Entrepreneurs Créer ex-nihilo une entreprise de transport de voyageurs dans le contexte actuel est un sacré défi. Mais Hélène et Arnaud Marchal, cogérants et associés dans la SARL, l’ont relevé. Et qui plus est, dans une région réputée difficile, la Saône-et-Loire, avec une approche originale pour de jeunes trentenaires.
Dans le contexte actuel, entre crise financière, réduction des budgets et recrudescence d’échéances réglementaires et fiscales, il faut un brin de folie pour créer une entreprise de transport de voyageurs. Hélène et Arnaud Marchal le reconnaissent: « On est des passionnés, on aime ce métier! Nos dernières expériences en entreprise nous ont donné envie de nous mettre à notre compte. Les politiques des groupes ne nous plaisaient pas, et on en a eu ras-le-bol au même moment. » Bien que tout jeunes trentenaires, le métier, ils le connaissent déjà depuis une bonne dizaine d’année.
Arnaud est parti avec un avantage: sa famille était déjà dans l’univers du transport de voyageurs. Leur goût (et une de leurs expériences passées) les porte vers le tourisme. Un métier qui change des services réguliers, des appels d’offres et de la quête constante du moindre coût: « les relations humaines dans les grands groupes sont difficiles, les gens sont démotivés, se foutent de tout, du matériel, du travail. La logique dans cet univers-là c’est toujours plus pour moins cher. On n’a pas la volonté de créer une multinationale avec 500 véhicules, notre ambition c’est de créer et développer une petite affaire qui tourne bien. » Bien que jeunes, ils misent délibérément sur une approche patrimoniale de l’entreprise et de son parc, mais aussi sur les rapports humains, ce que d’aucuns qualifieraient de paternalisme. En ce qui concerne le parc, Arnaud explique: « j’ai eu des propositions pour des véhicules low-cost exotiques avec des offres de reprise à 5 ans pour 40 000 €, mais on voulait faire du tourisme de qualité avec des véhicules qui durent et qui soient adaptés aux missions. »
L’argument “made in France” ou, à tout le moins, “made in Europe”, ne laisse pas insensible Arnaud. Le parc de 14 véhicules (dont 86 % ont 3 ans d’âge tout au plus) comprend donc des véhicules scolaires et deux autocars de (grand) tourisme. « J’estime que le Fast Scoler 4, avec l’option boîte robotisée, est le produit idéal. Il est juste un peu grand pour certains villages ou routes étroites de Saône-et-Loire. » Il connaît par cœur les consommations moyennes de ses véhicules, leurs défauts et leurs qualités et a recruté, au mois de juillet, un mécanicien pour le suivi au quotidien et la maintenance de ses autocars. Arnaud ne croit pas aux vertus supposées de l’externalisation: « à 80 € de l’heure HT dans un réseau de marque, je peux me payer un salarié et amortir mon outillage », sans oublier d’autres avantages comme la réactivité, la disponibilité et un suivi au plus près des véhicules au quotidien.
Trouver les autocars a été une chose, mais quid des conducteurs? « C’est vrai qu’on a eu du mal à recruter! », s’exclament Hélène et Arnaud, « on y a paré, pour 50 % des effectifs, en faisant passer les permis et FIMO/FCO passerelles à des conducteurs ayant le permis C. » L’essentiel des équipes s’est constitué à l’été 2012, pour la rentrée scolaire 2012-2013, avec des conducteurs qui ont des véhicules dédiés et qui rentrent tous les soirs au dépôt.
Voilà une approche très traditionaliste pour une entreprise née en mai 2010! Et qui a su passer de 54 000 € de chiffre d’affaires la première année à 477 000 € en 3 ans, et dans le même temps, de zéro à douze salariés. Hélène s’en amuse: « pendant les trois premières années, on ne pouvait que prendre des clients! » Une belle croissance et des résultats qui devraient susciter l’intérêt des banques. Que nenni! Plus que les difficultés du secteur, laminé par des prix bas pratiqués par certains, c’est l’attitude des banques qui irrite le plus Hélène et Arnaud. « Je tire mon chapeau à Hervé Rousseau et Franck Combeau de chez Fast, car avec les lenteurs et les réticences des banques, sans eux, on aurait pu manquer la rentrée scolaire 2012-2013. Tous nos véhicules sont financés via les constructeurs. »
Toujours à cause des banques, et c’est un comble, un exercice s’est retrouvé déficitaire! En effet, du fait de leur retard à donner une réponse et à traiter les dossiers, les banques ont contraint l’entreprise à recourir à de la location courte durée, bien plus coûteuse que l’acquisition ou la location longue durée! De quoi leur faire voir rouge et broyer du noir. « Si je peux donner un conseil: ne pas se fier à un seul établissement bancaire », analyse Arnaud. Et malgré un secteur géographique où la concurrence est âpre, il est optimiste.
Située à mi-chemin entre Lyon et Dijon, à distance égale de Mâcon et de Chalon-sur-Saône avec Bourg-en-Bresse à 50 km, la zone de chalandise peut être facilement étendue. La proximité de l’autoroute A6 et l’A39 à une trentaine de kilomètres à l’est sont un atout. Quant à la communication, Arnaud et Hélène font comme pour le reste: « tout à la maison », avec en particulier un site internet « très bien référencé. » Le bouche-à-oreille contribue ensuite à la réputation de la jeune SARL Voyages Marchal. Mais l’adversité peut venir aussi de très haut… « Depuis la création de notre SARL, on se sera pris deux hausses de TVA avec un doublement de son taux, de 5,5 à 10 %. »
Quelle sera l’attitude des concurrents et des clients face à cela? Mais si l’État n’aide pas vraiment les entreprises, il ne faut pas non plus noircir le tableau: « certains services comme la DREAL ont une mauvaise réputation. Pourtant, à la DREAL Bourgogne de Dijon, nous avons eu des interlocuteurs compétents, réactifs et agréables, même au téléphone. » Décidément, voilà de jeunes entrepreneurs qui aiment aller à l’encontre des idées reçues!
