L’Europe des transports est-elle pour demain? En ces temps où le discours ambiant met plutôt en avant la nécessité d’un retour aux fondamentaux d’une certaine forme de protectionnisme national – j’en veux pour preuve le développement du label OFG, « origine France garantie », désormais appliqué à l’industrie – d’aucuns pourraient légitimement en douter. Et pourtant, la politique de l’Union en matière de transports publics mise clairement sur une croissance tous azimuts de ce secteur jugé stratégique, structurant et écologique par la majorité des acteurs qui « font » l’Europe de demain. Certes, cette évolution passe toujours, dans l’esprit des membres de la Commission et de l’administration qui les épaule, par une ouverture à la concurrence de tous les marchés. Attention cependant à ne pas confondre « dérégulation » et « ouverture », deux concepts qui sont finalement assez éloignés dans la pratique. Si le premier a révélé toute l’ampleur des déconvenues qu’il pouvait engendrer dans la Grande-Bretagne de feu Margaret Thatcher, le second se révèle à l’usage plutôt positif pour les entreprises qui savent jouer le jeu, ainsi que pour les consommateurs qui bénéficient la plupart du temps d’une offre en constante amélioration. Mieux, les Français sont, dans ce domaine, mondialement reconnus pour leur savoir-faire et la qualité des prestations qu’ils savent mettre en œuvre. Les esprits chagrins feront remarquer que cette « excellence » exportable reste l’apanage de quelques grands noms – dont l’actionnariat reste d’ailleurs bien souvent sous le contrôle plus ou moins éloigné de l’État – et ils n’auront pas tout à fait tort. Pourtant, une vraie politique d’ouverture, celle qui fera tomber les monopoles dans un cadre intelligemment régulé, pourra tout aussi bien se révéler profitable aux opérateurs plus modestes. Certains, en France, l’ont d’ores et déjà bien compris, profitant notamment de l’essor des lignes routières internationales.
Alors, puisque nous n’avons pu faire l’Europe sociale et fiscale, peut-être pourrions-nous nous attacher à construire l’Europe des transports publics? Le travail d’harmonisation des process, des langages informatiques et des technologies sera aussi une source d’emplois non négligeable, autant en profiter. Il sera ensuite temps de mettre en place des barrières de protection, mais aux frontières du Vieux Continent cette fois.
