Australie Au creux de la vague, en 2009, après la perte des contrats portant sur l’exploitation des trains de banlieue et du tramway de Melbourne, Veolia Transdev retrouve aujourd’hui son bronzage en remportant contrat sur contrat dans différents domaines. À tel point que l’Australie est devenue une vitrine du savoir-faire de l’opérateur, notamment à destination des marchés asiatiques.
Deux milliards de dollars australiens (1,53 Md€), tel est le montant de l’ensemble des contrats signés par Veolia Transdev Australasia (VTDA) dans le courant de l’année 2012. De quoi faire largement oublier les déconvenues de 2009 qui avait vu Veolia perdre le contrat des trains de banlieue de Sydney, soit 580 millions d’euros de chiffre d’affaires envolé, tandis que Transdev se voyait lui aussi remplacé pour l’exploitation des tramways de la ville. Unis sous la même bannière quelques temps après, les deux opérateurs ne réalisaient alors plus que 190 millions d’euros de CA en Australie. Passée une bonne cure de remotivation des équipes, et lancé dans une stratégie de réponse tous azimuts aux appels d’offres ouverts dans les différents états australiens
Une des pépites de VTDA se trouve être désormais le contrat d’exploitation de Harbour City Ferries à Sydney, remporté en avril 2012
« Le nouveau mode de gestion des ferries de Sydney a permis une économie de 20 % des coûts, précise Francis Angotti, ce qui, avec notre capacité à gérer dans la sérénité la transition avec le personnel, a été plutôt bien perçu par le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud (New South Wales, NSW, ndlr). » De bons résultats, importants pour l’opérateur, quand on découvre que Sydney planche sur un gros projet d’extension de trois kilomètres de la ligne de tramway existante, en y ajoutant, à l’horizon 2020, une extension vers son pôle universitaire, tandis que les services de bus de tout l’État (dont 4 régions cette année) feront progressivement l’objet d’une mise en concurrence…
Au cours des dernières années, VTDA s’est aussi fait une spécialité – avec succès – des appels d’offres concernant des contrats d’exploitation de réseaux de bus et cars un peu partout dans le pays. De fait, VTDA est désormais le 3e opérateur étranger en Australie, et parmi les tout premiers dans certains États. Pour bien comprendre les enjeux présents et futurs en matière de services routiers, il suffit de prendre l’exemple de la Nouvelle-Galles du Sud qui a vécu une vaste réforme en 2004. Avant cette date, les services de transport faisaient l’objet de 87 contrats entre le gouvernement et un grand nombre d’opérateurs. La réforme enclenchée par le gouvernement d’alors (des libéraux) consiste à réduire drastiquement le nombre de contrats, à raison d’un par région administrative (soit une douzaine) et courant sur sept ou huit ans. C’est dans ce contexte que VTDA a remporté trois contrats pour une valeur de 745 M$ au mois de janvier. « Il y aura bien sûr d’autres appels d’offres de ce genre dans le futur, explique Francis Angotti, et nous privilégierons évidemment les synergies géographiques pour nous positionner. » Une stratégie reproductible dans d’autres États australiens. L’objectif affiché de l’opérateur est d’ailleurs assez simple: devenir le premier opérateur du pays sur ce mode!
L’essor économique de l’Australie évoqué précédemment s’explique aussi par la multiplication des découvertes de minerais et de gisements de gaz, notamment dans le Territoire Nord, dans la région de Darwin. Ce nouvel eldorado de matières premières requiert évidemment des services de transport spécifiques pour le personnel employé sur les gisements et logé dans des villes provisoires. À travers une marque spécialement conçue pour répondre à cette demande, Vivo Connect, VTDA s’est aussi positionné sur ce marché. Courant sur le temps prévu d’exploitation des mines (en général 4 à 5 ans) les contrats remportés en joint-venture avec Buslink, par exemple à Darwin, concernent des liaisons domicile/travail effectuées dans des autocars de 45 à 55 places et de grand confort. Ils sont d’ailleurs spécifiquement mis au point en partenariat avec des constructeurs locaux, tandis que les dépôts sont conçus dès le départ pour être démontables une fois le contrat expiré. Un type de service propre à l’Australie, qui représente pour l’instant un CA de l’ordre de 30 M$ pour VTAD, mais qui « deviendra dans un futur proche une énorme source de développement potentiel », selon Francis Angotti.
Au vu de l’ensemble des résultats obtenus ces dernières années par Veolia Transdev dans ce pays/continent, on comprend en tout cas mieux pourquoi le groupe, qui devrait logiquement “se faire un nom” autour du 25 mars prochain, a décidé de faire de l’Australie une des vitrines de sa réussite.
L’Australie est un État fédéral composé de six États et deux Territoires:
ACT (Australian Capital Territory) – Territoire – Canberra (capitale de l’Australie)
NSW (New South Wales) – État – Sydney
VIC (Victoria) – État – Melbourne
TAS (Tasmania) – État – Hobart
SA (South of Australia) – État – Adélaïde
WA (Western Australia) – État – Perth
NT (Northern Territory) – Territoire – Darwin
QLD (Queensland) – État – Brisbane
Le contrat a pris effet le 28 juillet 2012.
• 31 navires (propriété du gouvernement du NSW)
• 560 personnes (90 % des employés sont restés avec VTDA)
• 480 services/jour vers 39 destinations
• 15 millions de personnes transportées par an (31 % pour des liaisons domicile/travail, 47 % pour du tourisme, 21 % autres)
• Contrat de 7 ans: 800 M$
Qu’est-ce qui fait aujourd’hui de l’Australie un nouvel eldorado pour les opérateurs de transport public?
– D’abord quelques données économiques simples: le taux de croissance moyen du pays sur ces 20 dernières années est de 4 %, tandis que le taux de chômage plafonne à 5 %. Ensuite, le pays est un des premiers au monde en terme d’émissions de CO2, notamment à cause d’une forte utilisation de l’automobile, ce qui veut dire que les marges de progression du transport collectif sont encore très importantes, même si la fréquentation de ces services augmente déjà deux fois plus vite que la croissance des 10 plus grandes agglomérations du pays. Les gouvernements des différents États l’ont d’ailleurs bien compris, et de nombreux projets d’ouverture à la concurrence sont dans les cartons.
Le marché australien possède-t-il certaines caractéristiques propres?
– Les Australiens ne sont pas protectionnistes. On peut même dire que les gouvernements de la plupart des États apprécient l’arrivée d’opérateurs étrangers dans le cadre des formes de délégations de service public qu’ils mettent en œuvre. Mieux, ce sont eux qui nous demandent parfois de procéder à l’acquisition de certaines entreprises locales dans une optique de rationalisation de l’offre. Par ailleurs, nous sommes dans un univers anglo-saxon dans lequel les appels d’offres se caractérisent d’abord – et dans cet ordre – par le rapport qualité/prix, le service client, l’innovation et le respect des indicateurs de performance.
Quel est l’ordre de grandeur du marché des transports publics dans le pays?
– À ce jour, 38 % du secteur sont ouverts à la concurrence, et on devrait tutoyer les 50 % dans les trois ans à venir.
Comment se caractérise la stratégie de VTDA désormais?
– On peut clairement parler d’une stratégie de circonstance et nous serons sur tous les appels d’offres à venir. Il y a en ce moment un appel d’offres en cours à Melbourne qui porte sur 30 % du réseau de bus (1,5 Md$ sur 10 ans, ndlr), et, si nous le remportons, nous deviendrons le premier opérateur privé de ce mode en Australie. Nous sommes aussi particulièrement attentifs à ce qui se passe à Sydney où le gouvernement veut, dans les trois ans et à partir de cette année, mettre en appel d’offres tous les services de bus, région par région. Idem à Brisbane. Il y a par ailleurs des projets d’extension du tramway, à Sydney ou à Perth, sur lesquels nous nous positionnerons. Quant au rail, nous sommes encore présents dans la région, à Auckland en Nouvelle-Zélande, mais des appels d’offres seront lancés à Sydney, Brisbane et Perth pour le transport ferroviaire en banlieue dans 3 à 6 ans. Enfin, nous serons bien entendu présents lorsque la franchise ferroviaire et le tramway de Melbourne seront de nouveau remis en concurrence.
– 28 navires (19 CityCats, 6 ferries, 3 CityHoppers)
– 203 personnes
– 1,2 million de km/an
– 15 000 passagers/jour
– Le contrat court jusqu’en 2020
• Veolia Transdev NSW/Shorelink
– 443 véhicules
– 920 personnes
– Transport scolaire, lignes interurbaines, services de bus dans la banlieue de Sydney
– 16,6 millions de passagers/an
• Veolia Transdev in Queensland
– 150 véhicules
– 207 personnes
– Transport scolaire, lignes interurbaines
– 3 millions de passagers/an
• Perth Buses
– 460 véhicules
– 900 personnes
– Transport scolaire, transport urbain et périurbain
– 30 millions de passagers/an
• South West Western Australian Buses
– 131 véhicules
– 200 personnes
– Lignes express, lignes interurbaines, transport scolaire, lignes urbaines
– 2,1 millions de passagers/an
Quel est le principal objectif de votre mandature?
– Nous nous sommes fixés comme challenge de changer les habitudes de nos concitoyens en les attirant vers les transports publics. C’est un des credo de notre gouvernement en matière de transport et ce qui motive notre politique.
De quel budget disposez-vous?
– Sur un budget gouvernemental de l’ordre de 55 Md$ annuel, mon ministère dispose de 13,2 Md$, ce qui en fait un poste très important.
Quelle stratégie avez-vous décidé de mettre en œuvre?
– Nous visions d’abord à une amélioration des services existants, et dans ce cadre, le recours à des partenariats public/privé [ce que l’on interpréterait en France comme des DSP, ndlr] nous donne toute satisfaction. C’est par exemple dans ce cadre que nous discutons actuellement avec VTDA des projets d’extension du tramway de Sydney. Par ailleurs, nous estimons que faire venir les gens vers les transports publics demande d’abord de rendre ces derniers plus accessibles et plus faciles d’emploi. Le développement de la carte Opal [carte d’abonnement et de paiement sans contact, ndlr] va dans ce sens, car elle va de pair avec une tarification simple.
Le recours à des opérateurs étrangers semble couler de source en Australie, est-ce lié à votre tradition de pays d’immigration?
– À dire vrai, notre philosophie est assez simple. Nous pensons que les compagnies qui ont du savoir-faire dans un domaine en attirent forcément d’autres. Ce qui devient une richesse pour notre pays. Le cas des ferries de Sydney se veut donc exemplaire, et sa réussite est importante pour le devenir des transports collectifs dans notre État.
* Labor Party, élue en mars 2011.
