Nice Avec l’annonce par Christian Estrosi de sa volonté de mettre en place un phasage dans la construction de la future ligne 2 du tramway de la ville, l’opposition est montée au créneau pour dénoncer un projet qu’elle juge hors de prix.
La future ligne 2 du tramway de Nice fait, une fois de plus, parler d’elle. Le 12 mars, Christian Estrosi, maire UMP de la ville et président de la métropole, a annoncé que le projet de construction, initialement prévu pour être achevé en 2016, se ferait « en deux temps ». Ainsi, une première partie de la ligne, dont les travaux débuteront à l’automne, sera inaugurée en 2017. Mais celle-ci s’arrêtera à Jean Médecin, dans le centre-ville. La desserte du port, prévue dans le tracé, et l’aménagement des stations Durandy, Garibaldi et Quai Cassini ne seront achevées que deux ans plus tard, ce qui repoussera l’inauguration de la ligne définitive en 2019. L’actuel projet prévoit la construction d’une ligne de 11,3 km reliant l’aéroport au port de la ville avec un arrêt à Quai Cassini, le tout pour 770,7 millions d’euros. Cette décision est motivée, selon Christian Estrosi, par le fait que « le Gouvernement vient d’annoncer une baisse des dotations de l’État de 1,5 milliard d’euros en 2014 et une seconde baisse de 1,5 milliard d’euros en 2015, soit 2 fois 3 % de baisse. »
L’annonce du maire de Nice a suscité diverses réactions de la part de l’opposition. Émmanuelle Gaziello, élue PCF, a notamment critiqué le retard du projet: « En 2009, nous avons fait un plan de déplacement prévoyant la construction de la ligne 2 en 2016, de la ligne 3 en 2017 et l’extension de la ligne 1 en 2020. Tout cela avait fait l’objet d’une concertation. Avec le nouveau phasage, tout le plan est désorganisé. Si on reporte la desserte du port à 2019, la ligne 3 sera elle aussi retardée. Rappelons que nous avons déjà pris 5 à 6 ans de retard sur une mise en service qui aurait permis de réduire le trafic routier d’une des villes les plus polluées de France. Cette annonce est un gouffre pour l’environnement. » Pour Patrick Allemand, premier vice-président du conseil régional de la région Paca et conseiller municipal PS de Nice, ce phasage n’est que la confirmation de l’échec du maire: « Christian Estrosi tente aujourd’hui de masquer son incompétence et son incapacité à réaliser cette ligne en faisant porter la responsabilité au gouvernement. »
Autre point contesté, la volonté réaffirmée de Christian Estrosi de réaliser une partie du tracé en souterrain. Sur ce point, l’opposition fait front commun pour dénoncer une mesure quelle juge trop coûteuse et dangereuse. « Le tramway en souterrain est une hérésie! », s’insurge Michel Concas, représentant du collectif “Pour une autre ligne 2 du tram”, qui défend l’idée d’un tram moins coûteux et en surface. « Nice possède un sous-sol spongieux, contraint. En construisant le tramway en sous-sol, cela va créer une barrière entre l’eau des nombreux cours d’eau de cette zone vallonnée qui pourrait alors remonter à la surface et entraîner un risque géologique important », ajoute l’avocat niçois. Autre aspect mis en avant: le coût. « Nous pouvons tout faire avec un tunnel, traverser la manche, le Mont Blanc…, souligne Michel Concas, mais on ne maîtrise pas les frais engendrés. La ligne 2 a été budgétée à 770 millions d’euros, mais à coup sûr, dépassera le milliard d’euros. Rappelons que la collectivité a déjà 1 milliard d’euros de dettes. » Ce point de vue est partagé par Patrick Allemand, qui a demandé au maire la tenue d’un référendum d’initiative populaire à ce sujet (cf. interview): « Nous, nous pouvons avoir le même tramway en surface pour 350 millions d’euros, car le tunnel représente 100 millions d’euros de surcoût par kilomètre enterré. »
Pour Émmanuelle Gaziello, la raison de cet « entêtement » de Christian Estrosi s’explique aisément: « Sur le boulevard Victor Hugo, il y a largement la place pour faire passer un tramway en surface. De surcroît, le transport en commun en site propre existe. Il n’y a pas de commerçants qui pourraient être pénalisés par le tramway, excepté des hôtels. En revanche, c’est un quartier où les habitants sont aisés. Je pense que si Estrosi tient mordicus à son tunnel, c’est uniquement par ambition électorale. Il ne peut pas revenir sur ce qu’il avait dit un an avant les élections municipales, car il risquerait de perdre une partie de son électorat. »
Cette montée au front de l’opposition n’est pas récente. En effet, le projet de construction d’une seconde ligne de tramway à Nice est, avant même sa réalisation, une histoire pleine de rebondissements. Initié en juin 2008 par Christian Estrosi, peu après son élection à la mairie de Nice, cela fait plus de quatre ans que les différents tracés n’ont cessé d’être modifiés en raison de la contestation. Deux projets proposaient un tracé passant par la promenade des Anglais, mais face à la contestation, ils ont été successivement abandonnés. Puis, le projet de métram, tramway avec des dessertes souterraines, avait vu le jour. Plusieurs terminus avaient alors été envisagés, à Garibaldi, au port, puis au quai Cassini avant l’annonce d’un phasage par Christian Estrosi. Avec tous ces bouleversements à répétition, il y a fort à parier que la suite du projet va elle aussi réserver de nombreuses surprises.
En réponse à la décision de Christian Estrosi, maire de Nice, de réaliser le projet de ligne 2 du tramway de la ville en deux temps, Patrick Allemand, conseiller municipal PS de Nice, donne son point de vue. Entretien.
Que pensez-vous de l’annonce de Christian Estrosi qui prévoit un phasage de la construction de la future ligne 2 du tramway niçois?
Mon point de vue est limpide: nous disons depuis le début qu’il faut réaliser le projet par étapes. Je constate que depuis 2008, les projets n’ont pas cessé de changer. Il y a eu deux projets concernant la promenade des Anglais qui ont été abandonnés, puis le projet de métram (c’est-à-dire une partie du tram en souterrain), avec divers changements au niveau du terminus. Pourtant, la ligne 2 est une priorité absolue pour désengorger et dépolluer la ville. Il faut arrêter les choses rapidement.
Que pensez-vous du projet actuel concernant la ligne 2 du tramway?
Christian Estrosi est confronté à une virulente charge de l’opposition (moi y compris), autour de sa volonté d’enterrer le tramway à certains endroits. Car nous voulons un tramway en surface. À Nice, nous avons un sous-sol particulier, très spongieux, et cela coûterait beaucoup plus cher de faire un tramway souterrain. Selon Christian Estrosi, la réalisation du tramway avec une partie souterraine reviendrait à environ 770 millions d’euros (certains avancent plus d’un milliard d’euros). Avec le tramway en surface nous pouvons avoir le même tramway à 350 millions d’euros, car le tunnel représente 100 millions d’euros de surcoût par kilomètre enterré. De plus, lorsque Christian Estrosi a été élu, la municipalité avait 337 millions de dettes. Aujourd’hui nous en sommes 1,83 milliard, et cela, sans le tram! Il faut être réaliste, il serait tant que Christian Estrosi remonte à la surface.
Vous avez proposé la mise en place d’un référendum d’initiative populaire. En quoi cela consiste-il?
Pour pouvoir faire ce référendum, il y a deux possibilités: soit le maire écoute nos revendications et accepte de donner la parole aux Niçois, soit nous le forçons en recueillant des signatures (environ 40 000 pour la ville de Nice). Mais je ne vais pas me lancer là-dedans. Christian Estrosi a annoncé à la presse qu’il ne répondrait pas à ma demande, mais je n’ai pas encore reçu de réponse écrite. S’il me confirme son refus, j’organiserai une consultation citoyenne, c’est-à-dire que nous installerons des urnes dans différents endroits de la ville et que nous demanderons aux habitants de donner leur opinion.
