Mondial 2014 L’année prochaine, du 12 juin au 13 juillet, douze villes du Brésil accueilleront la coupe du monde de football. Les aéroports, les stades… le premier poste d’investissement du gouvernement fédéral concerne la « mobilité urbaine ». Si elle est, sans doute, la plus riche, la mégalopole de São Paulo est aussi la plus asphyxiée.
Depuis les années trente, la ville de São Paulo est déjà la capitale économique brésilienne, avec la création d’empires industriels majeurs. Elle a ensuite concentré les pouvoirs de décision et a consolidé ses positions dans le domaine de la finance et des services. En 2011, São Paulo concentrait ainsi plus de 60 % des sièges de compagnies multinationales présentes au Brésil. En un peu plus de quatre décennies, cette ville, où l’activité industrielle correspondait encore à la moitié de son PIB, est devenue une métropole qui, aujourd’hui, regroupe 80 % de ses recettes dans le secteur des services et du commerce! L’évolution de l’économie « paulista » a suivi le même chemin que celui des plus grands centres financiers du monde, comme New York, Londres, Berlin, Shanghai… Mais cette fulgurante évolution de l’économie locale ne s’est pas accompagnée d’un développement des transports en commun qui sont pourtant loin d’être négligeables.
Ici, le nombre d’hélicoptères est en progression exponentielle (environ 500 aujourd’hui) et les bourdonnements de leurs va-et-vient incessants durant la journée sont devenus l’une des caractéristiques de l’environnement sonore de la ville. Afin d’échapper à la congestion des routes et autoroutes urbaines, il est par exemple admis pour les organisateurs d’événements, de décaler leurs horaires. À titre d’illustration, pour le premier World Travel Market qui s’est déroulé au Transamerica Expo Center de São Paulo, l’organisateur, Reed Travel Exhibitions, n’a pas hésité à programmer les journées de salon de 12 h 00 à 20 h 00. « Une façon d’éviter les heures de pointe du matin et du soir, un usage apprécié ici », explique Vincent Lhoste, directeur de projet chez Reed Travel Exhibitions. Mais, cette facilité d’adaptation ne sera pas de mise avec les contraintes horaires imposées, en juin prochain, pour les rencontres de la future coupe du monde de football. Conscients des enjeux représentés par les exigences des retransmissions télévisuelles et de l’exposition médiatique de l’événement, les dirigeants fédéraux ont pris les choses en main.
Marco Antonio de Britto Lomanto, directeur des produits et des destinations d’Embratur, organisme d’État, précise: « La coupe du monde de football doit générer, d’ici à 2019, 69 milliards d’euros de contribution au PIB du pays. » Pour y parvenir, spécifiquement pour la coupe du monde de football 2014, l’État s’est mobilisé, avec environ 13 milliards d’euros d’investissements, pour la plupart dans les infrastructures de transport. « 4,5 milliards d’euros rien que pour améliorer la mobilité urbaine, 3 milliards pour les aéroports, 2,5 milliards pour les stades, 0,4 milliard pour les hôtels, 0,35 milliard pour les ports… », détaille Marco Antonio de Britto Lomanto, pour une fréquentation, durant les 30 jours de la compétition, de 600 000 touristes étrangers, outre les 3 100 000 Brésiliens. Aujourd’hui, on dénombre 42 000 bus, 150 rames de métro… auxquels on peut ajouter 33 000 taxis. Les transports en commun accaparent 55 % du flux, avec plus de 14 millions de déplacements quotidiens (9 millions en bus, 4 millions en métro et 2 millions en train). Le reste, soit près de 11 millions de déplacements, est effectué par le biais de véhicules individuels qui sont la cause des 110 kilomètres d’embouteillage enregistrés chaque jour dans l’agglomération aux heures de pointe. Par exemple, la principale avenue, la Paulista, enregistre le passage de 4 200 voitures et de 200 bus toutes les heures.
Pour rendre le transport public plus efficace, São Paulo a décidé d’investir dans de nouveaux couloirs d’autobus. L’année dernière, un appel d’offres était lancé pour l’implantation de nouveaux couloirs totalisant 39,3 kilomètres de voies exclusives. Évalué à 800 millions d’euros, ce plan prévoit aussi la création de cinq stations terminus et de deux gares routières. Depuis 2005, la mairie de São Paulo a renouvelé 80 % de sa flotte d’autobus. 7 500 d’entre eux sont désormais accessibles aux handicapés. Par ailleurs, le plan pluriannuel de l’État de São Paulo prévoit des investissements de 15 milliards d’euros pour le métro et la Compagnie des trains métropolitains (CPTM). Les lignes de métro doivent ainsi passer des 74 kilomètres actuels à 137 kilomètres. Le prolongement de la ligne 2, en construction entre Villa prudente et Oratorio, est déjà prévu pour la fin de cette année, mais rien ne dit que les autres prolongements seront achevés pour le mois de juin prochain, date de l’ouverture de la compétition.
Dès la fin 2011, les premiers 160 véhicules fonctionnant avec un mélange de 10 % de diesel de canne à sucre, ont commencé à circuler à São Paulo. 60 autres fonctionnent avec de l’éthanol, un carburant qui réduit jusqu’à 90 % les émissions nocives par rapport au diesel classique. Les autorités municipales relèvent qu’à ce jour, seule la ville de Stockholm possède des véhicules équipés de telles motorisations. Par ailleurs, dans le parc de véhicules de la ville, figurent 1 200 autobus dont le carburant est un mélange à 20 % de biodiesel. Sont également en cours les renouvellements de 140 des 200 trolleybus qui circulent dans la capitale économique du Brésil, remplacés par des modèles plus récents et plus efficaces énergétiquement. Autre initiative en matière de transfert des véhicules individuels vers les modes doux, l’augmentation du nombre et de la taille des pistes cyclables. La ville en compte aujourd’hui 54,4 kilomètres. Il est question de les doubler et de dépasser la centaine de kilomètres. Ici, les pistes cyclables sont des itinéraires exclusivement réservés à la circulation de bicyclettes. Les deux-roues motorisés font même l’objet de restrictions dans certains quartiers à certaines heures. À cela, il faut ajouter les « bandes roulantes ». Elles totalisent 67 kilomètres mais, contrairement aux pistes cyclables qui sont en principe utilisées par les habitants pour se rendre à leur travail, elles ne sont utilisables que les dimanches et jours fériés, de 7 h 00 à 16 h 00, avec une vocation loisirs. Plus que jamais, São Paulo, qui a fait de la créativité l’une de ses caractéristiques d’avenir, doit faire preuve d’imagination pour rendre respirables ses formidables atouts économiques, culturels, gastronomiques… et sportifs. L’année prochaine, devant 26 milliards de téléspectateurs, ce sera sur ce dernier point, avec la coupe du monde de football, que seront révélées les forces et faiblesses des transports du Brésil.
– bus et trolleybus: 42 000
– sociétés d’exploitation: 26
– terminaux de bus: 31
– couloirs de bus: 10
– lignes de bus: 1 300
– réseau de bus: 4 400 km
– arrêts de bus: 19 000
– stations de métro: 67
– lignes de métro: 5
– réseau de métro: 74 km
– gares: 98
– lignes de train: 8
– réseau ferroviaire: 260 km
(source: City Hall São Paulo)
São Paulo est l’une des douze villes sièges de la future coupe du monde, au Brésil. Parmi les neufs stades que compte la mégalopole, c’est l’Itaquero, l’arène des Corinthians, également appelé l’Arena de São Paulo, qui a été retenu. Il recevra six matchs, notamment celui de l’ouverture du tournoi, le 12 juin, ainsi qu’une demi-finale. Situé dans l’est de la ville, dans un quartier défavorisé de 4 millions d’habitants, il aura à ce moment une capacité de 48 000 sièges, auxquels on ajoutera 20 000 sièges amovibles pour atteindre la capacité exigée par la Fédération internationale de football association, l’organisateur de la compétition. Le chantier en cours emploie 6 000 personnes et prévoit une livraison pour le début de l’année prochaine.
