Quand je pense que des spécialistes sont venus du monde entier découvrir à Genève la qualité du savoir-faire de nos entreprises européennes en matière de transports publics! Je me demande si ces mêmes visiteurs ont bien conscience des difficultés dans lesquelles se débattent aujourd’hui tous ceux qui ont compris que l’avenir de la mobilité dans nos sociétés passe clairement par un essor de toutes les alternatives à l’automobile.
Soyons francs, ce n’est certainement pas en focalisant toutes les énergies sur l’hypothétique remboursement d’une dette abbyssale que nous allons collectivement quitter nos vieux arrêts de bus. À force de reculades multiples, notamment dans la réorganisation administrative de nos territoires, d’économies de bouts de chandelles sur les grands programmes de développement, et d’absence de vision stratégique en ce qui concerne, par exemple, la transition énergétique, nous arriverons prochainement à nous insérer dans la toute nouvelle catégorie des États en voie de sous-développement. Un constat douloureux pour un pays comme la France, surtout quand, dans le domaine qui nous préoccupe, nous constatons tous les jours que nos industriels et la majorité des opérateurs regorgent d’idées et de solutions intelligentes pour répondre aux grands défis à venir. Invoquer le manque d’argent pour justifier l’immobilisme ambiant paraît un peu trop facile. Après tout, la masse monétaire internationale n’a pas disparu du jour au lendemain. Il semble beaucoup plus vraisemblable que la mainmise des économistes et des financiers sur la pensée politique aboutisse aujourd’hui à une forme de sclérose intellectuelle paralysant toute décision vraiment courageuse, donc audacieuse, aux plus hauts niveaux. Au fond, ce n’est vraisemblablement pas à une crise que nous assistons avec passivité, mais plutôt à un véritable changement de paradigmes. Rien ne sera sans doute plus comme avant. À nous donc de préparer l’avenir en inventant de nouvelles donnes. L’équation est d’ailleurs d’une simplicité absolue: ou nous créons les bases d’un renouveau de nos sociétés, ou nous regardons s’éloigner le train. Dans vingt ou trente ans, nos comptes publics seront peut-être sains, mais le patient sera mort…
