Mobilité Le premier congrès des villes « électromobiles », à la Rochelle, l’a constaté: la voiture électrique est sur le point d’envahir nos villes. Elle arrive même comme un complément du transport collectif. Les collectivités locales sont incitées à faire davantage dans ce sens.
Ce n’est plus une vue de l’esprit. Le véhicule électrique est arrivé dans nos villes”, lançait le 4 décembre dernier Joseph Berretta, le président de l’association française pour le développement de la mobilité électrique (AVERE-France), à la tribune du premier congrès des villes électromobiles à la Rochelle. La journée montrera d’ailleurs que, petites ou grandes, les villes sont de plus en plus séduites. Et qu’une “explosion” du transport électrique est en vue. Soixante dix sept collectivités locales, candidates aux trophées des villes électromobiles, remis ce jour-là par l’AVERE-France, l’ont montré. Dans le paysage français, l’expérience parisienne d’Autoli’b tient forcément une place particulière: 1 715 véhicules en service, 17 000 abonnements, 800 000 locations réalisées depuis sa mise en service, il y a un an. Près de 3 500 bornes de recharge installées et 1 000 emplois créés, l’expérience conduite par un syndicat mixte regroupant 50 collectivités, bat toutes les autres à plate couture.
“Mais l’électrique est aussi une solution dans le milieu rural”, souligne Christelle Chabredier, en charge du déploiement du véhicules électriques à la Poste. Sauze-Vaussais, dans les Deux-Sèvres, à peine 1 700 habitants, a ses voitures en autopartage, un minibus en tournée dans le canton, et a même lancé un service de location de scooters pour les plus jeunes. Tous électriques. “L’autonomie des véhicules électriques n’est plus un souci, il ne faut plus avoir peur de tomber en panne. La plupart des voitures parcourent 120 km alors que la moyenne des parcours en France est de 40 km”, explique Pierre Fedick, directeur du programme “Nouvelles offres métiers” chez Veolia. Ce qui le porte, dans le débat en cours en Europe, sur les modes de rechargement, plus ou moins long à adopter, à défendre les systèmes rapides. Même si chaque recharge provoque un “appel de puissance électrique sur le réseau, équivalent à celui à fournir pour un immeuble de plusieurs étages”. Il propose d’accompagner les bornes de recharges de batteries locales qui amortissent le choc.
Autre petite ville “électromobile”, la Motte-Servolex, en Savoie (soit 12 000 habitants), subventionne les vélos et deux-roues électriques et passe à l’électrique pour ses véhicules municipaux. Haguenau, dans le Bas-Rhin (36 000 habitants) a installé des abris-vélos servant de bornes de recharge. Ils sont équipés de panneaux photovoltaïques. Les vélos à assistance électrique y sont rechargés par induction dès qu’ils reposent sur leur béquilles. À Haguenau aussi existent véhicules municipaux et voitures en autopartage, tous électriques.
À Valence (65 000 habitants) dans la Drôme, l’effort est encore plus net: 50 véhicules municipaux électriques dont huit voitures particulières; remplacement de tous ceux de plus de quinze ans par de l’électrique d’ici un an; bornes de recharge dans les parkings publics; stationnements gratuits pour les voitures électriques.
Au-delà de leurs propres services, les collectivités commencent à viser l’équipement du particulier. La communauté du pays d’Aix va jusqu’à donner 1 000 euros à celle ou celui qui achète une voiture électrique. “Pour convaincre le particulier, les aides financières ne suffisent pas, mais un fait majeur va y contribuer: la pollution urbaine. Pour faire basculer le particulier, les incitations vont être déterminantes, comme le parking gratuit aux voitures électriques. De même que la logique des flottes”, remarque Jean-Pierre Corniou, du cabinet Sia Partners.
Philippe Hirzman, délégué interministériel pour le développement du véhicule électrique annonce que l’augmentation des bonus étatique à l’acquisition de véhicules électriques est à l’étude. Côté effet d’entraînement, en 2013, deux grandes entreprises publiques s’équipent: la Poste et ERDF. Tous les postiers et “chronopostiers” vont progressivement circuler en voiture électrique. Christelle Chabredier, en charge du dossier à la Poste a commandé 10 000 Renault Kangoo ZE… électriques. Elles serviront aussi aux pools de voitures de service en autopartage pour les salariés.
L’usage professionnel de la voiture électrique est aussi une voie d’avenir. L’État va remplacer à 25 % sa flotte de voiture par de l’électrique, à 100 % pour le parc à usage strictement urbain. Louis Nègre, sénateur, co-président du Groupement des autorités responsables de transport (Gart) et coordonnateur l’an dernier d’un livre vert sur le véhicule électrique donne son propre exemple: “Chez moi, à Cagnes-sur-Mer, j’ai deux véhicules électriques: un vélo pour la ville et une voiture. Pour mes déplacements dans ma circonscription, la voiture électrique me suffit dans 98 % des cas”.
Dans le cadre professionnel, l’autopartage a toute sa raison d’être. La Région Poitou-Charentes a créé une Société publique locale (SPL) d’autopartage pour prolonger à la dimension de la région, les possibilités d’autopartage qui existaient déjà dans les différentes villes. Pour aller plus loin, en direction des particuliers, la question des bornes de rechargement se pose partout. Dans son livre vert, Louis Nègre avait donné l’objectif de deux millions de bornes d’ici 2020. “Les chiffres comptent moins que la dynamique enclenchée”, répond aujourd’hui Philippe Hirzman. Des collectivités locales se sont mises à la manœuvre. Le Havre “maille son territoire” de bornes. Pour le moment, elles sont 22 dans les parkings de centre-ville, six dans les parkings-relais du tramway, quatre en voirie urbaine. Mais toute l’agglomération doit y passer. Rouen a installé dix bornes de rechargement accéléré depuis le mois de mars. Sur voie publique mais aussi dans les parkings de grandes surfaces. La recharge est gratuite. Le propriétaire du véhicule ne paie pas l’électricité. L’agglomération aide aussi les entreprises qui veulent s’équiper de bornes. Sur l’axe Seine (Paris-Rouen-Le Havre), l’objectif est d’installer des bornes rapides sur l’autoroute. La communauté du pays d’Aix met déjà à disposition du public 37 bornes de recharge sur son territoire. Le financement de ces bornes est facilité par les aides de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (Ademe).
“Nous demandons que dans les six mois, il y ait gratuité du stationnement public pour les véhicules électriques pendant au moins deux ans”, indique Sophie Garrigou, responsable à l’Ademe du programme véhicules du futur. L’électrique se taille ainsi une place à part sur l’espace public. “Sous différentes formes, pour les particuliers ou sous forme collective (autopartage), l’électrique devient une nouvelle alternative à la voiture thermique, un complément indispensable et sérieux des transports en commun dans un réseau de transport public. Et ce qui est sûr, c’est que peu importe l’étiquette politique, l’État appuie. Il y va de l’avènement d’une nouvelle filière industrielle de l’automobile”, estime Louis Nègre.
