Maghreb Après Rabat en mai 2011, c’est au tour de Casablanca d’inaugurer sa première ligne de tramway. Un challenge de taille pour la RATP Dev et Alstom qui étoffent ainsi leurs stratégies en Afrique du Nord.
Du rêve à la réalité, il aura fallu quatre ans. Le 12 décembre dernier, le tramway de Casablanca a été inauguré par Sa Majesté Mohamed VI entouré d’invités de marque parmi lesquels Jean-Marc Ayrault, Premier ministre français, ou Frédéric Cuvillier, ministre des Transports. Aux abords de la tribune royale et tout au long du parcours emprunté par le roi, les futurs usagers n’avaient qu’un seul mot à la bouche: tram! Habitués depuis deux mois à voir circuler leur tramway à vide d’Est en Ouest sur 31 kilomètres jalonnés de 48 stations fermées, ils ont pu prendre possession des lieux dès le 13 décembre 2012 à 5 h 30. Ce nouveau mode de transport, circule désormais 18 heures par jour à 18 km/h. Dans cette ville de cinq millions d’habitants, le tramway compte trois sérieux rivaux: un bataillon d’1,5 million de voitures particulières, une armada de 14 000 taxis et un contingent de 650 autobus sillonnant 70 lignes et transportant 500 000 passagers quotidiens. Pour garantir un minimum de compétitivité face à cette redoutable concurrence, Casa Transport, l’autorité organisatrice (AO) de la ville, a opté pour un tarif de billet unitaire de 0,60 euro, à mi-chemin entre une course minimum de 0,75 centimes en taxi et un ticket de bus de 0,40 euro.
« Pour préparer l’arrivée du tramway, nous avons rénové des quartiers entiers: la voirie, l’aménagement des façades, l’éclairage publique, les trottoirs, etc. », résume Nadia Bouhriz, directrice générale adjointe de Casa Transport. Et pour cause, pour l’AO, il fallait frapper fort afin de « hisser Casablanca au rang des métropoles mondiales », précise t-elle. Voilà de quoi motiver un arsenal de 170 000 m3 de béton coulés, de 125,7 kilomètres de réseaux déviés, de 2 000 tonnes d’acier utilisées, de 8 800 soudures réalisées, de 32 kilomètres de chaussées refaites et de 220 000 m2 de trottoirs réhabilités. En parallèle, ce chantier a débouché sur 82 marchés publics remportés par 91 entreprises, dont 61 sociétés marocaines. Enfin, côté sécurité, « nous avons organisé près de 700 commissions de circulation avec les forces de l’ordre », souligne Nadia Bourhiz. À titre d’exemple, la place des Nations-Unies, lieu de l’inauguration, a vu sa zone piétonne passer de 8 000 m2 à 25 000 m2 en l’espace de quelques mois. L’autre vocation de ce système de transport est d’insuffler un zest de cohésion sociale au sein de la ville. Outre la création de 3 000 emplois, dont 600 dédiés à l’exploitation et 400 à la sécurité, il s’agit aussi de retisser le lien entre les différents quartiers de ce poumon économique, pesant 45 % du PIB national malgré des difficultés sociales, en desservant d’une traite ou presque le quartier de Sidi Moumen à l’est, celui des Facultés à l’ouest en passant par le centre-ville historique, les hôpitaux, les principales aires d’affaires et les gares ferroviaires. À titre d’exemple, le choix d’implanter à Sidi Moumen, l’un des trois terminus, ainsi que le centre d’entretien et de maintenance (CEM) de sept hectares du nouveau tramway s’inscrit dans la droite ligne du programme de réhabilitation de cet ancien bidonville d’une superficie de 47 km2 pour une densité de 350 000 habitants. Ce quartier a déjà vécu la création d’un stade et la construction de logements neufs il y a moins de cinq ans.
En chef de file de l’exploitation et de la maintenance de cette ligne pour au moins cinq ans, Casa Tram, filiale dont la RATP Dev est majoritaire, hérite ainsi d’un contrat de 90 millions d’euros avec d’un côté une tranche ferme de 70 millions d’euros et de l’autre une tranche conditionnelle de 20 millions d’euros. Avec en ligne de mire, le renouvellement de cette délégation à l’horizon 2017, une coopération tramway/Bus dans la mesure ou le groupe détient 20 % de l’exploitant du réseau de la ville, M’dina Bus, et une deuxième ligne de tramway évoquée pour 2015, « notre principal challenge sera d’habituer les Casablancais à ce mode de transport », confie Pierre Mongin, président de la RATP. Parmi les missions qui ont été imparties à Casa Tram: la conduite des rames, la surveillance et la sécurité du réseau, la lutte contre la fraude, l’assistance technique, la distribution et la vente des titres de transport aux usagers comme aux dépositaires, mais aussi la perception et le recouvrement des recettes de trafic pour le compte du délégant. D’un point de vue stratégique, cette première implantation au Maroc témoigne d’une stratégie nord-africaine qui a commencé en novembre 2011 avec la réalisation de la première ligne de métro d’Alger débouchant en mai dernier sur l’exploitation du tramway d’Alger dont le prolongement fera galoper la ligne sur 23 kilomètres l’an prochain. Toujours en Algérie, devenue sa vitrine commerciale, la RATP a également hérité de l’exploitation et de la maintenance des tramways d’Oran, puis de Constantine, qui devraient voir le jour en 2013, avant de s’attaquer aux réseaux de Sidi Bel Abbès, Ourgla, Batna, Sétif ou Annaba. Une aventure nord-africaine que le groupe entend confirmer au Maroc, s’imaginant volontiers au au volant des futures tramways de Fès, Meknès, Marrakech et Tanger, ou des prochaines lignes de métro et de RER à Casablanca ou Nador…
Implanté au sein du Royaume depuis bientôt 15 ans ans avec neuf sites dont une usine de câblage et de faisceaux électriques à Fès, le groupe Alstom participe lui aussi à l’épopée casablancaise. À la clé: un contrat de 171 millions d’euros pour la fourniture de 74 rames de tramway, de l’alimentation électrique et de l’équipement de signalisation. En réalité, l’industriel ne découvre pas le marché local puisqu’il participait déjà au consortium mené par Veolia-Transdev pour le tramway de Rabat-Salé entré en service en mai 2011, et dont l’extension est d’ores et déjà envisagée. Montant du contrat: 107 millions d’euros. Avec son Citadis Casablancais d’une longueur de 65 mètres, d’une largeur de 2,65 mètres et de rames composées de deux véhicules couplés, « notre client souhaitait un tramway à l’extérieur hautement visible et contrasté et à l’intérieur personnalisé », confie Xavier Allard, vice-président design & styling d’Alstom Transport. Pour ce véhicule, le cahier des charges prévoyait aussi un volet environnemental. « Nos Citadis à zéro émission consomment quatre fois moins d’énergie qu’un bus, dix fois moins qu’une voiture et sont recyclables à 98 % », atteste Xavier Allard. Visant un chiffre d’affaires de 225 millions d’euros sur le marché marocain à horizon 2017, l’industriel entend s’engouffrer dans la brèche du développement des 1 500 kilomètres de lignes à très grande vitesse envisagé par le Gouvernement d’ici à 2035, ainsi que de la montée en puissance de l’intermodalité avec le projet Tanger Med, le port de Nador et les autres terminaux du Royaume. Des chantiers qu’il envisage de compléter au gré de ses autres savoir-faire. « Nous sommes également fortement impliqués dans l’industrie énergétique du pays », rappelle Patrick Kron, président du groupe Alstom.
→ Nb de rames: 74
→ Longueur d’une rame: 65 mètres
→ Capacité d’une rame: 600 voyageurs dont 105 places assises
→ Vitesse moyenne: 19 km/h
→ Vitesse maximale: 70 km/h
→ Tension électrique du véhicule: 750 Vcc
→ Longueur: 31 km
→ Nb de stations: 48
→ Temps de parcours: 60 minutes
→ Fréquence: 4,5 minutes en heure de pointe
→ Fréquentation attendue: 250 000 voyageurs quotidiens
→ Coût du projet: 600 M€
