il devrait y avoir quatre Busworld: en Turquie, en Chine mais aussi en Russie et, autre grande surprise, en Colombie (à Bogota)! Busworld Latin America est un projet sur lequel toute l’équipe s’active en espérant que celui-ci soit confirmé rapidement. Mais comme pour la Chine, il est difficile de trouver des partenaires locaux d’une parfaite fiabilité. Pour sauver Busworld Asia, c’est Michiko Vervisch, chargée de mission Busworld International, qui a piloté l’opération auprès de VNU Exhibitions Asia.
Cette internationalisation, parfois douloureuse, a un mérite: elle conforte le rang de Busworld Courtrai! Mieke Glorieux, directrice générale, note que “Busworld Courtrai n’a jamais été plein aussi tôt”, tandis que Luc Glorieux s’enorgueillit d’avoir reçu en Belgique la plus grosse délégation chinoise avec plus de 600 visiteurs venus de l’Empire du Milieu lors de l’édition 2011!
