Joe Dassin ne pouvait rêver mieux! En ces temps de crises, économique et écologique, le grand retour de la bicyclette dans nos habitudes de circulation urbaine ne doit finalement surprendre personne. À l’image d’une Chine d’une autre époque, qui avait fait du vélo son transport de masse par excellence, nos villes rédécouvrent les joies du deux roues non motorisé, tandis que l’homo urbanicus trouve là un parfait moyen de lutter contre sa tendance naturelle à l’embonpoint sédentaire. Tout cela pourrait participer d’une vision idyllique si, bien entendu, quelques basses considérations organisationnelles ne venaient perturber ce charmant tableau. Jettons d’abord un voile pudique sur la malédiction qui transforme régulièrement tout piéton angoissé de sa survie face aux automobiles en véritable Fangio du macadam – ou du trottoir – dès qu’il enfourche son vélo. Le respect du code de la route par les cyclistes est certainement un des enjeux importants du processus de partage de la voirie entrepris dans nos agglomérations.
Autre sujet d’inquiétude, le trop plein d’inventivité de certains ingénieurs des Ponts et Chaussées qui multiplient, avec l’assentiment des autorités organisatrices concernées, les essais de « sens interdits ouverts aux vélos », les « contresens autorisés », ou les « voies réservées aux bus et aux cycles ». Pas si sûr que ces intitiatives, rarement bien mises en valeur en terme de signalisation, ne contribuent plus ou moins directement à une montée en flèche de l’accidentologie vélocipédique…
En attendant que se règlent – à l’usage – ces petits problèmes de cohabitation, l’enquête que nous avons diligentée sur le sujet démontre bien que le vélo, partagé, loué ou privé, est un des modes de transport urbain qui a sans doute le plus de potentiel de développement tant il est économique pour la communauté. Une seule vraie source d’inquiétude me vient finalement à l’esprit. Dans l’univers toujours plus rapide qui est le nôtre, tous ces cyclistes amateurs ne seront-ils pas tentés, un de ces jours, de recourir aux mêmes expédients que leurs alter ego professionnels pour gagner quelques précieuses minutes?
Le « pot belge » remplacera-t-il le « p’tit noir » du matin?
