Multimodalité Faire pression sur l’État pour qu’il autorise enfin la mise à 2x2 voies de la RN21, tel était l’objectif du colloque national organisé le 30 mai à Limoges et intitulé Accessibilité et compétitivité des territoires, désenclaver par le multimodal.
Un titre pompeux, ratissant large, pour un problème bien réel et très localisé: l’absence d’un réseau routier performant à 2x2 voies dans le Sud-Ouest entre l’A10 et l’A20, des services ferroviaires insuffisants, voire inexistants, et la RN21 qui est actuellement la seule voie reliant Limoges à Tarbes-Lannemezan, soit 385 kilomètres avec la traversée de 22 agglomérations. Le résultat, un temps de trajet de 6 heures par la RN21 et de 4 h 10 par l’A64 et l’A20. « Il s’agit donc autant de sécurité routière et de développement économique que du maintien du tourisme », explique Jean-Claude Pouxviel, président d’Euro 21, l’association qui regroupe les acteurs politiques et économiques des cinq départements (Haute-Vienne, Dordogne, Lot-et-Garonne, Gers, Hautes Pyrénées) et des trois régions (Limousin, Aquitaine, Midi-Pyrénées) traversés. « Cette route qui était une route de tourisme est dans un tel état que cela détourne le trafic », témoigne Jacqueline Leymarie, propriétaire de l’Auberge de la Truffe, à Sorges dans le Périgord. « Cette route est aussi la plus accidentogène de France », a insisté pour sa part Michel Dolige, président de la CCI du Gers. « Ce dossier, reprend Jean-Claude Pouxviel, intéresse également l’Espagne avec qui le trafic était, en 2011, de 183 millions de voyageurs, de 210 millions de tonnes transportées et de 20 000 camions par jour sur l’A9 et l’A63. Il faut rééquilibrer ces flux! » Pour se faire entendre et accélérer le processus de modernisation de l’axe, l’association Euro 21 a fait actualiser l’étude socio-économique menée par le cabinet Egis en 2010. Cette étude avait déjà permis l’inscription de la mise à 2x2 voies de la RN21 au schéma directeur des infrastructures de transport (Snit). Dans le nouveau document, deux scénarios d’amélioration sont proposés: 385 kilomètres de double voie entre Limoges et Tarbes dont 338 à aménager, ou 380 kilomètres entre Limoges, Auch et Lannemezan dont 313 à aménager et une meilleure rentabilité. Dans les deux cas, le coût est compris entre 2 et 2,5 milliards d’euros, le gain de temps est estimé à 2 h 30 pour un trafic variant de 9 000 à 16 500 véhicules par jour. Jean-Louis Chauzy, président du conseil économique et social (CESR) de Midi-Pyrénées, président de l’assemblée des CESR de France et président d’EuroSud Transport, une association de lobbying dans les transports, a synthétisé les gains espérés: « Gains importants de temps et de distance pour les usagers, gains de sécurité routière significatifs alors qu’il y a eu plus de 500 accidents corporels ces cinq dernières années, gain environnemental avec des distances plus faibles à parcourir, gains en matière d’intermodalité. »
Annoncé comme participant au colloque, Philippe Duron, député-maire de Caen et coprésident de TDIE (Transport Développement Intermodalité Environnement) en charge de la commission Mobilité 21, s’est finalement excusé. Il est vrai que sa participation à un colloque co-organisé par la CCI de la Haute-Vienne le jour de l’ouverture de l’enquête publique du très controversé barreau LGV Limoges-Poitiers – soutenu par la même CCI – aurait pu être mal interprétée. Toutefois, par vidéo, Philippe Duron a apporté son soutien au projet de mise à 2x2 voies de la RN21. « C’est un grand projet d’aménagement du territoire, a-t-il insisté, et c’est même un devoir impérieux pour renforcer la sécurité. » Et d’évoquer la délicate question du financement. « TDIE soutient depuis plusieurs années l’idée de créer des voies express concédées et payées par l’usager. » Pour mener à bien la mise à 2x2 voies de la RN21, Euro 21 ne compte en effet pas sur l’État et vise une mise en concession avec péage sélectif. « Mais nous n’en sommes pas là! reprend Jean-Claude Pouxviel. Pour la modernisation de l’axe, les solutions financières existent. L’investissement dans les infrastructures reste attractif, il intéresse des fonds spécialisés sur le long terme, des concessionnaires ont déjà manifesté leur intérêt et sont prêts à s’impliquer fortement, ce qu’atteste la participation à ce colloque de représentants des principaux groupes de BTP. La seule chose que nous demandons à l’État, c’est son autorisation à lancer les procédures, en l’occurrence l’enquête publique. Les grands groupes de BTP étant prêts à avancer l’argent des travaux, la RN21 pourrait commencer à être à 2x2 voies en 2020! » De quoi redonner un peu d’espoir aux acteurs économiques et touristiques des régions traversées. Michel Dolige souligne que pour un département comme le Gers, l’accessibilité est une nécessité absolue. « Le bonheur est dans le pré, certes. Mais il faut que le pré ne soit pas trop éloigné de l’autoroute! » Et que la route pour y accéder ne soit pas pour les autocaristes un chemin de croix.
