Algérie Le 1er mai à Oran, Amar Tou, ministre algérien des Transports, a inauguré le second nouveau tramway du pays, après celui d’Alger mis en service en novembre 2012. L’exploitation et la maintenance de cette première ligne oranaise seront assurées par la Setram, société franco-algérienne associant une filiale de la RATP et deux partenaires algériens.
Un beau jour pour l’Algérie et plus encore pour Oran où les habitants ont véritablement pris d’assaut leur nouveau
L’inauguration du tramway d’Oran, qui a été suivie de sa mise en service commerciale le lendemain 2 mai, marque la seconde étape d’une véritable révolution des transports en Algérie, déjà illustrée par la réalisation du métro et du tramway d’Alger en 2011 et 2012 (voir encadré). Au mois de juillet, l’ouverture du tramway de Constantine (8 km et 10 stations) est la toute proche troisième étape de ce processus. D’autres chantiers de lignes tramways sont en cours à Sidi Bel Abbès, à Ouargla et à Mostaganem, tandis que près d’une dizaine d’autres sont en projet et devraient rapidement suivre: Annaba, au nord-est du pays, Bechar, au sud-ouest, aux portes du Sahara, sans oublier Batna, Bejaia, Biskra, Blida, Djelfa, Tebessa et Tlemcen.
Dans ce contexte, Amar Tou, ministre algérien des Transports, apparaît comme le véritable maître d’œuvre d’un irrésistible processus de développement du transport public au nom de l’État et via Ema, Entreprise du métro d’Alger, qui pilote tous les projets de transports urbains. Il dispose d’une véritable force de frappe financière avec un budget de près de 31 milliards d’euros pour les cinq prochaines années au profit des voies ferrées, des transports urbains (métros, tramways et téléphériques), des ports et des aéroports
Côté local, et dans le cadre du Grand Oran, Abdelmalek Boudiaf, wali d’Oran, est considéré comme l’aménageur d’un projet qui devrait être le noyau d’un bouleversement de la mobilité dans l’agglomération oranaise d’ici 2020 (voir encadré). Une agglomération qui, avec aujourd’hui près de 1,5 million d’habitants aura doublé sa population dans vingt ans.
Pierre Mongin, président de la RATP, est « fier de la coopération voulue par le ministre avec [son] entreprise. » Il met également en avant les 630 emplois créés par le nouveau tram
De 1898 à 1951, existait à Oran un réseau de tramway d’une cinquantaine de kilomètres à voie de 1,05 m, avec 51 motrices et 54 remorques pour 6 lignes. À ce réseau s’ajoutait une ligne de tramway suburbain. Des trolleybus ont remplacé les lignes principales jusqu’en 1966.
Le développement et l’entretien des réseaux routiers nationaux et locaux sont à la charge du ministère des Travaux publics et des wilayas (régions).
Wilaya: division administrative, équivalente à la région. Le wali est celui qui dirige une wilaya.
Dont 85 conducteurs, 200 agents de vente et de contrôle, 280 agents de sécurité (notamment pour la protection des carrefours), 40 encadrants d’exploitation et de maintenance, 30 agents de maintenance et 15 agents administratifs.
L’usine CITAL (pour Citadis Algérie) devrait être mise en service fin 2013 avec une capacité de montage de 50 à 60 rames par an et devrait générer plus de 300 emplois. Elle est créée par un consortium associant les Algériens Ferrovial (41 %) et Ema (10 %) au Français Alstom (49 %).
En outre, RATP Dev a créé en 2009 RATP El Dzejaïr, filiale locale qui a mené la mise en service de la ligne 1 du métro d’Alger et qui assurera son exploitation et sa maintenance jusqu’en 2019.
Les éternels encombrements d’Alger pourront-ils un jour s’atténuer? D’ores et déjà, la pression sur la voirie est plus ou moins stabilisée avec l’ouverture en 2011 de la première section du métro. Sur un axe ouest-est de 9 km qui dessert 10 stations avec 14 rames de construction espagnole CAF, cette section initiale du réseau transporte quotidiennement 50 000 voyageurs depuis Tafoura Grande Poste, dans l’hyper centre-ville, jusqu’à la Place des Fusillés.
On constate le même effet avec la première ligne du tramway qui, cadencée à 7 minutes (puis à 5 minutes fin 2013), transporte 47 000 voyageurs par jour. L’objectif est de 90 000 voyageurs par jour à moyen terme et 185 000 à plus long terme. Établi en prolongement géographique du métro avec lequel il est en correspondance, le tramway se développe sur 16,2 km avec 28 stations (dont 3 multimodales) jusqu’à Mimmouni Hamoud en banlieue est et il est desservi par 41 rames Citadis. Un premier prolongement sera ouvert fin 2013, toujours vers l’est, jusqu’au quartier Dergana, soit près de 7 km qui desserviront 8 stations supplémentaires. De nouvelles sections devraient suivre, la première d’entre elles est programmée avant 2020, vers l’aéroport, au sud-est de l’agglomération.
Une série de prolongements du métro seront réalisés d’ici 2020, vers le sud-est avec deux branches dont une vers la gare de banlieue d’El-Harrach, et vers le nord jusqu’à Bab El Oued. Au total, 12 km et 15 stations supplémentaires permettront de presque quadrupler le trafic actuel.
Autre révolution des transports algérois, la réalisation par étapes, depuis 2009, d’un vaste réseau de trains de banlieue électriques qui préfigurent la mise en place d’un futur RER. Cela représente un investissement de 1,4 milliard d’euros incluant la création d’un contournement ferroviaire fret d’Alger et la construction d’un nouveau dépôt atelier. Une flotte moderne, composée de 64 (plus 34 à venir) rames quadruples type FLIRT de construction suisse Stadler, dessert près de 120 km de lignes électrifiées et mises à double voie. Partant de la gare centrale d’Alger, remodelée et rénovée, elles desservent 26 gares dont 5 situées en zone urbaine centrale. Après un tronc commun nord-sud, deux axes se dirigent respectivement vers Thenia à l’est et vers El Affroun à l’ouest. En 2014, s’ajoutera une nouvelle branche de 23 km avec 5 gares supplémentaires qui ira vers Zeralda, au nord-ouest de l’agglomération. Ce réseau, desservi à 7 minutes aux heures de pointes sur le tronc commun, a transporté 37,5 millions de voyageurs en 2012 (160 000 voyageurs par jour), trafic multiplié par 2,3 depuis 2009!
Deux prolongements de la première ligne de tramway d’Oran devraient être rapidement réalisés, ce qui porterait sa longueur à plus de 48 km avant 2020. Ces extensions impliqueront l’exploitation en deux lignes, avec un tronc commun au centre-ville: au nord vers Benarba sur 8,6 km avec 12 stations, au sud vers l’aéroport et à l’est de la station Usto (campus universitaire) vers Bir El Djir sur 20 km avec 26 stations. Parallèlement, l’aménagement d’une gare ferroviaire sur la ligne Oran – Arzew à Sidi Mâarouf, actuel terminus est de la ligne, s’ajoutera à la construction d’une gare routière associant les bus urbains et les autocars de la wilaya pour créer un grand pôle multimodal à l’est de l’agglomération dans une zone en cours d’urbanisation. La réalisation d’une liaison rail-aéroport nord-sud sera ainsi anticipée. En 2014, seraient lancés les travaux d’une première ligne de métro (18 km, 22 stations) qui, selon une étude coréenne, relierait la gare SNTF au pôle universitaire de Belgaïd situé à l’est de l’agglomération, avec à terme, un prolongement vers le pôle multimodal de Sidi Mâarouf.
• Longueur de la ligne: 18,5 km à double voie plus un raccordement à voie unique de 0,6 km destiné aux retournements pour services partiels.
• Nombre de stations: 32 dont 4 en correspondance avec des trains et autocars.
• Matériels: 30 rames Alstom de type Citadis 302. Centre de maintenance à Sidi Mâarouf (70 000 m2) à l’est. PCC de la ligne et garage auxiliaire à Es-Senia, au sud.
• Offre: service de 5 heures à 23 heures avec, aux heures de pointe, 4 minutes d’intervalle en centre-ville et 6 minutes en banlieue. En attendant la mise en service par étapes des nouveaux automates de ventes, 60 guichets en ville, dans les stations et dans les rames, auprès des receveurs, assurent la vente des billets.
• Vitesse: 70 km/h (maximale) et 20 km/h (commerciale) avec 47 minutes de trajet de bout en bout.
• Capacité/Trafic: 4 500 voyageurs par heure et par sens aux heures de pointe, soit 90 000 voyageurs par jour et 88 millions de voyageurs annuels.
Les études de faisabilité, puis celles de l’avant-projet de la ligne, avaient été réalisées par Ingerop et Ensistrans. Les travaux, qui ont duré quatre ans, ont été menés par le groupement Tramour dans lequel figure Alstom.
• Coût de l’investissement: 560 millions d’euros (infrastructures, matériels et équipements, y compris les dépôts), soit près de 3 millions d’euros le kilomètre.
