Serge Govindin travaille à l’aménagement intérieur des trains et des autobus pour le groupe Compin. Designer, il est un rouage essentiel de l’équipementier qui emploie 550 salariés.
À trente ans, Serge Govindin s’est déjà forgé une belle expérience. Il a travaillé en free-lance pour les constructeurs de téléphonie mobile. En 2006, il a obtenu un master Design Transport à Créapole, l’école supérieure des arts appliqués. En 2007, il rallie le groupe Compin qui s’était fait remarquer en 2002 en décrochant le marché des sièges du TGV, le dit “TGV Christian Lacroix”. Depuis son entrée dans cette grosse PME d’Évreux, Serge a contribué à de beaux succès. Ainsi, en 2009, la signature du contrat de rénovation des rames TGV Sud-Est, en partenariat avec l’agence RCP Design dirigée par Régine Charvet-Pello (60 rames mises en circulation le 11 décembre 2011).
Serge Govindin est l’un des rares designers à travailler en interne pour un équipementier ferroviaire et autocariste: « Dans le monde des transports, il n’y a pas pléthore de designers intégrés dans les entreprises. Il y a Xavier Allart et son équipe chez Alstom, peut-être une personne chez Bombardier et une autre chez Siemens. C’est plutôt un secteur qui fait travailler des agences », explique le jeune designer né à Fort-de-France. Travailler en tant que free-lance ne l’enchantait plus guère, il souhaitait intégrer un projet industriel, une culture d’entreprise. L’automobile aurait pu recevoir ses faveurs, mais il préfère le transport de voyageurs où tout est à construire.
Le design ferroviaire est seulement au début de son histoire, et au début d’une nouvelle ère. La culture design dans l’industrie lourde souffrait, à ses yeux, d’une grande pauvreté: « Quand on est dans une relation B to C, les mentalités évoluent plus lentement, tandis qu’en B to B, la vision du client final compte tout autant que le respect de l’outil industriel », affirme-t-il. L’automobile, modèle très « mature », est donc à imiter. Il constate néanmoins que depuis une dizaine d’années, les points de vue ont évolué sous l’influence d’agences comme RCP Design et MBD, ou grâce à Alstom qui s’est entouré d’une ambitieuse équipe de designers.
Dans le monde, tous les acteurs s’y mettent. Serge Govindin cite l’exemple des constructeurs chinois qui ont pris « pour modèle le design aéronautique, en créant une première classe, une business classe, et une seconde classe. » Passionné par la société japonaise, il observe que dans ce pays, la personnalisation des moyens de transport est poussée à l’extrême avec « des livrées du métro complètement japonisées, des Hello Kitty partout, des intérieurs rose bonbon. » En Europe, les Pays-Bas ont mis en service des voitures « pour un certain type de voyageurs ». Les décideurs français doivent prendre conscience de leur retard. « Ils doivent comprendre qu’il y a une convergence à atteindre entre les attentes – très fortes – des utilisateurs et l’offre en place. »
Dans le ferroviaire, l’ouverture à la concurrence peut encore bousculer les habitudes: « Le jour où un petit malin viendra concurrencer la SNCF en faisant un Paris-Lyon ou un Paris-Nice en TGV, il ne sera peut-être pas moins cher, mais il misera sur d’autres cordes: le confort, les services, en identifiant des cibles. » Serge rêve d’un matériel qui s’adapte à « son utilisation dans la journée »: plus de places pour les gens debout quand les rames du métro sont saturées, davantage de sièges dans les trains pendant les vacances scolaires pour renforcer les capacités des trains (et diminuer les prix). « La modulation, c’est l’avenir! », assure-t-il.
Les évolutions ne concernent pas seulement le ferroviaire qui représente près de 80 % du chiffre d’affaires de Compin (environ 70 millions d’euros). L’équipementier, qui emploie 550 salariés en Normandie, à La Rochelle, à Lyon, en Pologne et en Bulgarie, est l’un des spécialistes européens de l’aménagement intérieur des autocars. Serge Govindin a, en la matière, du pain sur la planche « grâce aux tramways qui ont fait beaucoup bouger les lignes ».
Les produits finaux présents sur le marché sont montés en gamme. « Là encore, c’est dans l’ère du temps. L’usager réclame de circuler dans des véhicules confortables, propres. Il veut se sentir à l’aise comme dans sa propre voiture. » Le designer a récemment dessiné les sièges SB09, « personnalisables grâce à des matières modulables ». Chaque client peut ainsi avoir ses propres dessins sur les sièges, ce qui favorise le sentiment d’appropriation des voyageurs. « Cela confirme que l’utilisateur revient au cœur. Les constructeurs étaient dans une course effrénée à la vitesse et à la technologie. Ils ont changé de curseur », remarque-t-il.
Globalement, Serge Govindin se dit convaincu que les « consommateurs sont prêts à payer, même à se sacrifier, pour accéder à un bien d’une qualité irréprochable. » Il se sent en adéquation avec la stratégie de son entreprise qui, « ayant des coûts de production français dans un système mondialisé, a misé sur le haut de gamme pour faire la différence. » Et cette stratégie semble payer. Compin a gagné les marchés des aménagements intérieurs des bus de Strasbourg, de Paris, de Marseille, Saint-Étienne et Caen. Il a également remporté des marchés en Autriche, en Angleterre, au Monténégro et à Venise. Les sièges SB10, qui « assurent une cohérence entre les bus et les tramways, avec quelques particularités, mais un look similaire », équipent bon nombre de tramways en France et en Amérique du Nord. L’équipementier fournit aussi en « première main » de grands industriels tels qu’Iveco.
Serge Govindin ne se voit pas quitter ce secteur qui lui apporte toute satisfaction. Pour le jeune designer, il n’y a pas de challenge plus « excitant » que celui d’œuvrer pour le plus grand nombre: « J’aime les belles matières, mais à choisir, je préférerais créer une Twingo plutôt qu’une Ferrari. Améliorer le quotidien des gens est une belle façon d’aborder le design. »
