Un bon créneau C’est en 2007 que François-Gatien Legrand, alors âgé de 26 ans, a créé sa petite entreprise de transport de voyageurs avec deux associés. Les Cars Saint-Martin, qui appartiennent aujourd’hui au groupe RATP Dev, se distinguent par leur capacité à transporter jusqu’à 13 personnes en fauteuil roulant.
Sur le parking des peupliers, près de la gare de Tours, le car de François-Gatien Legrand ronronne avant de reprendre la route. Il a à son bord les personnes âgées d’une maison de retraite de l’agglomération tourangelle. François-Gatien vérifie que tout le dispositif permettant d’accueillir des personnes en fauteuil roulant fonctionne normalement. Le jeune gérant, 32 ans, des Cars Saint-Martin, filiale de la PME Dunois (environ 150 véhicules) a récemment intégré le groupe RATP Dev. Il a réussi son pari, entrepris 6 ans plus tôt avec Joël Mathot et Alain Jumeau, ex pdg de Dunois, son ancien employeur. Avec un chiffre d’affaires de 340 000 euros (292 000 euros en 2011), la TPE tourangelle s’est engouffrée dans une niche porteuse: le transport des personnes à mobilité réduite. « Nous sommes spécialisés dans ce créneau, même si nous sommes présents pour du transport classique grâce à nos 48 places assises. »
Des clients tels que l’APF, l’AFM, des associations handisports, des pèlerins, le CCAS de Tours et des maisons de retraite parisiennes savent qu’ils peuvent compter sur ce précieux savoir-faire.
Équipé d’un monte-personne qui supporte 500 kg de charge (idéal pour les fauteuils électriques), d’un trolley-rail (le seul en France) tout le long d’une rangée de fauteuils, d’une cuisine équipée à l’arrière et de toilettes adaptées, son car, qui a nécessité un investissement de 400 000 euros, peut accueillir jusqu’à 13 personnes en fauteuil roulant. « Il est modulable en fonction des besoins. Mais pour recevoir 8 personnes en fauteuil roulant, il faut démonter 32 sièges classiques », explique François-Gatien. Laurent Lhomme, le nouveau directeur général des Cars Dunois, lui confie une partie des voyages pour ses clients PMR. La SNCF l’a enregistré parmi ses prestataires pour du dépannage sur des lignes comme celle de Chinon où les PMR sont nombreuses.
Catholique pratiquant, il a baptisé cette entreprise du nom du Saint-Martin, saint patron et icône en Touraine, pour attirer une clientèle de chrétiens qui se rendent notamment en pèlerinage. Lourdes est en quelque sorte sa « deuxième maison ».
Quand les Cars Saint-Martin ont commencé leur activité, les autocaristes de la région Centre ont craint que François-Gatien Legrand ne casse le marché en proposant des prix très inférieurs aux leurs. Ces inquiétudes n’ont duré qu’un temps: « Ils se sont très vite aperçus que nous n’étions pas là pour faire de la concurrence déloyale », affirme-t-il. Ses prix pour ce type de prestation sont de fait plus élevés: « il faut tenir compte du temps passé à démonter et remonter les sièges, à mettre en marche l’ascenseur. Notre spécificité a un coût. Pour le reste, nous proposons des tarifs conformes à ce qui se pratique ailleurs. »
François-Gatien répond à des besoins auxquels peu d’entreprises sont capables de répondre. En France en effet, sur ce créneau elles ne courent pas les rues. Le jeune gérant en compte une quinzaine et recense une cinquantaine de véhicules adaptés (mais sans trolley-rail). Pour franchir un nouveau pallier dans le secteur, il aimerait donc acquérir un second véhicule début 2014.
Sensibilisé à la problématique du handicap par des membres de sa famille qui circulent en fauteuil roulant, il s’est formé, dès ses débuts dans l’entreprise Dunois, au montage/démontage des sièges et aux spécificités de ce marché de niche. François-Gatien Legrand a toujours rêvé de travailler dans les transports. Titulaire du BEP électrotechnique, ce fils de cheminot se voyait suivre les pas de son père. L’atavisme n’ira pas plus loin. Après un BEP vente et un bac pro en commerce, il a passé avec succès l’examen de TSETP (technicien supérieur d’exploitation de transport de personnes) à l’AFT-Iftim à Paris. C’est ici qu’il se découvre une nouvelle passion: la conduite des autocars.
Aujourd’hui encore, malgré son statut de gérant, il continue d’arpenter la France et l’Europe au volant de son car. « C’est ma force. Je montre ainsi à tous les sceptiques que je reste passionné par ce que je fais. S’il faut démonter des sièges à 3 heures du matin ou venir en aide à d’autres entreprises en pleine nuit, je suis là », dit-il avec le franc-parler de celui qui demeure avant tout « un homme de terrain. »
