Restructuration Veolia Transdev poursuit sa révolution. Le 26 mars, Jean-Marc Janaillac, fraîchement nommé au poste de président-directeur général du groupe, a présenté à la presse ses nouveaux axes stratégiques pour les cinq prochaines années.
Un nouveau président-directeur général, de nouveaux locaux, une nouvelle redistribution de l’actionnariat… La liste des récentes évolutions du groupe Veolia Transdev, déjà impressionnante depuis la fin 2012, vient encore de s’allonger. Jean-Marc Janaillac, nouveau pdg du groupe, a en effet apporté sa pierre à l’édifice en terme d’annonces inédites. Le 23 mars, il a dévoilé les axes stratégiques de l’opérateur de transport pour la période 2013-2018.
Tout d’abord, pour marquer d’une pierre blanche la montée en puissance de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) dans le capital du groupe, l’opérateur change de nom. Veolia Transdev (VTD) est abandonné, au profit de Transdev: « Nous avons choisi de conserver le nom de Transdev, et la couleur rouge de Veolia Transport. Cette nouvelle identité s’appuiera sur un symbole comme sur une typographie humaine et dynamique, à l’image de ce que nous souhaitons être », explique Jean-Marc Janaillac. Ainsi, ce n’est pas l’innovation qui a primé, mais l’impact du nom: « Avec ce choix, nous envoyons un message fort à nos clients », considère le pdg du groupe.
Ce changement de nom s’accompagne d’un changement de positionnement stratégique: « Avant, nous nous présentions comme le leader mondial privé du transport public. Ce positionnement n’est plus le nôtre. Aujourd’hui, nous nous mettons en avant comme gestionnaire de mobilité. Certains de nos concurrents, issus de grandes compagnies ferroviaires, pensent l’intermodalité à partir des gares. Nous, avec notre expérience du transport à la demande, le développement de nos services numériques, etc, nous avons plus d’expérience pour penser l’intermodalité des passagers », considère Jean-Marc Janaillac.
Le nouvea pdg a aussi annoncé la mise en place d’un plan de redressement financier, échelonné en deux phases, qui s’étendra sur la période 2013-2018. Le but est de rétablir la difficile situation financière du groupe dont le chiffre d’affaires 2012, de 7,6 milliards d’euros, a subi une baisse de plus de 400 millions d’euros. Autre chiffre de taille, en décembre dernier, la dette de l’opérateur s’élevait 1,9 milliard d’euros.
La période 2013-2015 sera donc consacrée au redressement du groupe. « Nous travaillerons sur la mise en avant de nos métiers, sur la qualité et sur la relation avec le client », indique Jean-Marc Janaillac. Cela se fera selon trois axes: l’amélioration de la maîtrise des coûts de fonctionnement, un travail continu pour augmenter l’excellence des services opérationnels et un programme marketing visant à gagner plus d’appels d’offres. Au terme de ces trois années, l’objectif sera de réduire la dette de 3 % et d’augmenter le résultat opérationnel du groupe de 30 %.
Par ailleurs, et toujours dans cette première période de redressement, la vente d’une partie des actifs étrangers du groupe est également prévue: « La cession de l’Allemagne, de la Suède, de la Finlande, de la Belgique et de Veolia Transport aux Pays-Bas est annoncée. À la suite de ces ventes, le chiffre d’affaires de Transdev se situera autour de 6 milliards d’euros, contre 7,6 milliards d’euros actuellement », précise Jean-Marc Janaillac. Ainsi, le groupe ne restera présent que dans 17 pays au lieu de 27 actuellement.
De plus, un recentrage autour de pôles principaux interviendra en France, et à l’international au niveau de l’Asie, de l’Australie et de l’Europe du Sud. En revanche, ce repli n’empêchera pas l’opérateur de maintenir certains de ses métiers, notamment ferroviaire, et ce, malgré la volonté de céder les activités en Allemagne (activités trains). L’idée est de se tenir prêt au moment de l’ouverture à la concurrence ferroviaire en France, prévue pour 2019. Enfin, la période 2015-2018 sera consacrée au développement du groupe, avec un accent porté sur le développement du transport à la demande. L’objectif est qu’il représente 13 % du chiffre d’affaires en 2018.
Ces bouleversements s’accompagneront d’une nouvelle organisation de fonctionnement pour la France qui donnera plus d’autonomie aux patrons des filiales locales. Au programme également, la réduction du nombre de pôles régionaux. Le remaniement du siège corporate et France à d’ores et déjà commencé. « Un des soucis qu’a connu l’entreprise au cours des dernières années, constate le pdg de Transdev, a été celui d’une philosophie d’organisation qui n’avait pas réussi à choisir entre le fonctionnement de Veolia, très décentralisé, avec un siège réduit, et celui de Transdev qui avait un siège plus étoffé. On s’est juste contenté de superposer les deux, ce qui a entraîné une perte d’efficacité. »
L’annonce de ces changements fait suite aux derniers (et nombreux) bouleversements. En effet, Veolia Environnement (VE), co-actionnaire de VTD à hauteur de 50 % avec la CDC, avait fait part de sa volonté de se désengager de sa branche transport seulement quelques mois après la fusion entre Veolia Transport et Transdev qui avait été effective le 3 mars 2011. Cette annonce retentissante faisait suite aux difficultés financières de VE et était consécutive à la mise en place d’un plan de désendettement à hauteur de 5 milliards d’euros. L’année 2012 avait alors été une longue période d’incertitudes, mais s’était toutefois terminée par une bonne nouvelle: l’annonce, le 23 octobre de pourparlers entre la CDC et VTD en vue d’un nouveau partage de leur filiale. Il en avait résulté un accord: la CDC reprendrait 60 % du capital de VTD, tandis que VE se contenterait de 40 %. Une augmentation du capital par les actionnaires à hauteur de 800 millions d’euros, souscrite par la Caisse des dépôts qui injectera 520 millions d’euros, et par Veolia Environnement qui contribuera à hauteur de 280 millions d’euros, devrait être finalisée au mois de juin. Entre-temps, Jérôme Gallot, directeur général de la transition, avait laissé sa place à Jean-Marc Janaillac le 3 décembre.
Ce nouveau départ semble déjà quelque peu rassurer les élus. En effet, le 26 mars, Grenoble a annoncé qu’elle était entrée en négociations exclusives avec Transdev dans le cadre du contrat de délégation de service public (DSP) des transports en commun de la ville qui débutera au mois de juillet pour une période de 7 ans et demi. La DSP, qui générera environ 1 million d’euros annuels, doit cependant encore être votée par les élus le 22 avril. Pour Jean-Marc Janaillac, cette petite victoire « démontre que, en étant proches de nos clients, à l’écoute de leurs besoins, innovants et compétitifs, nous pouvons remporter de très beaux succès. À cet égard, performance opérationnelle et paerformance commerciale vont de pair. » Reste à savoir si l’essai sera transformé lors d’autres appels d’offres, comme celui de Bordeaux pour lequel Transdev a annoncé qu’elle allait se positionner.
