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Mobilité belge, le pari d’une triple culture

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Mobilité belge, le pari d’une triple culture

Crédit photo Diane-Isabelle Lautrédou

Auto, marche et vélo Une fois n’est pas coutume.

À l’occasion du salon Busworld 2013 qui se déroule tous les deux ans à Courtrai, Bus & Car Transport de Voyageurs s’est intéressé à la mobilité belge. Une immersion qui commence par un panorama des habitudes de déplacements.

Bordée par les Pays-Bas au nord-est, l’Allemagne à l’est, le Luxembourg au sud-est et la France à l’ouest, la Belgique est divisée en trois régions: la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Revendiquant trois communautés et trois langues officielles, l’allemand, le français et le néerlandais, ce plat pays navigue entre trois cultures. Une cohabitation qui s’est notamment traduite par une crise politique inédite au sein de l’Europe, laissant le pays sans gouvernement pendant 194 jours entre 2007 et 2008, puis pendant 541 jours entre 2010 et 2011.

Dans les transports, cette triple culture débouche sur des habitudes de déplacement propres à chaque région. C’est du moins ce qui ressort de la seconde enquête sur la mobilité quotidienne des Belges entamée en 2009, dix ans tout juste après la précédente. Cette dernière enquête a été publiée début 2012 par l’organisme public Politique scientifique fédérale (Belspo), chargé des programmes scientifiques nationaux, et le Service public fédéral (SPF) Mobilité et Transports, organe fer de lance de la politique fédérale. Si la multimodalité semble être naturellement entrée dans les mœurs, il n’en reste pas moins que les usagers restent fidèles au pré carré de leurs opérateurs.

Moins de pression automobile en zone rurale

Si, en Belgique, 65 % des déplacements se font en voiture particulière, la marche arrive à la seconde place du podium des moyens de transport plébiscités par les usagers belges, puisqu’elle capte un mouvement sur six. Le vélo fait également partie du trio de tête avec un dixième des déplacements. Côté transport en commun, c’est le train qui tient le haut du pavé au niveau national, profitant d’un marché d’opérateurs d’autobus éclaté.

Au niveau régional, quelques différences apparaissent. En effet, s’il ne rivalise pas directement avec la voiture personnelle, mais davantage avec les transports en commun et la marche, le vélo semble légion au sein de la chaîne de déplacement flamande. En Wallonie, l’hégémonie de la voiture se montre plus forte encore, même si la marche et le bus tirent aussi leur épingle du jeu et revendiquent des parts de marché plus importantes qu’au niveau national. In fine, c’est le vélo qui rétrograde totalisant seulement 1 % des mouvements. Enfin, à Bruxelles, la voiture est utilisée dans moins de quatre mouvements sur dix, alors que les usagers pratiquent la marche dans un cas sur trois et que 9 % d’entre eux recourent au métro, 8 % au tram et 6 % aux bus.

Autre facteur susceptible de faire bouger les lignes du classement initial: la catégorie de commune de résidence des voyageurs. Ainsi, au sein des agglomérations, le moindre recours à la voiture est compensé par une utilisation deux fois plus intensive de la marche, et surtout, par un usage également deux fois plus régulier des transports en commun. Dans les communes rurales, le pourcentage de déplacements effectués en voiture continue toujours de baisser au profit de la marche et du vélo.

Conclusion: ce n’est donc pas en milieu rural que la pression automobile se montre la plus vivace. Quel que soit le cas de figure, les usagers belges semblent plutôt critiques vis-à-vis de la qualité de service de leurs transports en commun, puisque 55 % des ménages (60 % en Flandre, 67 % à Bruxelles et 41 % en Wallonie) semblent satisfaits de leur fréquence depuis leur domicile. Un pourcentage qui diminue dès lors que la fréquence concerne leurs destinations habituelles où il n’y a plus que 47 % (50 % en Flandre, 61 % à Bruxelles et 36 % en Wallonie) de voyageurs conquis. De son côté, la ponctualité enregistre un score encore plus bas avec seulement 46 % de personnes convaincues (50 % en Flandre, 47 % seulement à Bruxelles et 38 % en Wallonie), là où le prix remporte étonnamment davantage de suffrages puisqu’il convient à 39 % des foyers (45 % en Flandre, 39 % à Bruxelles et 28 % en Wallonie).

À chaque opérateur son pré carré

Alors, si nos voisins belges semblent manifester davantage d’engouement pour les modes doux, qu’en est-il de ceux qui se risquent dans les transports en commun? Faisant consensus au sein des trois régions, l’utilisation du transport ferroviaire reste marginale. En effet, avec plus d’un Belge sur deux ne prenant jamais le train, voire six sur dix en Wallonie, les usagers empruntant le réseau de la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) au moins deux fois par semaine représentent moins de 10 % de la population. En réalité, ce sont les 15-24 ans qui sont les usagers les plus nombreux, quand sept personnes de plus de 75 ans sur dix ne prennent jamais le train.

Côté autobus, trois opérateurs sévissent dans leur région d’origine. En Flandre, c’est De Lijn, dont le siège se trouve à Malines dans la province d’Anvers, qui domine le marché revendiquant un taux de pénétration de 56 %. En parallèle, l’opérateur rencontre un certain succès dans la capitale, puisque 8 % des Bruxellois fréquentent au moins deux fois par semaine ses lignes. Là encore, ce sont les 15-24 ans qui sont les utilisateurs les plus assidus. Plus étonnant, les seniors de plus de 65 ans ne sont pas en reste. En cause: une tarification avantageuse.

En Wallonie, TEC, dont le siège est situé à Jambes près de Namur, règne en maître avec un taux de pénétration de 40 % dans sa zone d’activité, mais ne parvient cependant pas à percer auprès des Bruxellois.

Enfin, à Bruxelles, la STIB (Société des transports intercommunaux de Bruxelles), enregistre un taux de pénétration de 85 % et 55 % des Bruxellois arpentant ses rames au moins deux fois par semaine. Bien que de nombreux Wallons et flamands se déplacent vers et dans la capitale, leur fréquentation de la STIB reste pourtant marginale.

Abonnements versus titre à l’unité

L’observation des comportements d’achat de titre de transport ajoute encore quelques touches au portrait des habitudes de déplacement en Belgique. Si près de la moitié des Bruxellois détient un abonnement aux transports, ils sont moins d’un sur cinq chez les Wallons comme chez les Flamands. Une tendance qui s’explique par une offre plus dense dans la capitale, impliquant un recours plus fréquent aux transports, et vice et versa. À l’inverse, 12 % abonnés déclarent ne jamais emprunter les transports en commun. Parmi eux, un tiers est âgé de plus de 65 ans et 20 % de plus de 75 ans. Deux raisons sont susceptibles d’expliquer cette désertion: les personnes ayant souscrit un abonnement « à vie » gratuit dont elles ne se servent pas, ou celles ayant reçu de leur employeur un abonnement gratuit qu’elles n’utilisent pas mais qu’elles conservent par sécurité. Chez les opérateurs, les abonnements s’écoulent naturellement dans leurs ports d’attache. Sitôt ce dernier franchi, TEC compte 6 % d’abonnés bruxellois et De Lijn revendique 12 % d’abonnés à Bruxelles et 14 % en Flandre. À Bruxelles, la STIB compte 44 % de la population parmi ses abonnés.

Au chapitre ferroviaire, la moitié des formules vendues par la SNCB concerne les abonnements annuels, 10 % les abonnements mensuels et 8 % les abonnements illimités, et ce, au sein des trois régions. Pour autant, 14 % des usagers belges préfèrent utiliser les titres de transport à l’unité.

Sans entrer dans les détails des billets les plus vendus, il semblerait que le choix des passagers belges porte beaucoup plus sur les cartes multivoyages que sur les titres multimodaux. À titre d’exemple, 5 % d’entre eux détiennent la carte multivoyages commercialisée par De Lijn, tandis que la carte Jump utilisée à Bruxelles et valable sur les réseaux SNCB, STIB, De Lijn et TEC, n’est parvenue à séduire qu’1 % d’entre eux.

Les niveaux de réductions donnent enfin un dernier indice sur les comportements d’achat des usagers. L’étude remarque qu’il existe un défaut d’information des voyageurs concernant les réductions, dans la mesure où bon nombre d’entre eux ne savent pas à quoi ils peuvent prétendre selon leur structure familiale, leur environnement professionnel, leur état de santé ou leur âge. Au final, près d’un quart des usagers ne sait pas s’ils sont éligibles à certaines d’entre elles. Les jeunes, entre 6 et 17 ans, représentent le gros des troupes en matière de réduction et sont 13 % en Flandre, 15 % en Wallonie et 14 % à Bruxelles. Touchant 13 % des Belges, les réductions famille nombreuse les talonnent de près, puisqu’ils sont 12 % en Flandre, 15 % en Wallonie et 18 % à Bruxelles. Enfin, considérées comme des avantages sociaux, les réductions accordées à certains salariés concernent 400 000 personnes, soit 4 % de la population.

Les jeunes mordus d’information voyageurs

Véritable tendance de fond en Belgique, comme dans bon nombre de pays, l’information voyageurs est amenée à jouer un rôle de plus en plus important sur la chaîne de mobilité. Horaires en temps réel, applications mobiles, suivi des perturbations en direct, la palette des sources d’information s’enrichit aussi vite que la technologie se perfectionne.

En Belgique, c’est essentiellement les 18-24 ans qui sont les plus aguerris à leurs usages. Figurant parmi les plus gros utilisateurs des transports publics, ils restent également les plus friands d’informations sur les sites web des sociétés de transport, du moins pour 41 % d’entre eux. Moins familiers de ces pratiques, 7 % des usagers de plus de 65 ans se livrent au même exercice. Triple culture oblige, chaque région appréhende cette masse d’informations à sa manière. En effet, 32 % des Bruxellois n’ont pas utilisé l’une de ces sources d’information pendant au moins une semaine, contre 37 % des Flamands et 44 % des Wallons. Particulièrement recherchées, les informations des opérateurs sont également celles qui intéressent 27 % des Bruxellois, contre 18 % des Flamands et 13 % des Wallons. Puis, c’est l’information délivrée en gare qui rencontre un relatif succès auprès de 17 % des Bruxellois, 10 % des Flamands et 8 % des Wallons. Une tendance qui se confirme sur les réseaux sociaux où sont connectés 22 % des Bruxellois, 17 % des Wallons et 17 % des Flamands.

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  • Diane-Isabelle Lautrédou
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