Peut-on imaginer la France sans départements? Le 10 avril, le projet de loi sur la décentralisation – connu comme l’acte III – devrait être présenté au Conseil des ministres. Les fuites multiples qui entourent ce type de texte laissent aujourd’hui entendre que Jean-Marc Ayrault, à cette occasion, pourrait proposer la disparition des départements. Voilà donc de retour ce vieux serpent de mer de toutes les réformes envisagées autour de l’organisation territoriale du pays. Et pourtant, la volonté affichée de simplifier le fameux mille-feuille en faisant disparaître une strate administrative s’est toujours, du moins jusqu’à aujourd’hui, soldée par la création d’une nouvelle structure intermédiaire: communauté de commune, syndicat intercommunal, métropole, etc. En la matière, l’inventivité française est ici digne de celle des penseurs du Fisc lorsqu’il s’agit de créer une nouvelle taxe.
Non pas, loin s’en faut, que toutes ces structures soient inutiles, tout juste peut-on légitimement s’interroger sur la nécessité de les multiplier, surtout au pays du cartésianisme. Passons sur le statut des élus concernés, comme sur celui des fonctionnaires territoriaux, je ne doute pas que ces deux sujets seront largement commentés, amplifiés et contestés si le Premier ministre persiste dans les intentions qu’on lui prête.
Ce qui aiguise ma curiosité, c’est bien plutôt la vision d’ensemble qui sera développée à travers ce projet, notamment en terme de répartition des compétences. Une décentralisation bien menée devrait en effet complètement changer le visage du pays et mieux l’armer pour faire face aux évolutions des territoires – qui sont bien souvent plus rapides que celles de la législation. Au-delà de l’administratif, on touche ici à l’organisation sociétale de la France au sein de laquelle les transports tiennent évidemment une place essentielle. Et là, les opérateurs attendent avec la même impatience que nous – et sans doute quelques inquiétudes – de savoir quels seront leurs futurs interlocuteurs lorsqu’il s’agira d’organiser les services et de rédiger les appels d’offres.
La disparition des départements ne manquera pas de bouleverser des habitudes, voire de provoquer quelques frictions, surtout en un temps où le gâteau commence à manquer de beurre.
